jeudi 13 août 2020

Cycle circadien en HP

 



Alors y'a un truc qui me stupéfie toujours en HP, et cela que j'ai été soignant comme soigné, c'est que le Cadre Thérapeutique veuille qu'on dorme LA NUIT.
Pas quand on en a besoin, pas selon notre rythme, pas selon notre thymie ni notre niveau d'angoisse, ou le flux de nos pensée. Non. A 23h. Jusque 7h, là il faut se lever.

Alors durant mes premieres hospits j'étais un oiseau de nuit, je gribouillais dans le couloir dès minuit.
Ben oui pour pas réveiller ma voisine ni faire chier personne, j'allais dans le sas entre notre chambre et le couloir et j'ecrivais des lettres. Y'avait pas de smartphone à l'époque.


Non seulement c'est absurde mais en plus c'est maltratitant vu que coercitif : dès 23h, plus le droit de fumer. Il faut être au lit et dormir.
Les insomniaques peuvent se brosser. Les dépressifs qui se sentent revivre vers 20h aussi.

Les hypersomniaques et les gens assomés par leur traitement aussi : souvent j'ai été confrontée à des chambres fermées deux heures le matin et deux heures l'après midi.

Et cela pourquoi ?

Pour qu'on ne dorme pas le jour et donc qu'on dorme LA NUIT.

Sauf que quand on est un oiseau de nuit la nuit ben on dort pas mieux on s'épuise juste. Et si on est hypersomniaque ou hypermédiqué c'est juste de la torture.

Parce que les chambres fermées de 13h à 15h je m'en souviens, ben quand tu viens de manger un repas et un tercian 100 t'as besoin d'une sieste.

Et ceci pour no fucking reason à part foutre la paix aux infirmiers de nuit. Je crois. Qui dorment, eux.

On a tous un cycle nyctameral. Certain-e-s dorment le jour, d'autres la nuit. Deal with it et arrêtez de torturer les gen-te-s

vendredi 3 avril 2020

Confiné-e-s, NAPA et NT



Mars 2020, une pandémie nous confine toustes à demeure.
Seules quelques rares sorties sont autorisé-e-s.


Cela à plusieurs impacts sur les personnes NAPA : difficulté d'accès aux soins, interdiction de l'accès des usager-e-s aux CMP, HP en minimum vital, ici service d'addicto réquisitionné en unité Malades psy covid+...
Les consultations se font par télémédecine, au téléphone. Les ordonnances se font renouveler périmées, ou faxer/mailées par les praticien-ne-s.

Certain-e-s voient avec angoisse leurs habitudes changer (personnes avec TSA). D'autres supportent mal la claustration (TADH, hypomanie, manie, etc), les toxicodépendant-e-s se galèrent.


MAIS les NT aussi sont impacté-e-s.
Leur discours change : plus question de nous enjoindre à sortir prendre l'air, à voir des ami-e-s et s'amuser.
Le discours "bright side of the life" leur parait subitement chelou (c'est con comme message hein ?)

Iels sont toustes tendax : iels se rendent compte de ce que ça fait de voir l'extérieur comme dangereux, les autres personnes comme menaçantes.
Iels se rendent compte de ce que c'est de se sentir vulnérables. De ne pas avoir accès aux soins. Qu'on ne trouve ni vaccin ni remède pour leur pathologie. Qu'on ne les diagnostique pas. Que leurs maladies "un peu moins grave" les médecins balek.

La radio, la télé, les spécialistes, les bonnes âmes sur les RS : tout le monde leur intime de faire du sport, du yoga, de méditer, de colorier des mandalas, de s'introspecter, d'être utiles à la société en cousant 200 masques/semaine, de manger sain, de ne pas picoler, de respirer profondément : et iels se rendent compte QUE C EST CHIANT ET QU IELS Y ARRIVENT PAS.

Les plus taquin-e-s d'entre nous en profitent pour les bombarder de leurs propres recettes de tisane au thym perlimpimpim et appli de gainage et de taiji. C'est pénible hein ? On n'a pas envie hein ?

Confronté-e-s à la solitude iels craquent à J4. NT comme valides physiques expérimentent l'isolement, la restriction de mouvements. Iels doivent PRÉVOIR. Ça leur semblait si simple lorsqu'iels nous disaient de le faire. Les blagues sur "je deviens fol je parle aux meubles" ne font déjà plus rire à J10 : iels deviennent vraiment fols.

Ici je dois avouer que le conjoint Nt et valide se porte bien : son rêve de geek est de ne jamais sortir, et il télétravail.

Celleux en chômage technique en peuvent plus de rien foutre. Iels s'ennuient. Iels nous gavaient avec le manque de temps pour s'épanouir et "se retrouver", les week-ends et les vacances et là 15j de repos forcé sans pouvoir aller à Londres ou Hawaï et iels nous fondent un boulon d'ennui, et constatent que la nature humaine va plus vers Netflix chips que vers l'integrale de la Recherche et revisionnage de Godard.

ET nous bah... Moi je dois être une des seules personnes du pays à moins consommer d'alcool que d'habitude, alors que je suis alcoolo dependante, je continue à faire mon sport et je supporte de glander sans culpabiliser. Mes ami-e-s NAPA supportent chacun-e selon sa condition. Mais ont a toustes blanchi sous le harnois, la galère ça nous connait.

Donc ami-e-s et allié-e-s NT : rappelez vous que vos conseils habituels, à pratiquer, c'est mort.

bisous (avec un mètre de distance)


jeudi 6 février 2020

Mérite, souffrance, normopathie

Je mets une photo de Clotilde seksy parce que ça fait toujours du bien
 
 
Ces derniers temps j'accomplis beaucoup de chose de normauxles, je fais du sport, j'arrête de fumer, j'étudie pour devenir écrivain public, etc.
Ca a viré à l'obsession mode no limit (4h de sport par jour toussa) et j'ai écouté mon corps (épuisé) et l'être aimé "ça devient flippant ton truc"

ET puis... et puis dernièrement je me suis mise à faire des rêves où je devais aller au taff, mais n'y allait pas, où je volais des bijoux et me faisais serrer, où je devais aller en cours, mais je trainais... avec trois quatre reveils par nuit sur ces reves désagréables où je me rassurais avec pas mal de comfort food. Et des journées sous le sceaux d'un sentiment de culpbilité diffus, d'avoir à faire quelque chose que pourtant je ne faisais pas mais quoi ? de me sentir coupable de glander alors que je ne glandais pas, d'usurper les accomplissemnts d'un-e autre, que je ne méritais pas.

Tout cela j'ai mis plusieurs semaines à le mentaliser, j'ai surtout vécu dans un malaise diffus et assez gloubi boulga.

Ce matin j'ai vu O., ma psychologue du CMP. Je lui ai exprimé ce sentiment et imédiatement elle m'a dit que cette histoire de mérite était un sujet très politique.
Des indices m'avaient déjà donné à voir qu'O. est politisée et pas mal deconstruite. S'en est ensuivie une consultation très bénéfique pour moi tant au niveau du grain à moudre qu'au soulagement immense.

On m'a biberonné des devoirs, on m'a biberonné une dette, celle de la Vie. Il a fallu que j'attende la quarantaine pour entendre (de la bouche du conjoint) que la vie est un don qui ne demande en aucun cas un remboursement.
On m'a biberonné la folie, la toxicité, l'estime de moi sous la barre du zéro, le devoir d'être malade, d'être un déchet, d'échouer. On m'a biberonné le paradoxe "fais cette grande reussite que de toujours échoué".

Mais oui, le mérite c'est une histoire politique. "On n'a que ce qu'on mérite" "le négatif attire le négatif" "tu te complais dans ton malheur" "tu refuses de te faire aider" "tu vois tout en noir" "il faut avoir la gagne pour réussir" "si tu veux vraiment tu auras".

Tmtc ami-e fol. De. La. Merde. En. Barre.

Dans la vie on n'a jamais ce qu'on mérite, que ce soit en bien ou en mal. Obtenir, souffrir, ce sont des conjonctures, des croisements d'efforts mais aussi de chance, de rencontres, de privilèges ou oppressions subies. Des cocktails polyfactoriels.

On n'a pas que ce qu'on veut on a surtout ce que l'on peut. Dans l'absolu tout le monde veut aller bien. Certain-e-s ont des obstacles à cela, mais plus comme des tabous insérés insidieusements dans les cerveaux que comme des manques de volonté.

La société fonctionne au mérite. La société dysfonctionne fuassement au mérite. Les plus blancs, minces, valides et beaux, et bourgeois, accèdent à ce qu'ils désirent fort (ou pas). Les autres restent sur la route.
Je n'en peux plus d'entendre ce terme de méritocratie qui n'a même aucune espèce de sens. Tout le monde mérite de vivre dignement, et à l'IFSI on m'a appris que la santé n'est pas simplement une absence de maladie. La dignité c'est pas seulement qu'on ne nous crache pas à la gueule. C'est avoir une sérénité interieure, la possibilité de se mouvoir (avec ou sans aide exterieure, en tout cas d'avoir accès à tout), à manger sur la table et la possibilité de manger, et de la qualité et du bon, un toit sur sa tête qui ne se casse pas la gueule, qui ne plombe pas le budget, des loisirs, des plaisirs, des amitiés, des amoures.
Absolument tout le monde mérite cela. Personne n'a de meilleure ou moins bonne place dans la société. Personne n'est plus ou moins utile. Ca nous est d'ailleurs présenté bizarrement, les emplois rémunérés étant les mieux payés et les plus gratifiants et valorisés socialement, et qui font dire que cette personne a beaucoup de mérite.

Mais moi aussi j'aurais aimé faire 15 ans d'étude même si c'est du travail de passer les diplomes. C'est un travail que j'aime. D'autres n'aimeraient pas ça, juste jouer a la box 14h/j, ou juste créer, ou juste faire du sport, ou juste donner du bien etre a leurs pairs. D'autres à taffer sur leur ordi 50h/semaine et gagner what mille K. Chacun-e ses priorités. Mais aucune ne prevaut.

O. m'a répété et répété ça, j'ai autant ma place avec autant de mérite dans la "société" que n'importe qui. On me présente le flash de l'alterité. Nous, fols sommes altérisés, par les médias, les politiques, les quidams, les policier-e-s, les soignant-e-s. Au même titre que d'autres minorités ou populations discriminées (et en cadeau on peut combiner)
La folie c'est l'autre le dangereux l'intuile le parasite.
La folie c'est aussi bien pratique pour se définir en tant que normal et se dire que sa place au soleil gagnée à piétiner la gueule des opprimés on ne se la doit qu'à nous.
Nous fols entendons chaque jour que nous ne "faisons aucun effort". Nous sommes si coupables de douiller, nous sommes si coupables d'en chier, nous sommes si coupables d'être bizarres, si seulement on le voulait un petit peu on pourrait s'intégrer. Tu vois moi je fais du yoga ben ça va bien. Tu vois moi des fois je suis triste eh bien je vais quand même au travail et je pense aux fleurs et à nouveau la vie me sourit. Tu vois moi je mérite, tu vois comme tu n'es qu'une merde. A quel point tu es une merde, à quel point tu es autre, me prouve combien je suis normal-e, combien je suis meritant-e de ne pas me "laisser entrainer" dans de mauvais penchants vicieux. (une dame temoin de jehovah m'a dit une fois que les fols etaient des enfants de satan irrecuperables et au fond elle ne difere pas trop des normies)

On nous fait miroiter le merite. Et en entretenant ça on nous garde la tête sous l'eau ce qui permet de toujours dysfonctionner, de fonctionner sur le dos des fols blanchis sous le harnois du rejet et de la stigmatisation, en plus du poids des souffrances.


Dernièrement j'ai pas mal posté sur le sport et j'ai entendu beaucoup de choses justement sur mon mérite, sur combien j'étais inspirante, impressionnante, forte, admirable.

Mais non les gen-te-s. C'est simplement très facile de faire des choses quand on va bien. Ca me rappelle à chaque fucking fois combien vous deviez penser que j'étais une merde quand je me lavais une fois par mois et passais mes journées a regarder Gulli en buvant du pastis, aux prises avec une angoise massive malgré des neuroleptiques au gramme.
Pourtant i était là l'authentique exploit, à prendre cette douche mensuelle. Pourtant là vous auriez du 'madmirer et me glorifier de survivre.

Votre admiration actuelle je l'emmerde. Reflechissez un peu à tout cela, deconstruisez vos privileges et vos merites, vous qui n'arrivez pas à faire une heure de velo par semaine alors que tout va à peu près bien dans vos vie, plutot que de conseiller du yoga à des gens qui raclent un miroir des ongles pour arriver a 'extreme rebord de la survie.

Fuck le mérite, il est comme la cuillere (des fols) il n'existe pas.