lundi 7 décembre 2015

Quand le choix d'être childfree devient un devoir imposé


Je place ici à titre indicatif que je n'ai
Jamais
Souhaité
Désiré
Voulu
Ressenti le besoin ou le devoir de
Avoir un enfant

Ado et jeune femme on faisait simplement montre de condescendance et d'âgisme en me disant "tu dis ça maintenant"
Et puis ma maladie a éclaté au grand jour, bien obligé.e.s de voir que je buvais beaucoup d'alcool, que j'avais des troubles importants du comportement, des dépenses inconsidérées et puis que j'étais marquée du sceau PSY et que je consommais un lmourd traitement psychotrope.

Donc On s'est dit, cette nana ne doit pas avoir d'enfant.0

Les conversations autours de la descendance devenaient super tendues pour mes proches, des anges passaient (<- petite tentative d'humour) et le monde prenait un air évasif et douloureux car je devais énormément souffrir de ne pas pouvoir avoir d'enfant.

Or je peux avoir des enfants. Je pense même pouvoir en éduquer. Je n'en ressens pas le besoin-désir whatever se passe en les gen.te.s qui font le choix d'enfanter.

Mais ce choix m'était dérobé, il devenait un état de fête : cette folle ne peut avoir d'enfant. Pour dire, mon père m'a même proposé que j'en fasse un et qu'il l'élève.


La violence malsaine du truc.
 pétain pétain pétain je dis quoi ? 

 Donc, l'un dans l'autre, On ne m'a jamais laissé ce choix. Soit je ne savais pas ce que je voulais et l'émerveillement du truc merveilleux de la maternité allait m'apparaitre un beau matin devant mon bol de Nesquick et paf, ça ferait des bébés.
Soit j'avais le bon goût exquis de ne pas faire l'offense au monde de procréer, moi la folle.

C'est lourd le silence, je dirais même avec NOII que le silence qui règne devient assourdissant. Le silence qui pèse et glue autant que les "tu changeras d'avis" "tu feras cette merveilleuse découverte" blabli
Il est arrivé que je sois confrontée à ce choix. Je suis, à l’âge de 28 ans tombée enceinte, comment pourquoi me regarde. Cette grossesse n'était pas voulue. Et puisque j'avais pris des pr"écautions il y avait une probabilité quasi nulle pour que je sois gestante.
Aucun signe n'annonçait cette grossesse. J'étais à l'époque grosse, plus de 90kg, je n'ai pas grossi plus ni minci. Je n'avais pas de nausées. Les neuroleptiques me maintenaient en aménorrhée et galactorrhée depuis deux ans.

Cependant j'avais un rdv chez un gynécologue, un homme, pour un contrôle "de routine"

Je m'y suis rendue le sourire aux lèvres à l'idée de : Ironie. Je m'y suis rendue, je ne connaissais pas ce gyneco, j'en changeais donc nous avons discuté durant un assez bref entretien où j'ai signalé cette fameuse absence de règles depuis deux ans et ses causes présumées. Il m'a demandé s'il existait une probabilité que je sois enceinte, j'ai parlé d'un épisode de rupture de capote, norlevo, blablou, il m'a dit "aucun risque" Il m'a dit "Nous allons faire une écho des ovaires pour voir si tout va bien"*
Il a fait une écho (ça aussi le "nous" c'est assez priceless) et m'a dit "bien, rhzabillez vous et pâssons dans mon bureau"
Je me suis rhabillée et je suis passée dans son bureau. Il m'a annoncé "vous êtes enceinte". J'ai dit "oh.", choquée. Il a ajouté "la grossesse est avancée". Il ne m'a pas dit de combien. Il m'a dit "Eh bien il faudra parler au... au monsieur." et de suite "Vous pouvez aller voir le Dr G moi à ce stade je ne le fais pas ça me..." *geste de dégoût, ou tristesse, ou envie de vomir* J'ai compris que "ça" le brassait, j'ai compris que "ça" signifiait une IVG ou IMG, je ne savais pas je ne savais plus de combien de semaine je pouvais être enceinte, j'ai compris aussi que moi la folle, on ne me demandait pas ce que je souhaitais faire.
Je voulais avorter, je devais avorter, c'était pas possible autrement. Je me demandais cependant comment amener une IMG sans motif médical : je n'étais pas en danger physique, le fœtus non plus visiblement, so what ?

Bref dans ma petite auto avec mon petit chapeau j'ai fait la route jusqu'à l'autre hôpital pour rencontrer le Dr G, cette fameuse docteure "qui faisait ça"

Il y eu un interne, le rdv posé avec un autre gynécologue obstetricien, qui lui aussi faisait "ça" m'a-t-on dit.

Tout allait dans mon sens, je ne souhaitais pas avoir d'enfant, la grossesse était non seulement inattendue mais non désirée et on m'expliquait peu de choses, à part qu'on allait me faire "ça", un geste médical tellement immonde que personne ne pouvait le nommer.

Quand j'ai signé le papier j'ai appris qu'On acceptait de me faire "ça" pour "raisons psychiatriques"

Je suis pour des raisons techniques restée 3 jours à l'hôpital en attendant que mon col se dilate et que "l’œuf" descende, le tout perfusée, sans manger, sans boire, sans mon traitement car On pouvait m'opérer à tout moment.

Je pensais me jeter par la fenêtre (qui était ouverte)(elles ne le sont plus nulle part car d'autres personnes caressent l'idée de se foutre par la fenêtre) personne ne m'a parlé (je précise ici que certes les infirmières en gyneco n'ont "pas de formation psy", mais que les jeunes diplomées qui bossent en psy ont la même (non) formation psy, que l'entretien infirmier est un acte technique, qui s'apprend comme la pose de cathéter et que être humain.e quoi, c'est si dur que ça ?)

Donc je devais avorter (d'un fœtus dont je ne connaissais toujours pas l’âge) acr j'étais folle mais ma folie n'était pas prise en charge. Un contexte hautement anxiogène chez une personne souffrant d'angoisses majeures et moi pas traitée chimiquement ni par la parole. Mm.

C'est là, dans mon lit, à lutter contre des contractions une nuit (avoir de la morphine j'ai pu, les contractions sont de vraies douleurs contrairement aux angoisses qui sont dans la tête. L'angoisse devrait se loger dans l'utérus pour être prise en charge) que je me suis dit "je ne pourrai JAMAIS avoir d'enfant"

On venait de me l'ancrer dans la tête. Ce n'était plus un possible qui ne m'intéressaitn pas trop, c'était un interdit sur un sujet donc on me serinait, par les mots puis par le silence qui était censé accomplir les personnes humaines en tant que personnes humaines.

Je n'étais pas humaine, je n'étais pas une vraie fâmme, je ne pouvais enfanter, je ne pouvais nourrir. Cela me tournait dans la tête "capable de concevoir et pas de nourrir"

Une faute immense, impardonnable preuve profonde et ultime que j'étais un parasite sur terre. Que je ne faisait pas partie de la communauté humaine.

L'Interruption Médicale de Grossesse a eu lieu, je fus délivrée, mais il n'y a que depuis peu que le fardeau n'en est plus un. C'est simplement une vue de l'esprit. Il suffit de faire bouger le kaléidoscope d'un quart de tour.

Ca s'est vraiment débloqué quand une de mes nièces, qui avait alors sept ans, m'a demandé

"Dis Ju, pourquoi tu n'as jamais eu d'enfant ?"
Le bon peuple des humains normaux a retenu son souffle et j'ai répondu ce que j'en pensais "Ben, parce que j'en ai jamais voulu" "Alors c'est bien" a conclu la fille.


Oui, alors c'est bien.

mardi 1 décembre 2015

Dépolitiser ma schizophrénie



J'ai eu à lire, deci-delà
J'ai eu à m'entendre dire, deci-delà
Que "la" schizophrénie est un produit de notre société, que la société capitaliste rend les gens schizophrènes "pour les faire taire" (je l'ai entendu tel quel)
Et que si j'étais schizophrène, en gros, c'est parce que le complexe militaro industriel l'a bien voulu.


Non.



Ma schizophrénie n'est pas politique. Pas en ce sens. Si ma schizophrénie est subversive c'est un dommage collatéral. C'est la manière dont elle s'exprime - je ne suis pas silenciée, décompensée, je tonitrue. Je tache. Est politique la manière dont la société traite les schizophrènes. Est politique ce que je revendique de mon droit à exister au même rang que les autres citoyen.ne.s avec ma schizophrénie.

Je ne sais pas trop comment décrire cette schizophrénie. Je dis parfois "je suis schizo", pour faire court et aller vite.
Je dis parfois "je souffre de troubles schizo affectifs"
Le plus souvent, je dis que "je vis avec une schizophrénie".
Je l'appelle maladie chronique ou pathologie chronique (avec des phases aiguës) ou parfois, handicap. Si je désigne ce trouble (encore un autre mot) ainsi, c'est que je suis contrainte chaque jour d'avaler un tas de médicaments simplement pour être "bien", "normale", que je ne peux effectuer un travail rémunéré du fait de cette maladie, que je suis bientôt retraitée, de façon anticipée, pour invalidité (encore un terme)

Personne ne connait vraiment à ma connaissance les causes des schizophrénies. Elles seraient neuro psycho sociales, On me dit "c'est polyfactoriel". POur moi, depuis le temps, il y a des causes neurologique, psychologiques et environnementales.
Mais de cela on peut douter car on trouve  les schizophrénies partout dans le monde, avec la même incidence. Depuis aussi longtemps qu'elles sont reportées sous ce nom ou sous en autre (il y eut "démence précoce")

Elles ne sont donc pas le produit de notre société, ici française, elles ne sont donc pas le produit de l'oppression des plus pauvres par les plus riches.


Surtout, ma schizophrénie m'appartient. Elle fait partie de moi. Quand je dis que je vis avec des troubles schizo-affectifs forme dépressive, je dis une partie de moi. Une maladie chronique qui a façonné une partie de moi. Elle s'exprime avec ma propre expression, elle s'exprime de ma voix, différente de celle d'autres personnes vivant avec le même trouble.

Ce qui me silencie ce n'est pas le systèmle capitaliste, pas concernant cela précisément, ce qui me silencie c'est le paternalisme, médical, social, familial, c'est le mépris, c'est être persuadé.e que puisque parfois je suis en proie à des délires, des hallus, des symptômes, je ne sais pas ce que je dis, je ne sais pas ce qui est bon pour moi.


Je refuse qu'une personne non concernée m'affirme comment comprendre ma pathologie et la manière dont je devrais la vivre. Je refuse d'être instrumentalisée, car c'est cela précisément qui me silencie.

Qu'on utilise MA schizophrénie que JE vis que JE comprends mal que JE manage pour ME faire dire de façon passive des choses que je n'ai pas envie de dire, ou que j'ai envie d'exprimer différemment, que j'ai envie d'exprimer de MA voix et pas "parce que tu es folle, c'est le système tu vois"

Demandez-vous plutôt en quoi vous, vous êtes des produits du système, questionnez-vous sur l'expression de vos révoltes. Écoutez moi comme vous écoutez tou.te camarade, ne me tokenisez pas.

Je ne suis pas un drapeau, je suis une personne.

lundi 30 novembre 2015

Trop c'est pas assez






J'en veux sûrement trop, je ne suis sans doute pas au clair avec ce que j'attends de moi, avec ce que j'attends d'autrui.
Je veux
Je veux être qui je suis, je veux vivre en défonçant la vie, je veux accepter sinon aimer ma schizophrénie, je veux être une bonne personne, faire, devenir, apprendre, me réjouir, jouir
Mon cerveau est pataud et moi-même la folle follette je me compare à un jeune chiot, tout plein de bonne volonté et d'amour mais qui trébuche , marche sur ses propres pattes et poursuit sa queue longtemps.
Mon cerveau a des ratés et des couacs, mon lourd traitement n'aide pas à penser, je me fatigue si vite mentalement.
Mais je veux
Je veux étudier encore, du français et de l'anglais, de l'Histoire et de la géo.
Je veux accéder au DAEU, je veux faire une formation d'écrivain public pour donner quelques heures bénévoles, pour être au contact, pour être en contact, pour donner à la société comme elle me donne à moi.
Je veux lire des tas de livres, des romans, de la sfff, des essais, de la poésie, du théâtre, je veux me nourrir de mots, je veux bouffer des idées et de la littérature, je veux m'enrichir de tout cela, de ce firmament presqu'infini de livres.
Je veux aimer, je veux couvrir mon très bel amour de mon affection immense, de mon respect, de mon désir, de mon admiration, de mes petits tiquages devant ses charmants défauts, de vie commune encore et encore, de partages de richesse intérieure encore et encore
Je veux aimer mes ami.e.s et partager aussi avec euxlles des caresses psychiques, de la musique, des mots des lettres, des rires des joies, des chagrins et des peines immenses, parfois.
Je veux déambuler dans la cité et dans la nature, parcourir petites routes et nationales en voiture brinquebalante, même si me repérer dans l'espace me demande tant d'effort que conduire m'est très délicat.
Je veux des soins, du soutient, beaucoup, plein, échanger avec les soignant.e.s, me réchauffer et me renforcer à leurs mots, leurs ordonnances de pilules et d'ateliers, de rencontres et de lrarades, parfois.
Je veux soutenir ma famille, je veux une distance très juste, de ces distances qui n'existent que dans mes rêves, mais je veux rêver et je veux, oui, je veux que mes rêves se réalisent.
Tout m'est difficile, On m'a dit un jour "oui, vous faites beaucoup d'efforts pour vivre", tout m'estv difficile mais peut-être que rien ne m’est impossible, il ne suffit pas de vouloir pour avoir, oui, oui, mais je veux trop et trop c'est poas assez.

jeudi 26 novembre 2015

Trop et pas assez malade






Un jour mon psychiatre, embêté face à mes difficultés au travail et ma volonté, pourtant, de bosser, m'a asséné "Le problème avec vous c'est que vous êtes trop malade pour vivre bien et pas assez pour bénéficier de réelles aides"

Me voilà bien emmanchée, me suis-je dit, que dois-je faire maintenant. Il m'est venu à l'esprit cette phrase, que je cite de mémoire donc approximativement et qui doit se trouver dans 1984 : "la liberté ? La liberté d'être un rond dans un trou carré ?" ou un carré dans un trou circulaire. Voilà l'esprit
Tu vois l'délire
Et apparemment je ne suis pas la seule à être dans cette position inconfortable.
En réalité je n'y suis plus, je n'y ai peut-être jamais été, j'y ai été assignée, placée.

Trop malade ET pas assez.

Durant certains phases de mes troubles schizo-affectifs, je suis clairement à la dérive, soit sur un mode, le plus fréquent, très dépressif
vit seule avec son chat dans un état d'incurie depuis des mois
soit hypomane à mixte, c'est à dire dans un état de grande excitation psycho motrice, à un état exalté et profondément dépressif à la fois.
Je n'ai alors plus vraiment toute ma raison. Des idées sub délirantes m'envahissent, je laisse mon corps à l'abandon (obésité, maigreur, saleté, alcool), je suis angoissée sans cesse, je ne dors plus ou alors je dors tout le temps, j'ai des idées de grandeur ou d'indignité profonde ou les deux à la suite dans un cycle très rapide, etc. Je me scarifie, je fais des "scènes", je pleure, je suis prise de crise d'angoisse paroxystique, je crie ou je me prostre...
la folle en habit de folie
Personne ne peut nier ma maladie. Personne ou presque car durant d'autres phases, je suis adaptée, je prends grand soin de mon corps, je me sèvre de l'alcool, je me remets à lire, travailler, sortir...

Alors, je ne sais pas, le célèbre On pense que je le fais exprès d'aller mal ou de me laisser aller, j'entends même que moi ça ne me fait rien et que j'oublie la douleur infligée à mes proches. Qu'il faut me secouer, et toute les bullshit invalidant ma parole et ma souffrance, soit positive, lave-toi ça ne coûte rien, perds du poids, dors régulièrement, y'a tant de gens qui t'aiment et tu ne le sais pas.
Cela va de pair avec une méfiance de ma parole et de mes décisions, toujours. Je ne suis pas la seule à vivre dans l'ambivalence et le paradoxe. Après tout, dit On, je suis folle, je ne sais pas gérer mon argent (j'ai été sous curatelle), je ne sais pas m'occuper de moi, de mes chats, de mon appartement. Je ne peux pas décider de ma vie, de mes soins, de ma carrière.

Je n'ai donc pas le droit de "me plaindre" tout en étant catapultée dans la case de la fille qui ne sait pas ce qu'elle fait.Visiblement je suis "malade quand  ça [m']arrange". "On ne peut rien [me] dire" Mais ça ne m'arrange jamais d'être malade. Et il faut entendre ce qu'On me dit.

Certains soignants sont assez perplexes aussi. Infirmière libérale ne colle pas avec ma personne physique au moment M ni avec mon dossier médical de vieille folle à chats ni avec mon diagnostic.

On me juge "pas assez malade" pour une auxiliaire de vie (ménage), "trop malade" pour pouvoir vivre seule dans le ch'ni, "pas assez malade" pensait-on, pour une AAH mais "trop malade" pour pouvoir vraiment travailler.

Prise dans ce truc je pensais moi aussi être capable, pouvoir faire, devoir faire. Si je cessais le taff et qu'on ne m'accorde aucune aide parce que "pas assez invalide" ? Mais en même temps reprendre mon poste et commettre des erreurs ?

Dites, avant de taxer les gens d'ambivalence, ou d'être pris.e.s dans des paradoxes très schizo, prenez en compte les messages que vous envoyez.
wink wink


Enfin, en discutant avec une pote, je me suis aperçue que nous étions toustes dans ce truc là, dans le trop capable pas assez capable, malade mais pas malades.

Simplement, écoutez quand je vous dis "je suis schizo" c'est pour aller vite, c'est informatif. "Je vis avec une schizophrénie" c'est je vais bien. "Je souffre d'une schizophrénie" c'est que je vais mal.

mercredi 18 novembre 2015

Altérité, le risque de la psychophobie






J'écris ce jour, 18 Novembre à une très courte distances des tueries de Paris.

J'ai partagé sur la page Facebook l'intervention du 10 Janvier 2015 de Cyrulnik.

Il m'est important de dépsychiatriser, dépsychologiser les auteurs des attaques meurtrières, abominables. Ils ne sont pas "fous". Quand l'horreur surgit nous avons tous besoin de rejeter les coupables dans l'altérité tant nous avons du mal à comprendre pourquoi nous avons si cruellement été atteints, si aveuglément.

Nous ne sommes pas l'Autre, nous ne sommes pas l'inquiétant étranger, nous sommes humains. Nous ne sommes pas hors de l'humanité - je ne comprends pas le crime, je ne cherche plus à le comprendre. Il y a sans doute des modes de pensée qui nous échappent complètement, des référentiels moraux antagonistes aux nôtres (croyons nous, sans doute, je suis en pleine lecture des Identités Meurtrières d'Amin Maalouf)

Je suis bien incapable de faire une quelconque "analyse" des événements venant de se produire, je trouverais d'ailleurs cela indécent, mais beaucoup de "retours" me pèsent. Me mettent mal à l'aise, en tant que malade psy.

Les injonctions à boire de l'alcool, les injonctions à être heureuse - pour résister. La résistance à la douleur morale est une partie de l'histoire de ma vie. La résistance à l'alcool aussi. La configuration change, des drames ont eu lieu, d'autres surviendront j'en ai la conviction. Oui, je suis préoccupée, oui, je lutte pour le bonheur comme j'ai toujours lutté.

Je vous demande, ami.e.s, de ne pas englober les terroristes dans les"fous", je vous demande de ne pas adhérer à ce que j'ai pu lire sur les "délires mystiques". Que va-t-il arriver, sinon, aux usager.e.s réellement aux prises avec un délire mystique, ceulles qui se vivent Jesus, Mahomet, Dieu lui-même ? Je garde confiance envers les soignant.e.s pour garder juste mesure et ne pas dénoncer des états de souffrance ou d’exaltation, transitoires, aux forces de l'ordre. L'hôpital (hospitalis domus, maison où l'on reçoit les hôtes) est un lieu de soins, de refuge, un abri. Je garde la confiance qu'il le restera.

Mon intentio n'est pas moraliste, mon billet est ma pierre vers la construction permanente d'un certain vivre-ensemble.


mardi 17 novembre 2015

Super-pouvoirs et lointains bugs - où je vais quand je m'absente



J'ai appris dernièrement en lisant un article que 80% d'entre nous, schizophrènes, avons des "troubles cognitifs", ce qui était spécifié par troubles de la mémoire immédiate, de l'attention et difficultés à se repérer dans l'espace.

Lisant cela je me suis dit "Hhhhhhhha" et me suis trouvée vachement soulagée. Car je souffre de tous ces troubles, en plus d'une "maladresse" légendaire depuis mon enfance (une pseudo dyspraxie) et ce que l'on me renvoie est que je suis une je-m'en-foutiste qui ne fait attention à rien.

J'y pense depuis quelques temps, déjà, depuis le moment où je suis "tombée du déni" et, me rendant pleinement compte que je suis schizophrène, me suis mieux penchée sur les causes neurologiques.

Mon psychiatre m'a expliqué plusieurs choses "cerveau reptilien et cerveau "raisonnable" mal équilibré, me forçant à penser consciemment à mes émotions sans cesse pour rester "équilibrée". Cela cause une fatigue physique du cerveau, terme que ce psychiatre m'a proposé et qui me plait beaucoup.

Donc je suis maladroite, tête en l'air... Je me perds partout, je casse des objets, je ne me rappelle de rien...C'est pénible pour tou.te.s mais au final surtout pour moi.

Imaginez-vous dans un magasin de porcelaine, vêtu.e de trois pulls, d'une doudoune et de moufle, devant manipuler des objets fragiles tandis que d'autres sont en précaire équilibre partout, tandis que, sous l'emprise de calmant ou d'un peu trop d'alcool, vous recevez des consignes.

Pas facile. C'est un peu ma vie quotidienne.

Alors, o sont mes super pouvoirs ? Une chose dont je ris, c'est ma capacité étonnante à savoir ouvrir tous les emballages "ouverture facile" que mes connaissances NT ne peuvent ouvrir qu'à la tronçonneuse. J'ai élbaoré une théorie comme quoi ils étaient conçus par des gens "maladroits" ou dyspraxiques, et que seuls les "maladroite et dyspraxiques" comme moi sont en mesure de les faire opérer.

Pour mes troubles de l'attention, je vis de longues absences. Je les appelle les absences.

Pendant toute la première partie de ma vie disons jusqu'à mes 38 ans, j'avais la capacité de "m'absenter", quand je m'ennuyais ou sous le coup du stress (auto-hypnose spontanée) et en même temps d'enregistrer ce qu'il se passait sans chercher à le comprendre.

Mon exemple est la réunion qui s'éternise, surtout pour une secrétaire. Je pouvais parfaitement prendre des notes exhaustives (qui parle, que dit-iel ?) tout en pensant à complètement autre chose, ou en dormant. Si on me demandait mon avis, j'étais capable de repasser la bande sonore des 30 secondes qui avaient précédé, l'écouter et la comprendre, et répondre. Je présente mes excuses à mes supéreiurs pour ces siestes éveillée, néanmoins je faisais mon travail correctement.

Maintenant, évolution de la maladie, forte charge en benzo et baclo, je ne le peux plus, quand je m'absente, je ne suis plus du tout là.

Pour ce qui est de dormir éveillée, là encore je pense qu'il s'agit d'un état de transe auto-hypnotique. Je dispose d'une espèce d'interrupteur mental, que je peux actionner et, par exemple, tous les matins je fais ma gym en dormant. Un seul de mes neurones est vigilant pour capter les consignes du DVD et les éxecuter, pour le reste, je finis ma nuit.

Où vais-je quand je m'absente ? Souvent, comme c'est involontaire, je "prends" inconsciemment un bout du film, de la conversation, d'un livre (oui, je m'absente en lisant, et pas que des ouvrages que je trouve ennuyeux). Je pense à des moments, à des conversations, à des trucs et des machins, bref, je somnole, je rêvasse.

Quand le déclic est volontaire je pense à des chats, un jardin japonais en fleurs sous la neige, au Lac Léman.

Désormais, benzo, âge, alcool consommé par le passé, mon pauvre encéphale part en brioche. Comme tout le monde j'ai été très choquée par les tueries du vendredi 13. Je me réveille à peine péniblement. Mon très bel amour a compris, toujours bienveillant, sans doute inquiet. Mes bugs étaient longs et fréquents. e me remets, comme nombre d'entre nous, et la façon dont ces attentats m'ai "impactée" ne présente pas grand intérêt.

J'ai tout de même entendu parler de "psychose collective", de "délire mystique" et de "fous" et "d'idiots". Je laisse pisser pour le moment, à tort ou à raison. Je ne risque pas, comme les personnes racisé.e et/ou musulman.e.s d'humiliation, d'oppression pire encore... Dois-je attendre que dans les HP des arrêtés obligent les soignant.e.s à dénoncer les propos problématiques des usager.e.S ? Comme on nous avait demandé (circulaire) de balancer aux flics des étrangers en situation irrégulière ?

Je me réveille dans le chagrin, et la lassitude, déjà.

vendredi 13 novembre 2015

De quoi PN est-il le nom ?"


(ceci est une boite, mets ton ex dedans)

Je lis encore de trop nombreux articles pseudo scientifiques sur ce diable moderne que serait "lae pervers.e narcissique".
Il s'agit d'un concept bidon, ne désignant rien ni personne au niveau psychopathologique, et servant volontiers de fourre-tout pour ranger bien "proprement" un.e ancien.ne amour.e ou un patron vindicatif. 

De quoi pervers.e narcissique est-il le nom ? De la psychophobie, de la peur presqu'universelle des relations affectives, de ce qui nous arrive à quasi tou.te.s (sauf quelques personnes qui me rendent admiratives) au décours d'une relation amoureuse qui devient difficile, moche
... ou se termine.

Bien évidemment la maltraitance psychologique existe et c'est vivre une horreur que de la vivre. Bien sûr il existe des gens cruels au foyer et adorables en société... Je ne renie pas pour ma part la notion de "pervers" (perversité = jouissance à infliger le mal, différent de "perversion" qui désignerait une "déviance" sexuelle) mais stop.

Plusieurs choses sont à l'oeuvre qui se voient chez des personnes dites perverses, mais qui dans les nombreux articles sont délayées et rendues vagues et peuvent correspondre à grand nombre d'hommes et de femmes, sont diluées et élargies.

Mon gros problème face au terme et son usage généralisé est la psychophobie qu'il véhicule. "Iel me fait du mal, c'est qu'iel est fou.folle"

De cette façon là et aussi de manière cruelle pour les personnes, porteuses de troubles psy surtout, qui éprouvent des difficultés dans leurs relations amoureuses. Je pense aux notions de "chantage" (j'ai évoqué dans mon billet sur la mort le "chantage au suicide", la dépendance affective soulignée ("iel ne vous quittera pas"), d'être différent.e dans la sphère privée et sociale (ici aussi sans précision, après je pense que tout le monde se présente de manière policée à l'exterieur et "plus nature" chez soi, à tort ou à raison)

Ouane again, les mots sont importants, les concepts sont importants. Ne psychiatrisons pas les gens, n'utilisons pas des "diagnostics" comme des insultes ou des cases à ranger les malfaisants (idem pour le tueur psychopathe, le terroriste fou, le serial iller schizophrene), apprenons à vivre ensemble, ne diluons pas les souffrances des victimes en amollissant les concepts et les diluant.