lundi 25 janvier 2016

La femme la plus belle de la galaxie


Un "billet d'humeur" n'ayant pas trait à la schizophrénie ou à la psychophobie.

Certaines choses se transmettent de femme en femme, de mère en fille, en petite-fille. Certaines peuvent être positives, mais je me méfie de tout ce qui se transmets exclusivement sur une branche verticale cisgenre. Les valeurs de fâmme.

J'ai lu Luce Irigaray sur le tard, j'avais 39 ans, l'année dernière donc, et j'ai été conquise par sa démonstration de ce que les femmes qui sont mères et élèvent leurs enfants deviennent amenuisées à ce rôle là, notamment envers leur(s) fille(s), où peut-être il serait moins mortifère de demeurer, de devenir, d'être une femme-soeur, pouvant changer de rôle, mère, fille, soeur, amie, whatever. Elle l'a traduit dans son poème "avec ton lait ma mère, j'ai bu la glace".

Moi petite... petite fille je pensais que ma mère était la plus belle femme de la galaxie, et je regardais Ulysse 31 et Albator 78.
Un jour, et elle le raconte encore aujourd'hui avec émotion, j'ai été subjuguée par "tes traits sous les yeux".
Elle m'a reprise, elle a été heurtée. Avec le lait de ma mère, j'ai bu la honte des rides naissantes.
Elle utilisait des crèmes pour le corps, le visage
Je trouvais ces rituels chouettes, j'avais le droit de 'moindre de crème Nivea (r) en pot bleu, le gros pot rond.
Avec le lait de ma mère j'ai appris adolescente à utiliser de la crème de jour. A 17 ans de la crème de jour, mais wtf. Pour le confort, pour le bien-être, pour la santé ?
Pour rien du tout, parce que c'est une grande tradition de la Fâmme. Je ne sais pas si des ados mâles de 17 ans se font pénétrer une crème de jour légère chaque matin, pourtant si c'est le summum du confort et du kiff ils devraient non ? Peu importe, ce n'est pas si genant.
C'est deux minutes chaque matin, c'est une dizaine de francs, à l'époque, par quinzaine.
Et puis avec le lait de ma mère, j'ai fait mon premier soin du visage. POur mes 18 ans. J'avais fait une TS m'ayant mené à l'hôpital et ma mère m'a offert un soin du visage et maquillage de jour chez Yves Rocher, "pour me chouchouter". J'avais été très touchée et j'avais bien aimé.
Maintenant je me rends compte à quel point c'est étrange quand j'y pense. J'avais essayé de mourir, nous n'en avons pas parlé, j'allais très mal psychiquement et la seule chose trouvée pour me faire me sentir mieux (et croyez moi je suis touchée du geste et il m'avait réconfortée) c'est d'envoyer ma peau de jeune femme se faire extraire les points noirs du nez, ce qui est douloureux, et bombarder de vapeur très chaude, ce qui étouffe, dans le but d'être chouchoutée, que je me sente mieux et que je "m'apprécie à nouveau" moi-même.

Twilight zone.

Après la crème Nivéa bien sur il y eu les divers laits pour corps, les huiles sèches ("qui ne sont pas vraiment de l'huile tu sais sinon c'est pas sec c'est GRAS"), et les multiples crèmes visages. Une pour les joues une ou deux pour la zone T, les patches pour décongestionner le tour des yeux le matin, la crème anti ride ou la BB crème (ou CC crème, DD crème, XX crème oui), la crème contour des yeux, celle contour des lèvres, et une fois que j'eus pris du poids, les fameuses crèmes anti cellulite-qui-servent-à-rien-mais-on-sait-jamais.

Et je continue à les mettre. De plus en plus nombreuses au fur et à mesure des "progrès" de la cosmétique et de l'avancée en âge.
Je ne jette la pierre à personne en particulier, à moi non plus au fond, depuis que je me suis fait le pacte que tendre à être une bonne personne incluait une tendresse sans complaisance envers moi.

Ce que m'a transmis ma mère est transmis par la société entière et ne date pas de 1975 (quoi que la société française ai pu être plus égalitaire alors, je sais pas, je m'en rendais pas compte à 6 mois)

Mais je pense à ces transmissions de mère en fille, à ce que je transmets plus bas, moi childfree, ce que je transmets à mes nièces, ce qui leur est transmis. De passer du temps, du budget, du souci, des complexes, pour "se sentir bien" "s'offrir un moment cocooning" "avoir une vraie peau de bébé" (sérieux, glauque) Je pensais lorsque je fréquentais régulièrement les instituts de beauté comme je me sentais bien et belle en en sortant, j'avais fait un parallèle institut/institution (j'étais hypomane ça aide les glissements du genre), comme une institution de beauté pourrait être un soin, l'est dans certains établissements (et c'est parfait), comme entre les mains de l'esthéticienne je me sentais comme la nourrissonne au bain avec sa mère aimante, manipulée avec douceur, avec gloussements et compliments, et en en sortant on se sent belle, aimée, quasi déesse.

C'est galvanisant, mais faut-il consommer pour s'aimer ? Se laver, se coiffer, s'habiller, manger correctement, boire un café ou un thé, mettre des vêtements doux, tout cela, ne suffit pas pour nous  femmes à "s'occuper de soi" ? A "se respecter" ? A "se faire du bien" ?


Je tâche d'apprendre cela, s'aimer justement me semble un long parcours, en attendant je m'applique toutes mes crèmes le matin.

jeudi 14 janvier 2016

Nuanc(i)er



Car non il n'existe pas de vils psychophobes vs moi-même qui serait clairvoyante sur tout même sur moi (bonne blague)
Car non le monde et les habitants qui le peuplent ne sont pas tout bleu tout rouge.
Une tentative de nuancer, que je sens nécessaire pour mes réflexions, et pour ma cohérence, pour une "moi-une" en dégradés, entourée de gens l'étant tout autant.

Je commence par ce que j'appelle la "tombée du déni".
Car il y a un "avant" et un "après" mais la prise de conscience a pris des années et des années.

Cela venait de moi au départ, moi clivée malade-pas malade, moi clivée toute puissante-toute impuissante, moi clivée géniale-misérable, mopi clivée soignante-soignée.
Moi paradoxe.
Et ces réalités coexistaient, parallèles, sans jamais se rejoindre. Le déni est cela, savoir sans savoir (se référer au tout premier billet du blog)

Cela venait de moi au départ, me dépouiller de la terminologie médicale, libérer ma pensée et mon point de vue du prisme psychiatrique, psychanalytique. Ne plus parler de moi comme d'une étude de cas, me réhumaniser. Ne plus être ma seule soignante qui elle seule saurait, tout en demandant aux soigant.e.s alentours de me prendre en charge car iels sauraient tout (en même temps)
Ce fut accepter d'être humble, accepter de ne pas comprendre grand chose, accepter que souvent je ne savais pas, me réinvestir comme une personne humaine, souffrante parfois, lâcher prise sans lâcher la barre.

Il y eut ensuite le travail par la parole avec une très précieuse psychologue, J. Qui me parlait de ces parts de moi, "Ju malade" vs "Ju saine" (les termes sont bof mais ils étaient alors miens) en m'enjoignant de les rassembler.
Car je refusais de réaliser ma schizophrénie, je souffrais certainement d'autre chose pas très grave.
Le travails a duré deux ans, immensément bénéfique, puis s'est inbterrompu d'un commun accord : nous avions fait le tour.

Et puis, la rechute alcoolique. Les rechutes alcooliques. A V*** je me suis rendue à l'hôpital rencontre une addictologue et là, premier point de vue étrange. Elle me demande où je vis et je réponds que bien qu'ayant un studio en Haute-Savoie je loge actuellement chez mon compagnon, séparé de corps depuis 3 ans et en instance de divorce.
Elle résume ainsi
*"Donc vous vivez chez un ami qui est marié et a deux enfants"
Violence. Mais je souris de cet autre point de vue, factuellement pertinent, mais aux consonances glauques. Pour la première fois j'accepte le C'est vrai, on peut voir ça comme ça
Même si ça me semble moche et rude.

Puis la cure, et l'accent était mis sur l'authenticité. J'ai saisi cela, dans une grande volonté d'aller au fond des choses, de ne plus mentir. Je vois maintenant que le fait que je ne supportais plus le mensonge, mentir, dire des demi vérités comme une autre fenêtre vers une vérité autre.

Oui, le psychiatre, avec mon accord enthousiaste, a bouleversé mon traitement. Oui je lui ai dit que je n'étais pas schizophrene, mais purement bipolaire, que mes "délires" étaient d'origine toxique, que que... Mais le changement de traitement seul ne m'a pas poussée à cette décompensation très atypique chez moi.

Oh, alors je me serais trompée ...?

La séance de groupe avec la psychologue a ferré mon esprit, quand j'ai parlé longuement de ma mère d'une voix très monocorde, il y eu une question finale et les mots de cette psychologue "pourquoi Julie ne comprend pas mle second degré"

Mon moi infirmière s'est révolté,; j'ai ouvert la bouche et dit "je ne suis pas..."
psychotique qui ne comprend pas le second degré
Je l'ai refermée et vlan, j'ai pris cette part de la réalioté dans la face.
Troubles schizo affectifs c'est schizophrénie et troubles bipolaires.
Je suis schizophrène
Julie G est schizophrène.

Je suis restée 15j environ stuporeuse, très souffrante et dans un état de douleur psychique que je ne peux pas décrire, parce que je n'en avais jamais entendu parler.

Mais les choses se sont "mises en place" assez rapidement. Je me rappelle qu'une des premières choses "rationnelles" que j'ai pu me dire a été "mais ma famille, des ami.e.s, m'apprécient et m'aiment. Mais alors si malgré tout ce que j'ai fait, iels m'aiment, c'est que je dois être aimable"
Je m'apprenais que je pouvais être insupportable par moment mais avoir des qualités.
Je tombais ma psychophobie intériorisée. Je nuançais ma part "persécutée". Ce que les psychanalystes appellent les "mauvais objets" se trouvaient nuancés en moi. Une infinie palette, une profonde liberté, un horizon.


Bien évidemment ça n'a pas été "omg je réalise, je vais dorénavant bien"

Justement
Ca n'irai jamais parfaitement bien, j'aurai toujours un sale lot d'angoisse, des hallus par moments, je suis susceptible de délirer, de dé"compenser mes troubles schizo comme bipolaire, les deux allant ensemble, joyeusement accompagnés d'alcool.
Alors accepter. Cela date de decembre 2014 et je ne peux pas dire que je sois en paix totale.
J'ai traversé les étapes du deuil, ou de l'acceptation, j'ai été très depressive, très en colère, très dans un chantage interne avec des pensées magiques, si je fais comme ceci comme cela alors ça ira pour toujours.
J'ai encore maintenant souvent la hargne ou un agacement profonde, lourdeur des soins et du suivi, limitations qui me frustre, handicap.
Mais enfin, je me nuance. Je nuance les autres, mieux. Me reste à mieux nuancer ma pensée, que j'émaille d'exemples bancals et de transpositions sauvages, de parti pris, de simplifications un peu barbares.

Je n'en veux à personne de ne pas me comprendre ou de me mal comprendre. Qui comprend qui ? Si je suis seule dans ma tête ce n'est que condition du vivant.

samedi 9 janvier 2016

Mésestime



Je vis avec des troubles schizo affectifs forme dépressive. Cela singifie que j'ai des symptômes et "parts" schizophrènes, d'autres bipolaires, mais plus volontiers vers la dépression, assez constante en "douceur" et parfois mélancoliforme.
"Parts" est un mauvais terme, je ne suis plus partitionnée.
Mais c'est plus simple.

Cela entraine une faible estime de moi, que je peine à "restaurer", à équilibrer. Les périodes hypomanes ou mixtes me donne de l'assurance à foison, mais il s'agit exactement de la même chose, de la même faible estime de moi-même.

Se déroulent dans ma tête les termes cliniques pour désigner ces sentiments quand ils s'enracinent dans des personnes dépressives : "sentiment d'indignité" "sentiment de culpabilité" "sentiment de ruine" aussi, que je rattache au cortège.*
"Les lunettes grises du mélancolique".
Que l'on qualifie de trouble, que je qualifie comme une façon de se voir et de voir le monde sous un seul angle, le laid, le douloureux. Cela ne me semble pas délirant, du laid est en mot. Mais cela est tronqué car j'ai la prétention de penser qu'il n'y a pas que ça.

Bref, depuis l'enfance, quand a commencé la grande tristesse, j'ai tendance à me dégoûter, à m’embarrasser moi-même. Je relie ma grande peur de l'abandon à ceci. Si je suis indigne et incapable, j'ai besoin des autres. Si je suis indigne et incapable les autres vont me quitter. Donc je vais crever. Ou pire, je ne vais même pas en crever et cela durera pour les siècles des siècles.


Cela se double d'un psychophobie intériorisée, ancrée dans ma psyché, dans mon corps même. La somme de la silenciation, du jugement, de la négation, des moqueries, du mépris, de la peur, du rejet,de la haine parfois. De tout un chacun. Que j'ai connue, vue, entendue, bue, dont j'ai usé envers autrui, avant de me penser malade, et pendant un temps encore plus en me pensant malade.

Ça va de la qualification de "fou" pour tout acte semblant sortir du chemin pavé de bonnes intentions de la normalité des braves gens. A l'idée commune, implicite et souvent explicite que les fous sont dangereux, "à lier". A l'idée commune, très explicite, que les fous "ne savent pas que" "n'ont pas conscience de". Rappelons que la conscience est le propre de l'être Humain , la conscience de soi. N'avoir "pas conscience de son état" ? Ne "pas savoir ce qui est bénéfique pour soi" ? La conscience de soi est déniée aux fous et aux animaux non humains. A des injures parfois, au fameux signe de la main ou du doigt sur la tempe. A des discriminations, sur le lieu de travail. Au capacitisme, au validisme.


Cela était ancré en moi et j'ai encore bien du chemin pour me déconstruire.

Cela a tellement atteint en moi, d'une telle faille, ce que je ressens et pense de moi, que cette psychophobie intériorisée a été je pense un des puissants moteurs de mon très long déni.

Je travaille à m'aimer, à m'apprécier à ma juste valeur. Ni trop ni trop peu. Unique comme tout le monde. Et si et si et si. ET si je ne devais pas prendre dans la gueule toute la psychophobie ordinaire sur les réseaux sociaux et dans les medias, dans ma famille parfois, de la part de machin et bidule, de la banquière et du boulanger, des soignant.es assez souvent, toute cette "moisissure qui s'infiltre" comme dit Jaddo au sujet du racisme et du sexisme...
Si...

Eh bien, foi de rat, cela serait plus aisé. Il y a tout ce chemin entre ce sentiment, vibrant, chaud et libérateur, d'accepter ma pathologie et de me tonitruer à moi-même "je n'ai pas honte" et puis ouvrir la porte et le crier au monde, alors le monde répond "mais quand même, tu devrais"

mercredi 6 janvier 2016

C'est pas parce que je suis parano...




Je doute très souvent de mes ressentis, car On m'a souvent qualifiée de "paranoïde", de "sensitive", d"'interprétative". Je parle de professionnel.le.s de santé mentale. Je parle de certain.e.s de mes proches aussi.


Mais comme dit un ami NA pour plaisanter - à demi- "ce n'est pas parce que je suis parano que personne ne m'en veut"


Ainsi je ne suis pas sûre que mon médecin généraliste de T*** ai spécialement zappé certaines de mes pathologies physiques (hyper tension - due "au stress") parce que je suis schizophrène, peut-être était-ce un problème général dirigé envers tou.te.s.

Ainsi je ne suis pas sûre que les ambulancier.e.s, à une certaine époque, aient été spécialement familier.e.s avec moi parce que je suis schizophrène. Peut-être tutoient-iels facilement tou.te.s les jeunes.

Ainsi je ne suis pas sûre que les urgentistes, à une certaine époque, m'aient spécialement traitée par dessus la jambe avec mes scarifications parce que c'étaient des scarifications, parce que je suis schizophrène. Peut-être ont-iels du mal avec toute plaie peu grave face à une personne qui se montre revêche et limite opposante, avec tout le boulot qu'iels ont beaucoup plus urgent.

Ainsi je ne suis pas sûre que l'on me paterne, médecins ou autres, parce que je suis schizophrène, peut-être est-ce mon attitude et ma vêture inspirant le juvénile qui donne envie de me cocoler.

Ainsi ne suis-je pas sûre...
Cependant, toute personne vivant une oppression systémique se voit renvoyer à cela je crois, pour parler d'une autre que je connais, être une femme. En tant que femme on me demande aussi si je ne suis pas un peu parano avec le harcèlement de rue, avec la terminologie, si je ne cherche pas la petite bête, qu'on me traite de telle ou telle façon à cause de mon attitude à moi seule et non parce que je suis une femme.

Alors non, ce n'est pas parce que je suis parano que la psychophobie n'existe pas.

mercredi 9 décembre 2015

"Pourquoi" ne suffit pas






Nous entendons toustes ces affirmations qui semblent frappées sur le coin du Bon Sens
Il faut vider l'abcès
Il faut lui en parler
Il faut découvrir les causes à cette situation psychique

Cependant, "pourquoi" ne suffit pas. Pourquoi ne suffit pas à aplanir les choses, à les dénouer. Savoir n'est pas régler.
J'ai eu tendance à cherche la cause de ma folie, comme si me ressouvenir d'un éventuel traumatisme, mettre le doigt sur quelque chose allait magiquement me "réparer" (les anglo saxons disent cela "to fix")
J'ai eu tendance à vouloir parler et reparler de mes moments de vie douloureux.
On m'a souvent invitée à m'épancher, dans la cadre "privé" (connaissances, collègues) en étant complètement éffrayé.e lorsque je le faisais.
C'est important de pouvoir parler à cœur ouvert, mais il faut que cette parole soit reçue, qu'elle soit non seulement accueillie mais qu'il y ai un retour.
J'ai parlé d'un viol ,subi à des collègues, qui m'y invitaient. Évoquer cet événement ne m'a pas "délivrée", les traumatismes de vie ne sont pas des abcès à "vider" ou alors personne n'a trouvé le truc. Les métaphores ont bien des limites et les filer ne porte jamais bonheur, on tombe dans les platitudes.


Et puis savoir n'est pas régler. Je voudrais poasser du pourquoi, utile certainement, indispensable, au "comment", au "qu'est-ce que je fais maintenant"

Je sais mes relations avec ma mère, les soucis passés et présents, je ne sais pas l'avenir. Je n'en peux plus, soignant.e.s de devoir parler avec vous de mes années d'enfance. Réfléchissons. Vous me dites que certes, j'en ai beaucoup parlé (usagère de la psychiatrie depuis plus de vingt ans... ça en fait des heures de parole) mais que vous vous en avez besoin "pour m'aider", pour comprendre. Je peux difficilement la faire courte avec vous, en plus, résumer la chose en deux phrases, pourtant claires et contenant toutes les infos. Il me faut revenir sur des événements précis, sur des souvenirs, sur des dates, qui sont pour moi aujourd'hui complètement vidés de sens et de substance.
Je le sais ce que j'ai vécu, ce que j'ai ressenti, réel ou pas, je sais les conséquences sur ma vie présente. Mais what, parler de ma maman pendant des heures vous aide vous en quoi ? Moi j'aimerais qu'on parle de ma vie d'adulte, de mes expériences d'adulte, que j'ai peu travaillées. Savoir que mon vécu de manque affectif fait que je mange, fume des clopes, bois beaucoup de café, achète compulsivement ne m'aide pas, actuellement. Ca se goupille ainsi, j'en ai conscience, mais le savoir ne me fait pas magiquement manger moins, me remplir moins, acheter moins.

Je veux me rencontrer, moi adulte. Avec mes outils d’adultes, acquis ou à acquérir, à apprendre, tempérer mes problèmes compulsifs. Ma vie d'enfant est sans doute fondatrice, mais j'ai vécu des dizaines d'années adulte. Ca compte pas pour du beurre.


De la mêmefaçon, je le dis pour les NT, savoir qu'une angoisse n'a pas de raison d'être (et en a sûrement une mais qui reste obscure) ne fait pas céder l'angoisse (même si dans un cadre très privé cela peut aider à la réassurance), savoir que des voix ou des odeurs sont des hallucinations ne fait pas céder l'hallucination, critiquer totalement ou partiellement un délire ne l'en rend pas moins réel dans l'esprit, en partie, savoir qu'un traumatisme passé est en lien avec des troubles présent ne fait pas céder les troubles.



Je peux répondre au pourquoi, mais pas que, mais pas pendant des heures, et je répondrai alors "et maintenant, on fait quoi ?"

lundi 7 décembre 2015

Quand le choix d'être childfree devient un devoir imposé


Je place ici à titre indicatif que je n'ai
Jamais
Souhaité
Désiré
Voulu
Ressenti le besoin ou le devoir de
Avoir un enfant

Ado et jeune femme on faisait simplement montre de condescendance et d'âgisme en me disant "tu dis ça maintenant"
Et puis ma maladie a éclaté au grand jour, bien obligé.e.s de voir que je buvais beaucoup d'alcool, que j'avais des troubles importants du comportement, des dépenses inconsidérées et puis que j'étais marquée du sceau PSY et que je consommais un lmourd traitement psychotrope.

Donc On s'est dit, cette nana ne doit pas avoir d'enfant.0

Les conversations autours de la descendance devenaient super tendues pour mes proches, des anges passaient (<- petite tentative d'humour) et le monde prenait un air évasif et douloureux car je devais énormément souffrir de ne pas pouvoir avoir d'enfant.

Or je peux avoir des enfants. Je pense même pouvoir en éduquer. Je n'en ressens pas le besoin-désir whatever se passe en les gen.te.s qui font le choix d'enfanter.

Mais ce choix m'était dérobé, il devenait un état de fête : cette folle ne peut avoir d'enfant. Pour dire, mon père m'a même proposé que j'en fasse un et qu'il l'élève.


La violence malsaine du truc.
 pétain pétain pétain je dis quoi ? 

 Donc, l'un dans l'autre, On ne m'a jamais laissé ce choix. Soit je ne savais pas ce que je voulais et l'émerveillement du truc merveilleux de la maternité allait m'apparaitre un beau matin devant mon bol de Nesquick et paf, ça ferait des bébés.
Soit j'avais le bon goût exquis de ne pas faire l'offense au monde de procréer, moi la folle.

C'est lourd le silence, je dirais même avec NOII que le silence qui règne devient assourdissant. Le silence qui pèse et glue autant que les "tu changeras d'avis" "tu feras cette merveilleuse découverte" blabli
Il est arrivé que je sois confrontée à ce choix. Je suis, à l’âge de 28 ans tombée enceinte, comment pourquoi me regarde. Cette grossesse n'était pas voulue. Et puisque j'avais pris des pr"écautions il y avait une probabilité quasi nulle pour que je sois gestante.
Aucun signe n'annonçait cette grossesse. J'étais à l'époque grosse, plus de 90kg, je n'ai pas grossi plus ni minci. Je n'avais pas de nausées. Les neuroleptiques me maintenaient en aménorrhée et galactorrhée depuis deux ans.

Cependant j'avais un rdv chez un gynécologue, un homme, pour un contrôle "de routine"

Je m'y suis rendue le sourire aux lèvres à l'idée de : Ironie. Je m'y suis rendue, je ne connaissais pas ce gyneco, j'en changeais donc nous avons discuté durant un assez bref entretien où j'ai signalé cette fameuse absence de règles depuis deux ans et ses causes présumées. Il m'a demandé s'il existait une probabilité que je sois enceinte, j'ai parlé d'un épisode de rupture de capote, norlevo, blablou, il m'a dit "aucun risque" Il m'a dit "Nous allons faire une écho des ovaires pour voir si tout va bien"*
Il a fait une écho (ça aussi le "nous" c'est assez priceless) et m'a dit "bien, rhzabillez vous et pâssons dans mon bureau"
Je me suis rhabillée et je suis passée dans son bureau. Il m'a annoncé "vous êtes enceinte". J'ai dit "oh.", choquée. Il a ajouté "la grossesse est avancée". Il ne m'a pas dit de combien. Il m'a dit "Eh bien il faudra parler au... au monsieur." et de suite "Vous pouvez aller voir le Dr G moi à ce stade je ne le fais pas ça me..." *geste de dégoût, ou tristesse, ou envie de vomir* J'ai compris que "ça" le brassait, j'ai compris que "ça" signifiait une IVG ou IMG, je ne savais pas je ne savais plus de combien de semaine je pouvais être enceinte, j'ai compris aussi que moi la folle, on ne me demandait pas ce que je souhaitais faire.
Je voulais avorter, je devais avorter, c'était pas possible autrement. Je me demandais cependant comment amener une IMG sans motif médical : je n'étais pas en danger physique, le fœtus non plus visiblement, so what ?

Bref dans ma petite auto avec mon petit chapeau j'ai fait la route jusqu'à l'autre hôpital pour rencontrer le Dr G, cette fameuse docteure "qui faisait ça"

Il y eu un interne, le rdv posé avec un autre gynécologue obstetricien, qui lui aussi faisait "ça" m'a-t-on dit.

Tout allait dans mon sens, je ne souhaitais pas avoir d'enfant, la grossesse était non seulement inattendue mais non désirée et on m'expliquait peu de choses, à part qu'on allait me faire "ça", un geste médical tellement immonde que personne ne pouvait le nommer.

Quand j'ai signé le papier j'ai appris qu'On acceptait de me faire "ça" pour "raisons psychiatriques"

Je suis pour des raisons techniques restée 3 jours à l'hôpital en attendant que mon col se dilate et que "l’œuf" descende, le tout perfusée, sans manger, sans boire, sans mon traitement car On pouvait m'opérer à tout moment.

Je pensais me jeter par la fenêtre (qui était ouverte)(elles ne le sont plus nulle part car d'autres personnes caressent l'idée de se foutre par la fenêtre) personne ne m'a parlé (je précise ici que certes les infirmières en gyneco n'ont "pas de formation psy", mais que les jeunes diplomées qui bossent en psy ont la même (non) formation psy, que l'entretien infirmier est un acte technique, qui s'apprend comme la pose de cathéter et que être humain.e quoi, c'est si dur que ça ?)

Donc je devais avorter (d'un fœtus dont je ne connaissais toujours pas l’âge) acr j'étais folle mais ma folie n'était pas prise en charge. Un contexte hautement anxiogène chez une personne souffrant d'angoisses majeures et moi pas traitée chimiquement ni par la parole. Mm.

C'est là, dans mon lit, à lutter contre des contractions une nuit (avoir de la morphine j'ai pu, les contractions sont de vraies douleurs contrairement aux angoisses qui sont dans la tête. L'angoisse devrait se loger dans l'utérus pour être prise en charge) que je me suis dit "je ne pourrai JAMAIS avoir d'enfant"

On venait de me l'ancrer dans la tête. Ce n'était plus un possible qui ne m'intéressaitn pas trop, c'était un interdit sur un sujet donc on me serinait, par les mots puis par le silence qui était censé accomplir les personnes humaines en tant que personnes humaines.

Je n'étais pas humaine, je n'étais pas une vraie fâmme, je ne pouvais enfanter, je ne pouvais nourrir. Cela me tournait dans la tête "capable de concevoir et pas de nourrir"

Une faute immense, impardonnable preuve profonde et ultime que j'étais un parasite sur terre. Que je ne faisait pas partie de la communauté humaine.

L'Interruption Médicale de Grossesse a eu lieu, je fus délivrée, mais il n'y a que depuis peu que le fardeau n'en est plus un. C'est simplement une vue de l'esprit. Il suffit de faire bouger le kaléidoscope d'un quart de tour.

Ca s'est vraiment débloqué quand une de mes nièces, qui avait alors sept ans, m'a demandé

"Dis Ju, pourquoi tu n'as jamais eu d'enfant ?"
Le bon peuple des humains normaux a retenu son souffle et j'ai répondu ce que j'en pensais "Ben, parce que j'en ai jamais voulu" "Alors c'est bien" a conclu la fille.


Oui, alors c'est bien.

mardi 1 décembre 2015

Dépolitiser ma schizophrénie



J'ai eu à lire, deci-delà
J'ai eu à m'entendre dire, deci-delà
Que "la" schizophrénie est un produit de notre société, que la société capitaliste rend les gens schizophrènes "pour les faire taire" (je l'ai entendu tel quel)
Et que si j'étais schizophrène, en gros, c'est parce que le complexe militaro industriel l'a bien voulu.


Non.



Ma schizophrénie n'est pas politique. Pas en ce sens. Si ma schizophrénie est subversive c'est un dommage collatéral. C'est la manière dont elle s'exprime - je ne suis pas silenciée, décompensée, je tonitrue. Je tache. Est politique la manière dont la société traite les schizophrènes. Est politique ce que je revendique de mon droit à exister au même rang que les autres citoyen.ne.s avec ma schizophrénie.

Je ne sais pas trop comment décrire cette schizophrénie. Je dis parfois "je suis schizo", pour faire court et aller vite.
Je dis parfois "je souffre de troubles schizo affectifs"
Le plus souvent, je dis que "je vis avec une schizophrénie".
Je l'appelle maladie chronique ou pathologie chronique (avec des phases aiguës) ou parfois, handicap. Si je désigne ce trouble (encore un autre mot) ainsi, c'est que je suis contrainte chaque jour d'avaler un tas de médicaments simplement pour être "bien", "normale", que je ne peux effectuer un travail rémunéré du fait de cette maladie, que je suis bientôt retraitée, de façon anticipée, pour invalidité (encore un terme)

Personne ne connait vraiment à ma connaissance les causes des schizophrénies. Elles seraient neuro psycho sociales, On me dit "c'est polyfactoriel". POur moi, depuis le temps, il y a des causes neurologique, psychologiques et environnementales.
Mais de cela on peut douter car on trouve  les schizophrénies partout dans le monde, avec la même incidence. Depuis aussi longtemps qu'elles sont reportées sous ce nom ou sous en autre (il y eut "démence précoce")

Elles ne sont donc pas le produit de notre société, ici française, elles ne sont donc pas le produit de l'oppression des plus pauvres par les plus riches.


Surtout, ma schizophrénie m'appartient. Elle fait partie de moi. Quand je dis que je vis avec des troubles schizo-affectifs forme dépressive, je dis une partie de moi. Une maladie chronique qui a façonné une partie de moi. Elle s'exprime avec ma propre expression, elle s'exprime de ma voix, différente de celle d'autres personnes vivant avec le même trouble.

Ce qui me silencie ce n'est pas le systèmle capitaliste, pas concernant cela précisément, ce qui me silencie c'est le paternalisme, médical, social, familial, c'est le mépris, c'est être persuadé.e que puisque parfois je suis en proie à des délires, des hallus, des symptômes, je ne sais pas ce que je dis, je ne sais pas ce qui est bon pour moi.


Je refuse qu'une personne non concernée m'affirme comment comprendre ma pathologie et la manière dont je devrais la vivre. Je refuse d'être instrumentalisée, car c'est cela précisément qui me silencie.

Qu'on utilise MA schizophrénie que JE vis que JE comprends mal que JE manage pour ME faire dire de façon passive des choses que je n'ai pas envie de dire, ou que j'ai envie d'exprimer différemment, que j'ai envie d'exprimer de MA voix et pas "parce que tu es folle, c'est le système tu vois"

Demandez-vous plutôt en quoi vous, vous êtes des produits du système, questionnez-vous sur l'expression de vos révoltes. Écoutez moi comme vous écoutez tou.te camarade, ne me tokenisez pas.

Je ne suis pas un drapeau, je suis une personne.