vendredi 4 mars 2016
Sentiment d'horreur
Il m'arrive que depuis deux ou trois mois je me réveille.
Cela semble être le cycle habituel, une rechute, un an d'apathie.
Une année de manque d'énergie, une année où "ma" dépression, que je considère constitutionnelle, ou quasi, m'enveloppe tranquillement et pour tout dire insidieusement, me garde dans un grand calme.
Depuis deux ou trois mois je me réveille, je dors moins, j'ai davantage d'énergie pour faire des choses, à nouveau je plaisante beaucoup - je suis éveillée.
Ce qui arrive aussi c'est que j'oublie de prendre mon traitement du matin en me levant, parce que je ne suis alors pas la proie de "freins", d'événements étranges dans ma tête, je ne sens pas mon cerveau "vibrer", je ne sens pas l'intérieur de moi en décalage avec tout le reste à l’extérieur de moi
Je me réveille "normale", "bien", comme certain-e-s soignant-e-s disent "iel est bien aujourd'hui, en ce moment"
Pas "iel va bien" mais tout-à-fait "iel est bien"
Je touche, frôle puis palpe cette différence entrer aller et être, entre ce qui en moi est fragile, bancal, distordu peut-être, et ce qui en moi est solide, bien plane, de la terre ferme.
Tout cela forme moi-même mais je n'en ai pas le pressentiment, je dois, de force, le mentaliser.
Je me lève je suis bien, je ne pense pas tout de suite à prendre mon traitement, qui est constitué le matin de la paroxetine, du tercian et des trois baclofène.
Je bulle comme toute personne qui a du mal le matin, qui est dans le pâté et qui boit son café en scrollant sa timeline Facebook.
Alors vient un ressenti, un truc, qui n'est pas un ovni, qui ne m'est pas inconnu, loin de là, mais que j'oublie et oblitère à chaque fois.
Ce ressenti, ce truc, pour moi c'est l'avènement en moi des Grands Anciens, de Cthulhu, c'est un sentiment d'horreur.
N'avoir jamais réellement, réellement et en contact avec l’extérieur, vécu l'horreur, fait l'horreur, mais en ressentir les effets.
Ressentir la mort, que j'aurais connue, je serais morte, mes aimé-e-s seraient mort-e-s, j'aurais causé la mort de quelqu'un-e. Je serais atroce, des trucs atroces me seraient advenu.
Ce machin, les Grands Anciens, ce n'est pas vraiment de l'angoisse. Je ne sais pas si cela a un nom, dans la clinique. La clinique me semble spécialement pauvre en termes decrivants la vie et la mort intérieures, elle est par contre très riche en description de symptômes. Voir et vivre, observer et éprouver.
Je sens tout d'abord une gêne, aurais-je oublié de faire un truc important ? Non. Aurais-je mal parlé et boudé ou blessé mon très bel amour ou une autre poersonne que j'aime ? A priori et a posteriori, non.
Puis Ça monte, cela devient un sentiment d'horreur.
Alors je sais, je sais que ce sentiment est très lié à des moments de maladie, parce qu'en un éclair je me souviens. Je reconnais et connais ce ressenti, et en un éclaitr je sais que je dois agir; sinon l’extérieur va faire effraction sur l'intérieur et inversement. Que le sentiment va monter, gonfler et gronder et qu'alors je devrai rester encocoonée dans un plaid à claquer des dents en essayant de me convaincre que non, oh non, je n'ai tué personne.
En déroulant très vite nle petit fil de la toile je me souviens de ce que je n'ai pas fait : prendre le tercian du matin. Alors piteuse de moi-même je vais le prendre. Il met une heure quasiment à m'apaiser, mais tout le gros ch'ni du matin reste a minima
C'est me trouvant dans ces moments là, me souvenant un peu de ce que j'ai pu éprouver par le passé, je me dis qu'il y a la schizophrénie, les moments de maladie (à distinguer) et par-delà la maladie en elle-même, la gestion du traumatisme qu'a engendré la maladie.
Le schizophrène ne distingue pas le fantasmé, le symbolique et le réel
Me dit la littérature.
Lol
mercredi 10 février 2016
Le Terroriste, l'Autre et le Fou
Une chose me plaît (si) dans le traitement du terrorisme par les médias (mais si) c'est que j'ai entendu à plusieurs reprises que "les terroristes" n'étaient pas "fous".
Sans dec'.
J'avais écrit un petit billet en Novembre et, égoïstement peut-être, j'avais peur alors du retentissement de ce drame au niveau psychophobie, où nous, fous, ne sommes déjà pas bien gâté.e.s (durcissement des mesures de contention en intra hospitalier, étiolement de l'extra hospitalier, psychophobie ordinaire encore et toujours, difficultés d'accès à bien des droits et services, tmtc)
"Ce sont des fous" entend-on souvent, dans bien des drames et des actes affreux perpétrés par des êtres humains. Affreux et spectaculaires, ou spécialement mis en lumière. Stupéfaction. Sidération. Sentiment particulier de ce dégoût, de ce poil qui se hérisse, besoin d'exclure lae fautifve de la société, de la vie, de l'Humanité.
Alors "Iel doit être fou"
Je parle souvent de ce raccourci : fou = non humain. Fou = tellement étrange, tellement inquiétant d'étrangeté qu'iel n'est pas humain.e, certainement "pas comme nous". Parce que je ne lae comprend pas, je ne lae reconnaît pas comme des mien.ne.s.
Je peux ergoter aussi sur le "normal" qui a besoin du "différent" pour se définir et se conforter. Qu'est-ce qui est normal ? Difficile de répondre. Mais si je peux dire : le fou n'est pas normal, le meurtrier n'est pas normal, le punk n'est pas normal, lae jeune est normalement anormal.e, etc... je peux me définir comme bien dans les clous.
Ouf.
Qui est "le" Terroriste alors ? Je n'en sais rien, je ne le connais pas, je regarde et j'entends des tas de spécialistes en parler, des théoriciens, des gens sur le terrain qui "réhabilitent" des jeunes "radicalisé.e.s". Beaucoup d'avis, beaucoup de point de vue, pour une question trop simple pour qu'on puisse y répondre exhaustivement, je crois. Je me pose pour ma part la question "A qui profite le crime ?", la question semble moins faire vendre, de vente pourtant il en est question, qui fournit les armes, qui paye, qui endoctrine, qui envoie mourir et faire mourir et dans quel but. Pour moi les terroristes sont des soldats, je n'ai jamais bien bien compris le principe du truc hein. Des soldats qui utilisent la méthode du terrorisme, dans leur pays (car ils sont chez eux), ils mènent une guerre civile. On pourrait se demander pourquoi de jeunes gen.te.s de tous pays s'engagent à 18 ans pour aller mourir et faire mourir ici et ailleurs (c'est quand même le but) (on est quand même en guerre, en France, depuis 1939, sauf que ce n'est pas souvent sur notre territoire), nous on dit gentiment "pour défendre leur pays" mais au fond... Moi je n'en sais rien, c'est une étrange idée.
Jusqu'à mes 30 ans environ j'étais fascinée par les crimes étranges perpétrés par des serial killers. Je lisais des thrillers, des essais de criminologie... J'essayais de comprendre "cette" folie. Cette folie est exceptionnelle, les méchants, les fous-dangereux-qui-devraient-finir-à-Belle-Reve, sont nous toustes. Fous les hommes qui tuent, à raison d'un meurtre tous les 3 jours, leur compagne ? Fou la personne qui débite son patron en rondelles sur un désaccord enkysté ? Fou lae soldat.e qui sur ordre balance une bombe sur un hôpital MSF ou une école ?
Les êtres humains sont étranges, les comportements pas toujours prévisibles.
Peut-être que de grands mouvements se dessinent, concernant les jeunes embrigadés. Embrigadés par qui et pourquoi ? Pas fous, non, ni elles ni eux. Les fous sont réformés P4
mardi 9 février 2016
Psychiatrisation psychologisation à outrance
Voilà un travers que j'ai longtemps eu, les interprétations sauvages de faits, gestes, mots, comportements de mes proches ou moins proches. Les lapsus, les actes manqués, les "dénis" (quand on commence hors contexte pro à employé le "iel est dans le *" ça part mal), les forclusions, j'en passe (cocher tous les mécanismes de défense répertoriés), sans parler de ce qui est connu comme pathologie psychiatrique, de structure de personnalité, c'est festival.
Je m'en suis plus ou moins dépouillée, cela m'a fait du bien de me peler de ce "bagage" me concernant (s'envisager avec moins de filtre, nuancer, se redécouvrir avec fraîcheur) et je me rends compte, depuis une année, que cela est bénéfique pour moi et autrui d'envisager les autres avec simplicité et ouverture.
Le terme "psychosomatique" m'a décollé la pulpe le premier, voilà longtemps. Que je pense de moi-même, que quelqu'un pense d'iel-même qu'un symptôme organique est une manifestation de problème psychique, très bien. Sinon, on n'a avancé ni dans le psycho ni dans le somatique. Mal de dos plein le dos, cystite "besoin de marquer sa place" (oui, réellement entendu à mon propos), j'en passe...
J'ai tellement envie de dire "foutez la paix à mon inconscient". Si je suis "dans le déni" me le dire ne m'avancera pas, je vous l'assure. Si je suis "dans le déni" il y a une bonne raison à ça. Si je dis "à très bite" en lieu et place de "à très vite", je pensais peut-être à une bite, ma langue a peut-être fourché, ça peut être rigolo, gênant en situation officielle, mais pas plus. Si je casse un verre c'est que je manipule mal et brutalement les objets, je n'ai pas le désir inconscient de briser quoi que ce soit entre nous. ET même si c'était le cas, si ça peut se régler en brisant un simple verre, n'est-ce pas très bien ?
Bien sûr je passe sur tous les diagnostics et refus de mon diagnostic de la part de gens bienveillants. Sérieux, l'enfer est pavé de bonne volonté : tu es parano, tu es perverse, tu es... Tu n'es certainement pas schizophrène, j'en connais ielles sont pas comme toi (scoop, les gen.te.s sont toustes différent.e.s)
Je suis agacée dans l'écrit mais je m'admoneste moi-même de la même façon, psychologiser autrui c'est être, bien souvent, dans une forme de jugement, de jugement pernicieux car c'est un jugement qui porte sur les différences psychiques, neurobio, où la frontière est toujours fine et poreuse entre "tu te fais du mal en étant dans le déni" et "c'est mal d'être dans le déni" avec un fort soupçon de "mais tu vas te rendre compte que tu es en dépression caractérisée nom de dieu ?!".
J'en appelle à moi-même , à rester simple, ouverte, à essayer d'accueillir l'autre (ou pas trop ou moins) sans ces filtres qui sont mes protections à moi contre le malaise lié à l'altérité. Sans fascination pour le "bizarre", le "différent", le "folklorique", mais sans crainte et défense de cet ordre. C'est un travail délicat, pour moi, de me défaire de cette tenue, mais je n'avance pas toute nue. Sans doute, j'évite certaines personnes, par flip. Je n'ai pas vocation à être tendre avec tout le monde, et personne ne me le demande d'ailleurs. Et me défaire de cela me demande de me défaire des transpositions sauvages, raisonnements bancals et comparaisons tout aussi bancales...
mardi 2 février 2016
Soignante soignée 3/3 - Hôpital
Je suis donc également malade, soignée. Ma première hospitalisation à 22 ans a été une catastrophe, j'ai été très durement maltraitée : outre la privation de liberté (chambre fermée où l'on m'avait enlevé jusqu'au matelas et pyjama), j'ai subi (oui, subi) un traitement extrêmement lourd, recousue sans anesthésie très souvent (sans qu'en parallèle rien ne soit mis en place pour sécuriser les poubelles de salle de bain, blindées de lames de rasoir). La violence montait des deux côtés, j'ai fait un déficit de potassium très sévère (qui aurait du me mener en réa m'a dit un ami médecin) qui n'a jamais été corrigé d'aucune façon que ce soit. J'ai été placée en HDT illégale (le tiers était le directeur de l'hôpital qui ne m'avait jamais vue de sa vie, que je n'ai jamais vu), bref, grande violence.
Qu'en pensais-je ? Que j'étais insupportable à me scarifier, qu'iels en venaient à être forcé.e.s de me contenir, que je devais faire des efforts.
Je n'ai jamais été violente envers le personnel ou les autres usager.e.s. C'était ainsi. A mon entretien de sortie, alors que j'étais zombifiée (une telle dose de neuroleptique que même ma peau était sèche, pas seulement la bouche, au point que tenir un stylo m'était impossible, il glissait) la médecin chef de service m'a demandé ce que je pensais de mon séjour en chambre forte
" Ca devait être nécessaire, pour me protéger
- Vous avez surtout constaté que vous pouviez y survivre. Nous, nous n'en étions pas sûr"
OKLM
J'étais suivie par une psychiatre, psychanalyste, qui a drastiquement réduit le traitement à ma sortie.
ET la fois où j'ai à nouveau décompensé, consciente d'avoir besoin de me poser, sécuriser, adapter le traitement, j'ai demandé à y retourner. Ce sont euxlles qui m'ont refusée, car ingérable. Ce terrible crime de se lamer quand on va mal, qui motive un refus de soins. Je reviendrai quand je serai guérie les gars, je vais pas vous déranger au travail.
Cela m'a conduit à un autre HP qui m'a mieux convenu, malgré le vécu carcéral que j'ai le plus souvent eu, pas de sortie du service, fouille en règle (pardon, "inventaire")(qui n'est pas réalisé à la sortie donc à quoi bon) et promiscuité (chambres de trois lits, deux salles de bains communes pour une vingtaine d'usager.e.s). Ce fut la rencontre avec le Dr JMB que j'estime, qui m'a beaucoup aidée, et dont j'estime lui devoir la vie, physique et psychique.
Infirmière, est-ce particulier quand on est "de l'autre côté" (pas de la barrière, de la porte du bureau, tmtc) ? On m'a souvent asséné que je devais comprendre "vous qui êtes infirmière". Que je devais comprendre non seulement le comportement d'autres usager.e.s (vols, harcèlement sexuel, violence verbale) mais aussi me comprendre parfaitement moi-même.
Allô ?
Quand je demandai au Dr JMB pourquoi cette idée étrange de porter un enfant mort me transperçais le cerveau, : "Vous devez savoir vous qui connaissez la psy".
Donc je suis censée, en tant qu'infirmière exerçant en psy, pouvoir m'analyser toute seule. Autant rester chez moi alors non ? Non, car j'ai besoin "d'être contenue, protégée" et que je ne me rends "pas compte de [mon] état". ET puis, on me parle de mes grands paradoxes psychotiques.
Pour la petite story, il m'a tout de même dit que symboliquement cela devait être "un secret".
Il me fallait aussi comprendre le fonctionnement de l'équipe, puisqu'exerçant le même métier qu'elleux. Et je comprenais ! Je ne les dérangeais pas dans le bureau, sauf urgence, je rongeais mon frein sans couiner quand il y avait un retard, je, je...
J'ai surtout compris des trucs sur ma pratique. Avoir "besoin de parler entre infirmier.e.s pour se décharger des angoisses liées à la pratique" (voire "au contact avec les psychotiques") certes. Mais y'a quand même des réunions, dans transmissions, pour cela. Rester beaucoup dans le bureau pour se protéger, ça ne protège pas les usager.e.s. C'est durant ces temps que se produisent les vols, les problèmes interpersonnels... que se produit l'ennui terrible, l'angoisse, de se sentir lancé.e seul.e dans l'univers. J'ai entendu aussi "il faut que les psychotiques se confrontent au vide" ou "c'est bien de se confronter au vide, ça structure". N'empêche que l'ennui, c'est une forme de torture, je pèse mes mots. Trop médiqué.e ou n'ayant pas le goût à lire, ou sans livre, sans activité occupationnelle quand les soignants sont dans le bureau, souvent sans grand monde à qui parler, surtout au début, parfois les chambrezs fermées deux heures le matin et dans l'après midi, et stop romantisation, les gen.te.s y sont malades mais moi aussi je l'étais et être sollicitée vingt fois en une heure par la même personne pour une clope... relou, sans et avec tout cela, que faire ? Réfléchir à soi ? Ca devrait m'être facile car je suis infirmière ? Je reprends un mot dun cadre infirmier qui avait donné cours à l'IFSI, qui nous enjoignait d'aller vers les patients "même s'il est plus facile de parler des fous que de parler aux fous".
Autre truc, "l'oralité des psychotiques". Neuroleptiques + ennui = faim tout le temps, repas seule activité de la journée.
Et dans tout les cas, le contrôle du discours quoi. Pas seulement en entretien. N'engueulez-ons plus les gens à tout propos. Je conçois, je l'ai vécu comme infirmière et encore plus comme patiente (= h24 dans le service, ne l'oubliez pas) ces mêmes personnes qui réclament la clope, demandent des trucs tout le temps "au bureau" ils vous les brisent mais parfois la soufflante tombe sur le suivant qui toque. Ça aussi je l'ai vécu. J'ai évidemment pas de solution "miracle", ni tout court, pour ces gen.te.s qu'on dit "chroniques", qui vivent à l'hôpital, ont des troubles sévères dont des troubles du comportement. Iels sont répétitifs. Iels sont "chiants", si on veut. Au moins contrôlons-ez la mauvaise humeur et l'agacement (en plus ça n'a aucun effet sur ces usager.e.s de parler fort, de râler, etc)(et peut-être aussi qu'iels sont tout le temps vers le bureau car pas assez au contact des soignant.E.s)
Donc j'apprenais pour mon exercice, "on" me renvoyait à ma profession, je ne parle là que ds choses qui m'ont heurtée, et à savoir que cet HP a été reconstruit et que ma dernière hospit était dans des conditions merveilleuses et idéales de liberté de circulation (rappelez vous que tout patient en HL a le droit à la circulation, le "contrat de soin" n'est pas réellement un contrat, dans le sens où c'est "comme ça sinon vtff" et surtout est peu explicité. Moi on m'a toujours dit "c'est toujours comme ça, c'est la période d'observation" pôint final), de soins, et plein de chouettes soignant.E.s avec des tas d'activités et la porte du bureau le plus souvent ouverte (ou les infirmier.e.s et aides-soignant.e.s avec nous).
Parmi mes collègues cela s'est su, j'étais assez transparente là-dessus et puis cela se voyait. Par contre j'ai toujours eu peur, terreur, que les hispitalisé.e.s soient au courant. Je craignais de leur faire du mal. De les confuser. Que la sacro sainte distance thérapeutique se brise>. Magic tip : un.E usager.e qui sait que vous avez vécu des choses similaires aux siennes ne sera pas terrorisé. Ni proche comme un pote. Un gars m'a dit un jour que j’étais parfois comme lui, donc j'étais légitime pour le respect du cadre, ayant vécu cela. C'est être en état de maladie au travail qui ne va pas alors, please, parlons à nos collègues. S'iels sont toxiques aussi. Ca ne va pas cette omerta sur un.e.tel.le qui fait ceci cela on le sait mais on dit rien. J'ai connu en tant qu'usager.e des soignant.e.s dangereux, celle qui m'a dit que si elle pouvait elle me ferait radier de la fonction publique et que j'étais alcoolique et psychotique et finirais ma vie en hôpital. Celui qui prédatait des patien.te.s avec qui il avait des relations à l'exterieur, et l'une revenant le voir déclarait partout d'elle souffrait d'un délire érotomane. J'ai travaillé avec des collègues dangereuxses. Je n'ai rien dit. J'ai été dangereuxse de par ma folie et mes addictions. On ne m'a rien dit. Parlez. J'aurais préféré qu'on m'arrête avant le gros dossier et le craquage, avant d'avoir pu inquiéter les usager.e.s placé.e.s sous ma responsabilité. C'est protéger les personnes malades et souvent fragilisées. C'est être clair et cohérent. Et dans le cas des "collegues fous", c'est aussi leur rendre service, je suis sérieuse.
Pareil, à ma dernière hospit, j'ai trouvé tous les soignants très clairs, pro, bien. Celle d'avant aussi. Les choses se "régulent" c'est une très bonne chose.
Qu'en pensais-je ? Que j'étais insupportable à me scarifier, qu'iels en venaient à être forcé.e.s de me contenir, que je devais faire des efforts.
Je n'ai jamais été violente envers le personnel ou les autres usager.e.s. C'était ainsi. A mon entretien de sortie, alors que j'étais zombifiée (une telle dose de neuroleptique que même ma peau était sèche, pas seulement la bouche, au point que tenir un stylo m'était impossible, il glissait) la médecin chef de service m'a demandé ce que je pensais de mon séjour en chambre forte
" Ca devait être nécessaire, pour me protéger
- Vous avez surtout constaté que vous pouviez y survivre. Nous, nous n'en étions pas sûr"
OKLM
J'étais suivie par une psychiatre, psychanalyste, qui a drastiquement réduit le traitement à ma sortie.
ET la fois où j'ai à nouveau décompensé, consciente d'avoir besoin de me poser, sécuriser, adapter le traitement, j'ai demandé à y retourner. Ce sont euxlles qui m'ont refusée, car ingérable. Ce terrible crime de se lamer quand on va mal, qui motive un refus de soins. Je reviendrai quand je serai guérie les gars, je vais pas vous déranger au travail.
Cela m'a conduit à un autre HP qui m'a mieux convenu, malgré le vécu carcéral que j'ai le plus souvent eu, pas de sortie du service, fouille en règle (pardon, "inventaire")(qui n'est pas réalisé à la sortie donc à quoi bon) et promiscuité (chambres de trois lits, deux salles de bains communes pour une vingtaine d'usager.e.s). Ce fut la rencontre avec le Dr JMB que j'estime, qui m'a beaucoup aidée, et dont j'estime lui devoir la vie, physique et psychique.
Infirmière, est-ce particulier quand on est "de l'autre côté" (pas de la barrière, de la porte du bureau, tmtc) ? On m'a souvent asséné que je devais comprendre "vous qui êtes infirmière". Que je devais comprendre non seulement le comportement d'autres usager.e.s (vols, harcèlement sexuel, violence verbale) mais aussi me comprendre parfaitement moi-même.
Allô ?
Quand je demandai au Dr JMB pourquoi cette idée étrange de porter un enfant mort me transperçais le cerveau, : "Vous devez savoir vous qui connaissez la psy".
Donc je suis censée, en tant qu'infirmière exerçant en psy, pouvoir m'analyser toute seule. Autant rester chez moi alors non ? Non, car j'ai besoin "d'être contenue, protégée" et que je ne me rends "pas compte de [mon] état". ET puis, on me parle de mes grands paradoxes psychotiques.
Pour la petite story, il m'a tout de même dit que symboliquement cela devait être "un secret".
Il me fallait aussi comprendre le fonctionnement de l'équipe, puisqu'exerçant le même métier qu'elleux. Et je comprenais ! Je ne les dérangeais pas dans le bureau, sauf urgence, je rongeais mon frein sans couiner quand il y avait un retard, je, je...
J'ai surtout compris des trucs sur ma pratique. Avoir "besoin de parler entre infirmier.e.s pour se décharger des angoisses liées à la pratique" (voire "au contact avec les psychotiques") certes. Mais y'a quand même des réunions, dans transmissions, pour cela. Rester beaucoup dans le bureau pour se protéger, ça ne protège pas les usager.e.s. C'est durant ces temps que se produisent les vols, les problèmes interpersonnels... que se produit l'ennui terrible, l'angoisse, de se sentir lancé.e seul.e dans l'univers. J'ai entendu aussi "il faut que les psychotiques se confrontent au vide" ou "c'est bien de se confronter au vide, ça structure". N'empêche que l'ennui, c'est une forme de torture, je pèse mes mots. Trop médiqué.e ou n'ayant pas le goût à lire, ou sans livre, sans activité occupationnelle quand les soignants sont dans le bureau, souvent sans grand monde à qui parler, surtout au début, parfois les chambrezs fermées deux heures le matin et dans l'après midi, et stop romantisation, les gen.te.s y sont malades mais moi aussi je l'étais et être sollicitée vingt fois en une heure par la même personne pour une clope... relou, sans et avec tout cela, que faire ? Réfléchir à soi ? Ca devrait m'être facile car je suis infirmière ? Je reprends un mot dun cadre infirmier qui avait donné cours à l'IFSI, qui nous enjoignait d'aller vers les patients "même s'il est plus facile de parler des fous que de parler aux fous".
Autre truc, "l'oralité des psychotiques". Neuroleptiques + ennui = faim tout le temps, repas seule activité de la journée.
Et dans tout les cas, le contrôle du discours quoi. Pas seulement en entretien. N'engueulez-ons plus les gens à tout propos. Je conçois, je l'ai vécu comme infirmière et encore plus comme patiente (= h24 dans le service, ne l'oubliez pas) ces mêmes personnes qui réclament la clope, demandent des trucs tout le temps "au bureau" ils vous les brisent mais parfois la soufflante tombe sur le suivant qui toque. Ça aussi je l'ai vécu. J'ai évidemment pas de solution "miracle", ni tout court, pour ces gen.te.s qu'on dit "chroniques", qui vivent à l'hôpital, ont des troubles sévères dont des troubles du comportement. Iels sont répétitifs. Iels sont "chiants", si on veut. Au moins contrôlons-ez la mauvaise humeur et l'agacement (en plus ça n'a aucun effet sur ces usager.e.s de parler fort, de râler, etc)(et peut-être aussi qu'iels sont tout le temps vers le bureau car pas assez au contact des soignant.E.s)
Donc j'apprenais pour mon exercice, "on" me renvoyait à ma profession, je ne parle là que ds choses qui m'ont heurtée, et à savoir que cet HP a été reconstruit et que ma dernière hospit était dans des conditions merveilleuses et idéales de liberté de circulation (rappelez vous que tout patient en HL a le droit à la circulation, le "contrat de soin" n'est pas réellement un contrat, dans le sens où c'est "comme ça sinon vtff" et surtout est peu explicité. Moi on m'a toujours dit "c'est toujours comme ça, c'est la période d'observation" pôint final), de soins, et plein de chouettes soignant.E.s avec des tas d'activités et la porte du bureau le plus souvent ouverte (ou les infirmier.e.s et aides-soignant.e.s avec nous).
Parmi mes collègues cela s'est su, j'étais assez transparente là-dessus et puis cela se voyait. Par contre j'ai toujours eu peur, terreur, que les hispitalisé.e.s soient au courant. Je craignais de leur faire du mal. De les confuser. Que la sacro sainte distance thérapeutique se brise>. Magic tip : un.E usager.e qui sait que vous avez vécu des choses similaires aux siennes ne sera pas terrorisé. Ni proche comme un pote. Un gars m'a dit un jour que j’étais parfois comme lui, donc j'étais légitime pour le respect du cadre, ayant vécu cela. C'est être en état de maladie au travail qui ne va pas alors, please, parlons à nos collègues. S'iels sont toxiques aussi. Ca ne va pas cette omerta sur un.e.tel.le qui fait ceci cela on le sait mais on dit rien. J'ai connu en tant qu'usager.e des soignant.e.s dangereux, celle qui m'a dit que si elle pouvait elle me ferait radier de la fonction publique et que j'étais alcoolique et psychotique et finirais ma vie en hôpital. Celui qui prédatait des patien.te.s avec qui il avait des relations à l'exterieur, et l'une revenant le voir déclarait partout d'elle souffrait d'un délire érotomane. J'ai travaillé avec des collègues dangereuxses. Je n'ai rien dit. J'ai été dangereuxse de par ma folie et mes addictions. On ne m'a rien dit. Parlez. J'aurais préféré qu'on m'arrête avant le gros dossier et le craquage, avant d'avoir pu inquiéter les usager.e.s placé.e.s sous ma responsabilité. C'est protéger les personnes malades et souvent fragilisées. C'est être clair et cohérent. Et dans le cas des "collegues fous", c'est aussi leur rendre service, je suis sérieuse.
Pareil, à ma dernière hospit, j'ai trouvé tous les soignants très clairs, pro, bien. Celle d'avant aussi. Les choses se "régulent" c'est une très bonne chose.
vendredi 29 janvier 2016
Soignante soignée 2/3 - Infirmière
Me voilà donc à 21 ans embauchée dans un service de psy adulte temps plein. L'hôpital est petit, les deux service TP accueillent les usager.e.s par lieu de vie géographique et de tout type de pathologies, chroniques et/ou aiguës.
J'ai eu de la chance, car l'équipe était composé.e d'infirmier.e.s aguerris, qui m'ont énormément appris sur le métier, le psychiatre chef de service était un libertaire qui tolérait mal les contraintes inhumaines (je le cite) faites aux usager.e.s (contention)
Pour moi les usager.e.s étaient des patient.e.s, niveau terminologie.
Donc oui, "moi je" "moi infirmière" moi dans l'exercice de ma fonction, j'avais la conviction qu'il y avait "elleux" et "nous" et que dans la plupart des cas nous avions raisons et elleux ne savaient pas, du fait de leur état psychique.
Je reste convaincue que parfois, nous usager.E.s n'avons pas conscience de nos troubles et nous mettons en danger, ou autrui. Ma réflexion actuelle porte sur la contention. Je ne l'ai jamais tolérée pour les sangles. Je ne l'ai jamais ni pratiquée ni vu pratiquée.
Il m'est particulier de me remémorer comment cette rupture que j'opérais entre les personnes sous ma responsabilité et nous soignant.E.s a fait que j'ai clivé ma propre personne. Comme je l'ai écrit dans le billet sur le déni "moi c'est pas pareil"
Et comme j'en parlais dans mon billet sur la lucidité des schizophrènes, je ne la voyais plus. Je pouvais dire par exemple "Il/elle va si bien quand il/elle va bien". J'ai pu voir au fil des ans, des personnes en situation de maladie aiguë, qui quittaient 'lhôpital en forme, travaillaient, menaient leur vie de famille, ou pas, mais "allaient bien"
Je déplore le raccourci de langage "iel est bien" (en ce moment)
J'admirais beaucoup mes collègues et leur faisaient confiance. Iels m'ont accueillie avec poatience, appréciant même ma démarche de les suivre comme un petit poussin pendant un mois pour apprendre d'eux, le savoir-être, le savoir-faire : un entretien infirmier est un soin technique. Au même titre qu'une pose de cathéter.
Je ne sais comment vraiment clairement définir cela. J'étais très en "surplomb intellectuel" comme me l'a dit ensuite le chef de service "c'est ça qui vous a détruite" (j'ai eu un parcours à la challenger, avec l'ascension et l'explosion).
Peut-être que ce qui définirait mieux cela est ma surprise continuelle à recevoir les points de vue de personnes ni malades psy, ni soignantes, sur mon métier. On m'a beaucoup demandé "pourquoi ce métier". "Et toi pourquoi tu veux faire commercial ?" C'était à la fois par passion, par recherche sur ma personne "par dessous", sans le savoir, par une profonde volonté d'aider des personnes, et d 'aller vers les personnes souffrantes les plus rejetées et incomprises : les fous. Mes pairs.
Je passe rapidement sur les fantasmes moisis sur les infirmières sexy sans culotte gnagna, mais curieusement ça a une énorme incidence. Imaginez vous le "Que fais-tu dans la vie ?" "Commercial" "Mmmmm, et tu portes une culotte sous ton costume sexy ?" ? Seriously guys...
Il y avait souvent deux camps assez tranchés : d'abord les fasciné.e.s, convaincu.e.s que, comme le dit Despentes dans "Bye Bye Blondie" "pensent que les vrais fous sont dehors et les hôpitaux enferment des braves gens plein de poésie" (citation de mémoire)(tandis qu'elle est plutôt confrontée, mineure, à un trentenaire qui l'agonit d'insulte en l'accusant d'étaler son "fluide" sur la cuvette des toilettes). Ces gen.te.s me disaient souvent que je faisais un métier passionnant (il l'est mais pas pour ces raisons) me mettant en contact avec des personnes "super intéressante" à qui je devais expliquer que les usager.E.s sont des personnes malades qui sont toutes différentes, pas (que) de brillants artistes incompris par la société pas prête. Une bonne partie des fasciné.e.s étaient agressif, je me suis fait traiter de kapo-facho-liberticide-lebruit des bottes, de vendue à la société-qui-fabrique-des-fous-pour-qu'ils-ne-puissent-pas-parler et je passe les insultes pas safe.
Il y avait a contrario et à égalité les gen.Te.s persuadé.e.s que les usager.e.s de la psy sont des fous à lier sauvages sanguinaires dangereux qu'on laisse se promener dans les rues pensons à nos enfants (sic). Iels m'en voulaient tout autant de "relâcher" (dixit) ces sinistres individus qu'ils s'imaginaient identiques à leur présentation Hollywoodienne.
Enfin, il y avait les soignant.E.s et étudiant.E.s fermement persuadé.e.s qu'infirmière psy c'est "pas une vraie infirmière" et que je devais "mennuyer" (le mythe des infirmiers qui jouent au carte tranquillement tandis que des gen.te.s "malades-mais-ils-vont-pas-en-mourir" font un peu n'importe quoi.
Je me heurtais à la psychophobie dans sa forme très décomplexée et aux vieux archétypes collés à ma profession.
Ce que je pensais de tous ces points : les "fous" sont parfois dangereux (je pensais plus que la population générale alors, bien que les chiffres prouvent que non)(et que les situations de violence hospitalière sont bien souvent liées à un cadre très rigide qui perd alors son sens et devient persécutoire), que "les gen.te.s" et non les usager.e.s psy en particulier sont intéressants, j'étais passionnée par le fonctionnement du psychisme, cependant je privilégiais pour moi et autrui le traitement chimique couplé à une thérapie par la parole et j'étais furieuse d'avis anti médicaments, que la contention et le traitement sous contrainte étaient nécessaire, s'ils avaient un sens (traiter une urgence intraitable autrement, dans l'intérêt de la personne soignée), je savais "ouvrir mais il faut apprendre à refermer" je savais bien amener les gens à la confiance en me parlant mais je devais travailler pour faire quelque chose de ce que je recevais, que je "voulais savoir" d'ailleurs, comprendre, savoir, savoir "pourquoi", pas assez savoir "comment" (vieux mythe du "il faut que ça sorte, que ça ne reste pas non-dit"). Les usager.e.s étaient different.e.s de moi (la preuve j'avais une blouse)
Ce que je pensais de l'équipe : ma "première équipe" était composée d'infirmier.e.s et autre para médicaux aguerris, humains, cadrants en restant souple. Ils m'ont quasiment tout appris, les livres, le travail avec les personnes en situation de maladie m'ont enormément appris aussi, évidemment, la théorie se trouvait dans les livres, dans la revue Santé Mentale (pas encore sur internet balbutiant) et auprès des psychiatres, assistant.e.s et internes.
C'était l'bon temps.
Quand cette équipe a peu à peu, personne par personne, pris sa retraite, j'ai eu de nouveauxelles collègues très peu formés, comme moi au début, ne souhaitant pas s'instruire (j'ai pas envie de faire de la psy à la maison), que je trouvais bien plus jugeante, mettant peu de sens, et n'en ayant rien à carrer de ce que nous, plus ancien.ne.s pouvions leurs apporter. Cela m'a été difficile. J'étais aussi entrée plus pleinement dans ma schizophrénie (en la déniant), et les regards étaient moins tolérants sur mes particularités (sans doute avec raison). J'ai très mal vécu les contentions plus longues, le très sécuritaire (portes d'entrées fermées, cameras), la rigidité du cadre. J'ai été éjectée de toute façon. Mais je me rappelle avoir parfois dit à mes collègues qui se plaignaient qu'un.e usager.e frappe tout le temps à la porte de la chambre forte "tu ferais pareil si on t'enfermait non ?"
Je n'étais pas du tout une infirmière parfaite, j'ai fait des conneries, j'ai sans doute été maltraitante par moments, je me suis présentée en mauvais état, bref, je n'étais pas l'infirmière idéale ni l'employée de l'année.
Je délivre juste mon expérience ici, du point de vue "infirmière", avant de proposer "du point de vue usagère"
Apprendre que le métier de pair aidant existe désormais m'emplit d'espoir. J'ai lu que ces personnel.les sont mal toléré.e.s par les équipes de soins. Cela ne m'étonne pas. Il y a un grand tabou sur la frontière entre soignant.e.s et soigné.e.s. Il y a aussi une grande peur du regard d'un.E usager.e lucide sur le travail d'une équipe, ce travail censé rester secret des malades. Questionnons-nous. Si un.E pair aidant.e nous semble être une arrivée violente, si même l'idée d'une supervision nous rend mal à l'aise : que pensons-nous au fond de nos pratiques ? Sommes-nous clean ? Avons-nous peur de nous faire accuser de maltraitance quand au fond "c'est pas possible de faire autrement" ou "qu'on n'est pas assez" ? Serions nous hermétiques à une remis en question ? Allons nous continuer à dire que les soins en psy, qui se sont grandement améliorés pour ceux dont j'ai pu bénéficier, "c'est pas comme avant" c'est pas les asiles, c'est pas les chaînes, c'est pas les douches froides. Cette histoire même de la psychiatrie, l'arsenal thérapeutique, c'est récent, des techniques se pratiquent encore : devons nous l’oublier ? Ou la ranger dans le "ça existe plus" Ca peut exister à nouveau, quand je lis que les sangles se multiplient dans les services. Que faire des années 70, de l'antipsychiatrie ? Que faire de ce qui a été fondé à Saint-Alban, de Tosquelles ? Instruisons nous, lisons, participons aux formations (autre que "gestion de l'agressivité"), aux conférences, aux colloques. Réunissons nous pour parler de lectures, pour échanger, pour théoriser un peu. Ne soignons pas avec les tripes, ne soyons pas qu'avec la Loi. Ne nous laissons pas devenir de simple dispensatrices de cachets. Des choses formidables se font déjà, des ateliers, des réunions avec les usager.e.s (les soigné.e.s si vous voulez)
Surtout libérons la parole des malades. Ne nous en sentons pas menacé.e.s. Ou alors il faut croire que c'est nous qui avons un "sentiment de persécution" et que c'est nous qui usons de quérulence : que nous attribuons aux malades, à la hiérarchie, à la société, les dysfonctionnement dont souffrent nos institution. La Santé se casse la gueule, les conditions de travail sont ardues, vous souffrez toustes.
Mais la psychiatrie est la branche de la médecine de la pensée. Du psychisme autant que du corps. Parlons, entendons. Partageons. Un hôpital sans infirmier ne sert à rien. Un hôpital aux usager.e.s rendus muets est mortifère - et ne sert à rien
Soignante soignée 1/3 - Présentation
Je l'ai déjà évoquée je fus infirmière Diplômée D’État, exerçant en psychiatrie durant une quinzaine d'années.
Par transparence je précise que j'ai été d'abord placée sur un poste adapté, au bout de mon exercice infirmier, tout d'abord contre mon avis, mais je n'ai contrecarré aucunement la démarche qui s'est faite par le Service de Santé au Travail, puis à ma demande, avant, d'être à ma demande, déclarée inapte définitivement à ce métier.
J'ai mené mes études de 1993 à 1996, dans un IFSI comme il se doit. Le diplôme était "unique" depuis peu. En 1991 ou 1992, les deux diplômes, infirmière en soins généraux et infirmière en psychiatrie, furent refondé en un seul, et nous avons acquis le statut d'étudiant.e.s.
Le bagage théorique reste maigre, un seul module en santé mentale (période de cours théorique d'une durée de un mois environ, débouchant sur un examen), mais ayant embrassé ces études pour exercer en psy, j'ai pris le module optionnel Santé Mentale, et ai effectué tous les stages que j'ai pu en psychiatrie (psy adulte, psy ado, pedopsy.
Parallèle de ma "carrière" d'usagère : mes troubles psy qui dataient de l'enfance (forme dépressive) ont "explosé" à la fin de l'adolescence (de façon typique). J'ai dès le jeune âge (17 ans) été "psychiatrisée" à ma demande (traitement chimique, traitement par la parole) mais les troubles étaient conséquents. Si je savais me contenir un bon laps de temps et n'avais pas alors de troubles cognitifs, le soir c'était différent. Je vivais seule depuis mes 19 ans. Née en Novembre j'ai été embauchée et ai commencé à travailler à tout juste 21 ans.
Pour mes symptômes, ils étaient assez flamboyants, consommation d'alcool, parfois de cannabis, scarifications et diverses privations punitives, troubles du comportement alcoolisée, angoisse massive, tristesse fluctuante, idéations zarbis et parfois délirante (jalousie amoureuse pathologique), anorexie punitive...
J'arrivais à concilier ces deux vies. Si cela fait vachement flipper bon nombre de soignant.e.s cela étonnera moins les NA qui travaillent à l’extérieur. Je m'expose énormément ici car je sais le tabou qui pèse sur les soignant.E.s malades psy. Pourtant, je ne sais pas s'il y a des études, les IDE sont particulièrement exposées à l'automédication, parfois détournée. Aux addictions, aux burn outs, aux dépressions, j'en passe. Pourtant, je m'adresse à vous, soignant.e.s pourtant on ne sait pas toujours "qui est fou" dans l'équipe. Souvent il y a des personnes on va dire fragiles. Cela n'en fait pas de mauvais.e.s soignant.e.s. Des collègues étranges. Il y a aussi des collègues en qui on n'a pas confiance, pour telle ou telle raison. Cela se décante à l'heure actuelle : je trouve que c'est très bien. Qu'il est bien de s'ouvrir auprès de collègues problématiques (ensuite, je sais aussi la difficulté ou l'impossibilité de discuter avec un.E supérieur.e hiérarchique) De parler avec elleux.
Je pense qu'il est indispensable de bénéficier d'une supervision d'équipe, en plus des réunions, en plus des discussions formelles ou informelles entre soignant.E.s, en plus des réunion soignant.e.s soigné.e.s. Un.e superviseur.e n'est pas là pour nous, vous "dire comment bosser". Pour aider, pour clarifier, pour éviter les défauts de soins, les maltraitances, les malaises individuels et/ou d'équipe, le harcèlement entre collègues.
J'ai donc vécu une vision d'infirmière au sujet des usager.es, au sujet de l'équipe et de la pratique et une vision d'usagère des mêmes choses. Je développerai ceci dans de prochains billets'
jeudi 28 janvier 2016
Schizophrénie, lucidité
Je me suis rendue au CMP rencontrer pour la deuxième fois ma psychiatre, que j'apprécie et en qui j'ai confiance.
Elle avait parcouru mon dossier hospitalier psychiatrique de Haute-Savoie et se trouvait admirative de ma personne et de mon évolution. "C'est rare" "Nous pouvons être optimiste" "Vous êtes très lucide"
Je dois avouer que je me suis sentie très contente et flattée, très forte, pertinente, limite galvanisée.
Et puis en rentrant j'ai repensé au billet écrit par Lana
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