Ceci n'est évidemment que mon expérience subjective de la molécule
J'ai pris du Baclofène de 2014 à maintenant. Il m'a été prescrit dans le cadre d'un sevrage alcoolique visant l'abstinence. Je le précise car maintenant un courant d'addicto-alcool va vers une consommation raisonnée plutôt que l'abstinence. Mais je suis incapable d'avoir une conso raisonnée d'alcool, et que j'ai fait le choix d'arrêter de boire pour tout un tas de raisons qui peuvent paraitre évidentes mais ne le sont pas toujours quand on est dans l'addiction. Baclofène est maintenant aussi prescrit parfois dans le cadre d'autres addictions, et des Troubles du Comportement Alimentaire (TCA) Il diminue les craving, c'est-à-dire les pulsions à consommer.
Mon addicto a commencé très prudemment, par des doses très au-dessous de la dose minimale recommandée pour le sevrage alcoolique, soit 5mg/j, pour être augmenté au départ à 15mg/j. Mon addicto a été très prudente car un des effets indésirables du Baclo maintenant connu est la majoration de risque d'état maniaque ou mixte, et ma schizophrénie est bipolaire.
Je n'avais pas envie de boire. Je me sentais ébrieuse sans cesse. J'avais aussi des nausées, des sueurs nocturnes, des troubles de la mémoire immédiate et de l'attention, j'étais dans la ouate quoi, mais j'ai continué à le prendre car pour le sevrage c'était génial : pas un craving, des envies (à différencier) parfois mais rien d'insurmontable. Mon sevrage se passait à domicile j'avais un arrêt de travail de 8j (risque épileptique)
Idéal pour moi pour ce sverage en vivant seule (à l'époque)
Les effets secondaires ont fini par se calmer, et mon médecin psychiatre m'a confié, quand l'addicto lui a demandé son avis pour monter encore "je ne sais pas, je ne l'aime pas, on nous le vend et c'est un genre de super-benzo, pas testé sur les malades psy" (ce qui est vrai)
Le Baclo ne m'a pas empêché de rechuter un an plus tard (l'éthylisme est une maladie à rechute et des facteurs extérieurs sont rentrés en compte) et cette fois j'ai décidé de faire une cure de sevrage et de m'occuper de cela plus en profondeur, pour la deuxième fois.
La cure se passait très bien, cependant suite à des rebondissements mon Baclo m'a été augmenté à 120mg, soit 4 comprimés trois fois par jour, et j'ai commencé à mal le vivre.
Je faisais des réveils confus en pleine nuit, heureusement je ne vivais plus seule, mon compagnon me retrouvait dans la cuisine en train d'attendre que le café coule (sans avoir fait de café) ou à essayer d'ouvrir une porte dans une étagère à linge. Mes rêves étaient très malsains, confus et hachés, comme des rêves de cuite. Je suais énormément la nuit, à changer les draps de lit. Cela s'est considérablement amélioré en changeant l'ordre des prises, passant à 4*3 comprimés, plus un au coucher.
De plus je me sentais étrange juste avant et une heure après chaque prise : sensation de cerveau qui vibre, de muscles qui vibrent, comme une sensation de la première clop du matin qui défonce, en plus violent.
Bref, j'ai voulu l'arrêter et j'ai appris qu'à ces doses c'est la croix et la bananière. Je risquais la crise d'épilepsie voir le délirum tremens à un arrêt trop brutal, bref, il fallait reprendre le sevrage.
Et le sevrage, qui s'est fait par -10mg/j toutes les semaines, ça n'a pas été de la tarte. Comme un sevrage en benzo, sauf que dose maxi quoi.
Donc pendant 3 mois les "vibrations" du cerveau amplifiée les trois jours autour d'une diminution, la vieille angoisse sous jacente et états de semi mal qui m'est coutumière lors des sevrages aux benzo et j'ai vécu l'arrêt total et définitif comme une délivrance. Honnêtement pour un traitement contre les addictions j'ai trouvé ça chaud.
En résumé le Baclofène m'a été utile pour plus de confort pendant la première année d'abstinence, il n'a pas garanti la stabilité de l'abstinence (il n'est donc pas pour moi le traitement miracle comme certaines asso nous le vantent) et les effets indésirables sont mal connus et costauds (pour etre allée sur le forumbaclofene, je dirais qu'ils varient énormément d'une personne à l'autre)
Ah, je suis quand même parvenue au stade d'indifférence face à l'alcool mais ça, baclo, cure, travail perso ? (au bout d'un an sans consommer du tout, donc effet de "réparation" du cerveau aussi)
De plus je suis un peu fâchée par rapport à l'augmentation, par un médecin psychiatre, de cette molécule qui sur les personnes malades psy et/ou pathologisées a des effets chelous (hallus, décompensations)
samedi 27 août 2016
jeudi 25 août 2016
Des troubles de garçon
Des attitudes (des troubles) de garçon, j'y ai eu droit depuis mon adolescence, quand mes troubles se sont manifestés de manière foisonnante.
Avant ? Une dépression infantile jamais soignée, qui se voyait (parents, profs) mais ne faisait pas de vague. Très féminin après tout.
Et puis les 17 ans, la rupture amoureuse qui a inauguré mes troubles, et mon attitude moins renfermée. Je m'étais fait des amies de lycée pétroleuses, je démarrais une vie sociale (fêtes...), je buvais en fait depuis mes treize ans, en cachette, le whisky de ma mere, mais cela ne se voyait pas.
De petites filles sage et inhibée, je suis devenue une sorte de monstre multigenré, masculine et virile, une personne "impossible".
Je précise, et ça me fait chier de le faire, que je suis une cisfemme bisexuelle.
A 15/17 ans, j'ai découvert le pouvoir et la malediction d'un corps de cisfemme, les seins, les jambes, l'emprise sur les hommes. J'avais de multiples amants de passage, qui m'ont été reprochés comme "non respect de ma personne" puis comme "attitude de mec". Quoi, une jeune femme ne peut prendre de plaisir comme elle veut avec son propre corps ? Non.
Je buvais énormément en soirée, et aussi chez moi, je fumais le shit. On a eu tôt fait de m'apprendre que c'était un alcoolisme de garçon. Le binge drinking. Une femme n'a pas le droit de souffrir et s'auto soigner comme un mec.
Alors, et parce que j'aimais embrasser mes copines, on m'a dit que j'étais lesbienne. Pas en ces termes, cela est évident. Outée sans le désirer et même sans savoir vraiment que j'aimais les filles aussi. Toute nue dans le placard grand ouvert.
Je résistais. Plus tard Despentes m'a appris le mot "virile" que j'ai adopté. Je suis une cisfemme virile. Je suis bisexuelle. Je ne suis pas un monstre. Mais ça n'a pas été facile.
Et aujourd'hui je pousse ma gueulante contre l'idée reçue qui voudrait que les femmes aient tels symptomes, telles maladies (alcoolisme discret et caché, depression melancolique, histrionisme a la rigueur "pour les plus chiante") et les homme d'autres (alcoolisme flamboyant, psychopathies, TPB, liberté sexuelle), idées reçues qui font que nous sommes mal soignées, stigamatisée.
Aujourd'hui je voudrais dire qu'un trouble n'est pas désiré, pas recherché, que s'il est subversif c'est malgré noues. Et que je souffre bien comme je peux.
mercredi 24 août 2016
Childless et "Je sais"
Je n'ai pas d'enfant, n'en veut pas. Ça tombe bien, la société préfère que je n'en ai pas. Parce que je suis psychotique et que dieu sait ce que ça donnerait ma foi.
Très honnêtement ça a été beaucoup en raison de mes troubles que par le passé je n'ai pas eu d'enfant, de mes troubles oui, mais aussi de l'absence de partenaire stable dans ma vie. Je ne me sentais tout simplement pas capable d'élever seule un-e enfant. Et je n'en avais pas envie, parce que l'envie d'enfant défonce tout, je crois.
Petite fille je n'avais pas de poupon, grande fille je me projetais pilote d'essai pas maman du tout (quoi que ça ne soit pas incompatible), ado je refusais avec fougue cette idée, adulte je m'en carrais.
Aujourd'hui je suis stable et avec un partenaire très stable (et qui ne veux pas d'enfant) Mais mon choix n'a pas changé, malgré, je me dois de le dire aussi, une angoisse diffuse à l'idée d'être sans descendance (le fameux "quand tu seras vieille" sauf que prout)
Cependant, malgré ce qu'on me dit "je sais ce que c'est".
Une de mes meilleures amies est tombée enceinte voilà une dizaine d'années. Elle était en "couple" libre avec un ami. Il avait déjà trois enfants. Par ailleurs, infirmière, elle suivait des études d'infirmières anésthésiste. Enfin, elle avait depuis quelques années un fort désir d'enfant.
J'ai su la grossesse avant elle quand elle m'a dit "boh, j'azi u léger retard. Et des nausées"
J'ai su la première qu'il y avait deux bébés. J'ai eu la primeur de l'echo.
En arrêt maladie je m'occupais beaucoup de ma pote. Quand elle m'a demandé que faire j'ai dit "je crois que tu le veux" "et mes études ?" "tu as déjà un métier" Je pense qu'elle me croyait de tout crin pro avortement pour toutes tout le temps.
J'ai suivi l'arrondissement, c'est moi qui prenait le ventre et la meuf en photo, qui m'enqsuerrait de tout, qui visitait. J'étais en arrêt longue durée.
Je me sentais bizarre : je ne connaissais personne de ma génération ayant un bébé. Je croyais que j'allais décompenser. La blague, je faisais ma couvade en fait.
J'ai été là quand l'amie a été hospitalisée pour hypertension, j'ai tricoté des layettes plus que minuscules, taille préma, j'ai fait visite quotidienne à l'hôpital. Et puis un jour, sans nouvelles, j'ai appelé et elle m'a dit "j'ai eu des toutes petites filles"
Je me rappelle qu'Agathe pesait 2.100kg et Aglée 1.800kg, elle etait en couveuse.
J'ai eu le droit de le voir via la néonat, à travers une vitre.
J'ai amené ma layette (que les sage femmes ont kiffé) et j'ai attendu, hyper anxieuse : je savais Aglaée minuscule et sondée.
Quand je les ai vues, un attachement immédiat et incroyablement fort s'est produit. C'était pas que c'était les plus beaux bébés du monde, c'est que j'aurais tout fait pour elles, inconditionnellement, tout.
Et je le pense encore. Alors que la pote et moi on s'st éloignée, que j'ai pas vu les petites filles(criblées de photos a l'époque) depuis des années. L'une, l'autre ou les deux peuvent debarquer à ma porte n'importe quand et dire j'ai tué trois personnes, je les protegerais sans jugement. Je n'appelle que rarement, pas de cadeau à Noeal, mais je les aime toujours pleinement et inconditionnellement. Plus que mes propres nieces.
Alors je sais ce que c'est d'avoir des enfants. Et que ça ne m'a pas donné l'envie de faire des enfants. Que plein de mères psychotiques élèvent très bien leurs enfanst, seules ou pas. Mais que moi, j'en veux pas. Ca se sent ou pas. C'est pas plus con que d'avoir envie d'en faire, ni plus définitif, non?
Alors, paix sur les childfree.
Et promouvons la sterilisation contraceptive, en plus du DIU et de l'implant.
mardi 23 août 2016
Ma Mad Culture : Cat Woman
I'm a cat woman hear me roar
Je parle ici de Catwoman telle qu'elle apparait dans Batman Returns, incarnée par Michelle Pfeiffer.
Tout l'univers de Gotham m'a toujours plu (et aujourd'hui, alors que je découvre plus avant les univers DC et Marvel, toute la thématique du/de la super héro-ïne.)
Parce que dark, qui correspond bien à ce que je ressentais jeune ado, quand les premiers films Batman sont sortis. C'est aux alentours de mes quinze ans que les personnages de Batman (dont j'avais acheté des figurines que je plaçais autour de mon lit la nuit pour me protéger) et Catwoman (dont j'ai mieux saisi la profondeur) ont commencé à prendre un profond sens pour moi.
J'avais peur des hommes - je n'en ai plus peur. Trouble particulier ? Non, le fait d'avoir été suivie dans la rue et touchée au pubis à 12 ans, abordée, pelotée dans des bars des boites de nuit à partir de 15 (pas par des jeunes hommes, par des trentenaires, des quadras en goguette), avoir eu plusieurs fois la trouille en faisant du stop, j'avais peur des hommes parce que beaucoup d'hommes menacent l'intégrité physique et psychique des jeunes femmes. Je me sentais vulnérable. Et Catwoman cassait la gueule (les couilles plutôt) des violeurs.
Mais c'est son côté trouble qui me plaisait le plus, son côté deux personnalités. Pas que les schizophrénies occasionnent cela, mais parce que je buvais déjà sérieusement et que cela changeait mes idées et mon comportement. Parce que le changement, le gros des angoisses, les clashes et les TS arrivaient au soir couchant et au profond de la nuit et que ma mère m'avait demandé "comment peut-on être si intelligent la journée et devenir si con la nuit ?"
Quelque chose de pulsionnel, d'animal m'advenait, comme une bête qui se libère et où, le matin revenu, je ne me reconnaissais pas. Et SElina ne reconnaissait pas Catwoman.
La scène m'a beaucoup marquée du retour de Ms Kyle pré transformation "chéri je suis rentrée.. ah oui je vis seule" et cette scène se répétant après la tranformation (après que les hommes malveillants et la mort l'aient rendue mi chatte, brisée mais forte) hachurée, brisée, comme un automatisme se révélant. J'adorais son côté très sexuel explosant la brutalité sexuelle viriliste, le sage materiel de couture formant un noir et luisant et couturé vêtement de justicière. J'aimais comme en valsant avec Batman elle était là et ailleurs, elle était l'une et l'autre.
Catwoman était ma réalité et mon moi fantasmé, capable la nuit de sortir se venger et venger les femmes. Solitaire ô combien. Noire.
Catwoman comme Batman, comme les loups-garous, comme certains zombies, ont toujours représenté pour moi la cohabitation difficile entre deux facettes de personnalité, et la douleur apaisante de la nuit.
lundi 22 août 2016
L'expérience de la folie en toustes
Une conversation avec une amie, Ch., "NT" et sourde (ceci a son importance dans l’expérience subjective de perceptions différentes de la norme édictée). Je m'étonne qu'elle me dise faire la même expérience de la jalousie que moi. Elle s'étonne de me lire pathologiser cette expérience de la jalousie. S'ensuit une discussion autours des termes NA/NT et de l'expérience de la folie, d'une ou de folies, que chacun-e peut être amené-e à vivre.
J'ai précédemment parlé du terme NA, en tentant une ontologie un peu bancal (beaucoup bancale) Le terme en soi ne me satisfait pas, et je pense le laisser, car il convient aux neurodivergent-es surtout, qui l'ont initié et qui leur est propre. Si j'ai besoin d'un terme pour nous nommer, nous fous, folles, comme je l'ai écrit dans ce précédent billet, c'est dans une optique militante de lutte contre la psychophobie (lutte dont je n’exclus absolument pas les NA, évidemment), je me (nous) définis donc en "contre" la "normalité" et le rejet. Le terme que je compte adopter est "pathologisé-es", à qui l'On attribue une pathologie (dans le comportement, le discours, etc.) ce qui colle mieux de plus avec ma vision foucaldienne de la folie et de son traitement par l'Etat, le systeme (donc "les gen-tes", cellules du systeme biopolitique - moi comprise hein)
Ch. me dit que toustes pouvns faire expérience de la folie. Effectivement je me sentais en porte-à-faux par rapport à la pathologisation de personnes meurtrières, car il ne s'agit pas de personnes psychotiques, mais qui ont cependant pour certain-e-s commis des crimes je dirais étonnants, flamboyants, atypiques. Je pense à monsieur Dupont, Madame Durand, qui subitement volent un robinet chez Casto, ou partent de chez eux sans attache d'un coup. J'utilisais le terme, je l'utilisais sans jugement de "tourner la carte". "Il/elle/iel a tourné la carte et est partie de chez ellui/ a abattu un policier".
Freud je crois disait que la psyché peut etre comme un diamant, des plus solides, mais avec une paille, et eclater lors d'une chute, sur un angle très particulier qui sera la fragilité de ce diamant là. Une situation, un évéenement, une série d'événement peut faire aboutir à un état de folie avec ou sans passage à l'acte.
Certaines personnes font une expérience de la folie intense, ce que l'on appelle une Bouffée Délirante Aiguë, se rétablir rapidement et ne plus connaitre aucun trouble.
Mais dans la vie plus "classique", l'expérience d'un état d'étrangeté, d'intensité différente, peut croiser le chemin de tout-e un-e chacun-e. L'état amoureux passionnel en est un exemple rebattu. On peut le pathologiser, hypomanie, monomanie, fébrilité. L’expérience mystique aussi, qui est si forte (le Christ ou Mahomet ne sont pas moins bizarres que Freyja)
Croiser dans une déchirure au cours d'une lecture une sorte d'éblouissement est un état, passager, pas toujours maîtrisé, de folie, une autre oeuvre d'art également, qui arrache de soi, met dans cet état hors de soi qui ne se connait pas que sous la colère ou la terreur. Il y a une trentaine d'année est apparu le "cas" étrange d'une jeune femme retrouvée morte, car elle lisait Saint-John Perse nue, assise dans la neige.
Enfin,je me détourne vers Albert Camus et sa description de l'absurdité de l'existence (le Mythe de Sisyphe) si impensablme parfois qu'on peut être amené à "faire le saut" (devenir croyant pour donner un foutu sens à tout cela) ou se suicider (mais il faut imaginer Sisyphe heureux)
Les réalités et le politique
J'avoue très humblement n'avoir fait aucune recherche avant d'écrire ce billet, pas même taper "réalité" ou "réel" dans un moteur de recherche (qu'est-ce que le Réel ? Demande à Google)
On m'a souvent dit (et assez comme un reproche) "tu n'es pas dans la réalité", avec un gloubi-boulga mélangeant "tu es délirante" et "tu n'es pas réaliste". Mais ça doit être de venir d'une famille de soignante, et entourage itou.
Des soignant-es m'ont dit régulièrement, en moments de crises, que je n'étais pas dans la réalité. Ce que je comprenais et concevais, mais pas tout-à-fait. Car, eh oui, il n'y a pas de ligne franche, de frontière, avec d'un côté la réalité et de l'autre le n'importe quoi psychotique. L'Interzone dont je parlais dans un précédent billet est englobé dans la réalité. On peut être à moitié dans la réalité, ou pas dans la réalité que pour un truc (délire en secteur, ma jalousie passée), bref, ce n'est pas si clair que "y être ou pas" (en avoir ou pas, des hallus)
Ainsi j'ai pu "être dans la réalité" pour faire une démarche administrative de manière posée, conduire ma panda avec une émotion qui me vient, et dans la voiture, en restant aware de la route, demander tout haut à Freyja "et il m'aimera si je le dis trois fois" et l'entendre me répondre comme si elle était assise à la place du mort "Si tu le dis trois fois, il t'aimera". Et avoir parfaitement conscience qu'il s'agit d'une hallucination produite par mon cerveau-ma psyché.
C'est très important de savoir, pour les non concerné-e-s, que savoir qu'une hallu est une hallu ne la fait pas disparaitre ni ne la rend moins réaliste. C'est même complètement flippant, ce sentiment que sa raison s'échappe et qu'il se produit des trucs limite aléatoire sur lesquels on a peu de prise.
Bref, c'est comme si j'étais dans la réalité, mais une partie de mon cerveau non. Sans que je puisse controler. Voyez-vous, ce n'est ni simple ni clair ni évident, comme notion, comme concept, comme vécu.
Par ailleurs on peur prendre pour acquis que nous avons toustes, sensoriellement, intellectuellement, effectivement,... une interprétation différente du monde (de l'extérieur comme dit Freud) Nous avons toustes une réalité propre. J'enfonce même les portes ouvertes en disant cela. Et ce qui devient politique c'est que certain-es ont une réalité encore plus personnelle que d'autres (que la majorité) Je parle ici de mes frères et soeurs en psychose, et des personnes NA en général. Là où le concept réalité et l'usage qui en est fait est politique, c'est que du fait de cette perception atypique ("faussée", "déviante", "pathologique") de la réalité nous sommes rejeté-es et notre parole invalidée. Un outil que j'ai utilisé pour moi, dont je n'ai sans doute pas la primeur mais je l'ai "réinventée" si cela existe, puis pour mes usager-es est le concept de réalité commune. Nous avons toustes notre réalité, qui se recoupe sur une réalité commune dont nous avons besoin pour vivre pragmatiquement (manger des aliments comestibles, nous hydrater) et communiquer les un-es avec les autres. Au-delà de la langue et du langage. Un arbre est un arbre, un végétal qui produit de l'oxygene etc. Une personne est une entité vivante de la même espèce que nous. Seule moi entend Freyja. Les Avengers c'est Marvel. Une baguette de pain s'il-vous-plait. Je t'aime. Etc.
C’est important au niveau militant et au niveau soignant parce que ça parle aussi des symptômes, de leur préservation, de leur sens, de leur importance, du fait qu'ils soient invalidants, neutres, ou aidants. Des voix peuvent être malveillantes, d'autres neutres, d'autres bienveillantes. ET y'a pas de "mais c'est des hallus, caca"
Je discutais il y a une heure avec quelqu'une psychologue me parlant de l'ère des psychiatres humanistes (formés dans les années 70 au sein de courant antipsychiatriques, plus ouverts) et d'un retour de jeunes psychiatres plus froids, plus dans la prescription lourde, le renfermement et, hélas, le "je m'en lave lesmains". Le sécuritaire disais-je, et elle me répondait "sécuritaire pour elleux"
L'ère de l'abrasion des productions délirantes et hallucinatoires, de réalités différentes, qui ont pourtant une fonction et un sens.
Certaines choses pour moi ne sont pas réelles. Les grandes manœuvres boursières qu'effectuent les traders, sérieux, c'est du vent, c'est des bits. Qui ont d'énormes répercussions sur la vie quotidiennes de gen-tes souvent beaucoup moins fortuné-es. C'est politique aussi de questionner cette réalité là. Un partie de ma folie me protégeait de cela. Ce qui est réel, ce que l'on nous vend, la manière dont un système nous forme, et dans le cas de nombreux psychotiques, nous broie et nous exclu. Oui, moi je questionne la réalité qu'ielles m'imposes, les 1%. Bien plus toxique que les incantations d'amour de Freyja et pourtant pour lesquelles on n'a jamais enfermé personne. Alors que la psychophobie tue, chaque jour.
Ma folie est-elle un refuge ?
Billet sponsorisé par Freud et mon ami-e K
Fâchée à mort (me disais-je) avec la psychanalyse, pour diverses raisons, j'ai entrepris de relire S. Freud pour éclaircir mes idées à tout ce propos.
Eh bien Freud est sympa et tout et il me réconcilie partiellement avec cette discipline.
Je n'ai que peu relu de ses opus, mais je me suis intéressée à Névrose et Psychose, étant psychotique. J'y ai (ré) appris que si la névrose signe un conflit refoulé entre le Moi et le Ca ("je veux niquer mon beau frèr... OMG maggle"), la psychose signe un conflit entre le Moi et l'extérieur. Que la psychose, ses manifestations, sont un refuge.
C'est une idée très reprise et très courante (je pense au pif à Henri Laborit Saint Homme qui a inventé les neuroleptiques premiers traitements chimiques des psychoses soit-il remercié là-haut merci Henri merci; et à la pensée populaire, dirai-je) C'est une pensée très reprise et qui m'a toujours hérissée. Merci la gueule du refuge, les angoisses, la dissociation, les délires pas joyeux... Mais force est de constater que je pensais ici à la version "populaire" de cette image, un peu, plutôt, comme dans [alerte spoiler] Brazil, le film de Terry Gilliam, où le fou, la folle, est dans un monde onirique très beau, libre, apaisant, coloré.
En ayant discuté avec mon ami-e K, iel me dit "c'est un refuge, comme la drogue, avec ses horreurs, mais un refuge"
On peut toujours chercher moins pire et on ne cherche pas consciemment, non plus. Peut-être que nous en saurons plus avec l'avancée de la science (des neuro science) mais il est vrai qu'être hors réalité, dans l'interzone, pendant près de vingt ans m'a protégée de bien des choses réelles comme fantasmées (je parle pour moi, avec le recul que j'ai sur mon parcours) et j'aimerais que tout le monde comprenne que fantasmé c'est égal à réel dans la tête, ça a la même force.
Je parle du monde tel qu'il est, finance, géopolitique, etc. J'en étais protégée (maintenant je flippe). Je parle surtout de "mon petit monde" avec mes convictions de mésamour, d’abandon, de mort, de désir de meurtre contre moi (fondées très très tôt - j'étais déjà malade enfant)
Pour ma part je garderai donc le terme d'Interzone, créé par William Burroughs dans Le Festin nu, la zone des fous, des drogué-es, des alcoolos et des paumé-es, un refuge bien dur, mais un refuge et un endroit à la fois en soi et en dehors soi.
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