mercredi 8 août 2018
"C'est facile de bien manger"
J'entends, je lis souvent que c'est facile, pas cher et accessible à toustes de "bien manger".
J'ai essayé par le passé, dans une longue phase de restriction alimentaire et de quasi orthorexie. Je mangeais en fait 80g de féculents sans graisse, une viande ou un poisson maigre de 100g sans graisse de cuisson, des légumes sans graisse de cuisson ou accompagnement "à satiété" et un yaourt 0% et un fruit en dessert.
A
Chaque
Repas
Sauf le matin, 100g de fromage blanc à 0%, 4 cuillères à soupe de son d'avoine (comme du fourrage) et un fruit aussi.
J'tais mince et validée par tous mes proches et mes soignant-e-s. "Tu manges mieux, tu dois te sentir mieux" etc. C'est un problème que les pertes de poids quand on part de 90kg et plus pour une femme soit si valorises et ecouragées. Tu perds 30kg en un an ? Superbe ! Tu es en hyponatrémie sévère parce que tu ne manges absolument plus de sel parce que tu penss HTA et rétention ? Génial. T'as la dalle H24 et tu fais des malaises ? Peu importe, tu rentres dans un 38, c'est l'aboutissement ultime.
En fait non, c'est juste la face B de tes TCA, la phase restrictive. Société grossophobe et patriarcat-normée, tu m'auras pas.
En fait je ne comprends même pas pourquoi absolument tous les quidams de ma life se préoccupent de ce que je mange, si c'est quilibré-bio-de saison-léger surtout. Manger bio de saison, c'est manger en prenant un bus pour aller dans la zone commerciale, et genre des radis noirs tout l'hiver. Ca m'a coûté plus cher. Ca m'a coûté plus d'énergie. Ca m'a procuré moins de plaisir et de réconfort. Mais hé, "c'est bon à la santé" (fuck you)
Le but de ce billet est surtout de pointer le fait que tout le monde n'est pas intéressé par son hygiène de vie (ou ne peut simplement pas l'assurer, les raisons médicales ou autres sont nombreuses, TCA, asthénie, lourd traitement neuroleptique, depression ou manie et phase d'incurie,...) et qu'en gros mais qu'est ce que ça peut bien vous foutre ?
J'ai pas une passion pour la nourriture. La plupart du temps, manger m'ennuie. C'est d'ailleurs la lose car je n'ai plus de dent du fond donc je mets un temps infini à mâcher mes brocolis avec mes canines. Je trouve que manger est une perte de temps précieux. Que c'est indécent et chiant de passer des heures a table (ou même vingt minutes). Que le seul intérêt du nourrissage est de mettre du carburant et si possible, en option, éviter de trop grosses carences. Que c'est relou de passer du temps aux fourneaux. Et c'est OK de ressentir ça.
Toutes mes tentatives pour bien manger se sont soldées par d’épuisantes dépenses en temps, argent, transports. Et de toute façon ce n'est validé que si je suis en perte de poids/mince et carniste. Spoiler alert, la santé en fait tout le monde s'en fout, les injonctions c'est pour mieux nous normés (et ma santé ne regarde que moi)
Du coup colère et lassitude de chaton.
mercredi 18 juillet 2018
Vit seule avec son chat...
... dans un état d'incurie totale depuis des mois"
Voilà ce qui est noté dans mon dossier médical d'HP, en 2005 je crois. La tristesse m'a saisie quand je l'ai relue car j'étais à l'époque dans une phase de mélancolie délirante. Mais surtout je ne comprenais pas "vit seule avec son chat". Je ne vivais pas seule, je vivais avec mon chat, une chatte, San (nommée d'après la princesse Mononoke) dont je m'occupais mal et qui s'occupait beaucoup de moi.
Je ne lavais pas mon appartement, je ne lavais pas mon corps, je mangeais le même repas McDo drive chaque soir, je buvais beaucoup d'alcool et prenais masse de traitement. Je voyais une psychiatre psychanalyste (sans résultat notable, mais elle voulait me voir 4*/semaine)(ce qui ne faisait que m'enfoncer davantage), bref :
Je vivais avec San, qui avait alors 4 ans.
San est une des personnes, des individus, les plus importants pour moi, avec l'être aimé. Cette petite personne toujours très digne et courageuse m'a toujours été attachée, m'a toujours aimée, m'a toujours soignée. Elle est vraiment ma chatte nurse, comme J l'est pour mon ami-e S. On entend dire que les chats sont cyniques, très indépendants, s'en foutent des humains quand on les nourrit. C'est à peu près vrai pour quelques rares individus, sinon un lien, différent avec chaque animal comme il le sera avec chaque humain, s'établit e peut être extrêmement fort.
Je n'étais pas isolée. Malgré mon état de déréliction qui m'a vaolu harcelement et mobbying j'avais des collègues, des ami-e-s sûr-e-s, mes parents. Mais sans San j'aurais été totalement seule face au mal.
J'ai lu plusieurs questions et témoignages de personnes NAPA inquiètes de ne pas savoir s'ocuuper de leur animal, voire de la maltraiter.
Alors je dois être courageuse mais surtout honnête : je n'ai pas vraiment été blanc bleu avec San. Je la catapultais le matin quand elle venait me réveiller. Mon angoisse quasi constamment paroxystique la contaminait. Je ne changeais pas sa litière. Je ne nettoyais pas ses gamelles qui parfois étaient infestées de vers. On vivait dans la crasse la douleur et l'inquiétude. Mais une chose existait : je l'aimais et elle m’aimait. San m' TOUJOURS soutenue, dans mes déménagements, ma maladie, mes differentes liaisons. San n'a que deux peurs : me perdre et l'orage. Elle aurait pu se barrer mille fois. Elle a eu une amie humaine avec qui elle a tissé un lien très fort (la femme de ménage de l'immeuble, qu'elle attendait, suivait durant le menage, répondait en miaulant, calinait, choses qu'elle n'a jamais faites avec moi) Elle n'a jamais voulu partir avec cette amie. San, simplement, ronronne immediatement quand je pose juste ma joue contre son flanc, et si je suis malade physiquement ou psychiquement, elle vient vers moi avec beaucoup d'intéret et de sollicitude, jusqu'à ce que ça aill mieux.
J'ai eu plusieurs chats mais la personne qui vit encore avec moi aujourd'hui est Clotilde. San a 17 ans, Clotilde en a 6. J'ai adopté Clotilde dans un moment charnière de ma vie. Ayant repris une activité pro mais recemment en arrêt maladie, me remettant d'un gros traumatisme avec enormement de cauchemars et de réminiscences, je ne sortais pas de chez moi. Sauf pour faire les courses. Ainsi jeme suis occupée à fond de ce bébé de un mois, tandis que San, me voyant moins mal, prenait son indépendance et passait du temps en exterieur ainsi qu'avec sa pote humaine. J'ai "construit" clo qui 'ma construite. On a encore une relation très calinou et fusionnelle qui est très differente de celle avec San. Mais, San ayant moins besoin de moi j'ai eu le grand honneur d'être responsable de la croissance d'un micro chat. J'ai trouvé un équilibre, suis allée consulter une psychologue geniale qui m'a fait beaucoup de bien, ai reconstruit mon existence brique après brique, avec cette nouvelle personne.
Aujourd'hui nous sommes installées à la camapgne avec l'être aimé humain. C'est la retraite de San et la récré de Clo, qui prend plaisir à beaucoup chasser (c'estt encore un bébé, tout ce qui est ludique lui palit".
Nous NAPA avons peur de faire du mal à nos compagnon-ne-s, nos animaux. Nos avons des mouvements d'humeur, une cuillere par jour en phase depressive et nous culpabilisons. Je ne culpâbilise plus pour San. Elle a fait avec ma violence. Elle a vu autre chose que cette déréliction aussi en moi.
Nous vivons désormais à 6 : les deux humains, San, Clo, Lubs le chat de l'être aimé que j'aime comme mon propre chaton, et Grisou, mon frère, que mon père m'a confié avant de décéder.
Chamille nombreuse chamille heureuse :)
mardi 22 mai 2018
La fatigue
La fatigue peut être physique (manque de sommeil, beaucoup d'exercice, maladie, carence,...) ou psychique (je dirais à peu près les mêmes causes, mais psychiques)
Elles peuvent aller de pair, ou pas.
Je suis habituellement, hormis quelques bobos, en forme physique. Ma fatigue psychique par contre évolue au fil du mois, souvent 15j de pêche vs 15j de mollesse. Et, la plupart du temps, mon corps suit : quand je suis dynamique psychiquement, je peux faire à peu près toutes les activités que je veux, quand je ne le suis pas, le corps se contente de rester assis sur la chaise en scrollant des lolcats.
L'autre spécificité de la fatigue, qu'elle soit physique ou psychique, est qu'elle est subjective. Je dirais plutôt, en fait, qu'elle ne se mesure pas : tout juste pouvons nous dire "je suis fatigué-e, je n'ai pas dormi/ fait un trekking/bossé dix heures/whatever"
Ainsi communiquer sur son état de fatigue peut être délicat. Il y a le risque que la fatigue ne soit pas correctement prise en compte, qu'on trouve que j'en fais trop, me plains tôt, ou simplement qu'on oublie que je suis fatiguée une heure après l'annonce (ou 5 minutes hein)
Il existe la théorie des cuillères, mais je n'arrive pas à en retrouver dans ma mémoire la parentalité. Mise au point au départ il me semble pour les maladies chronqiues physiques, elle a été adaptée pour les TSA et au final pour tout le monde de pas dans le moule.
Disons qu'on a dix cuillères d'énergie par jour. Dix unités quoi, matérialisées par des cuillères. Pour une personne en santé, se lever le matin prendra une cuillère, se laver s'habiller deux, travailler quatre etc. Pour une personne en état dépressif ou en crise de SED, se lever prendra dix cuillères ou ne sera simplement pas possible : impossible donc, faute de cuillères (d'energie) de se doucher, travailler, ou bavarder avec ses potes. Ou alors on fait des choix : si je ne me douche pas, je peux sortir acheter le pain => le nombre de cuillère est de toutes façons limité.
Fatigue phy et fatigue psy se confondent souvent. A toustes on reprochera "la flemme" "une tendance à la procrastination" "le manque de volonté". La volonté n'existe pas, l'énergie oui.
On peut plus ou moins agir sur son état de fatigue. Un-e insomniaque pourra prendre des huiles essentielles en diffusion le soir, ou des hypnotiques, ou faire de la relaxation, ou se bourrer la gueule ou se défoncer pour pouvoir dormir, ou whatever, et ainsi grapiller 4h de sommeil par jour ou nuit et être un peu moins fatigué-e. Un-e algique chronique des mains pourra reporter sa prise de morphine de vingt minutes pour aller chercher un recommandé à la Poste, au prix de grandes souffrances. D'autres n'y pourront mais.
Mon conjoint a du mal à saisir cela. Lui même est dur à la douleur (diabetique insulino dependant, événements de vie délicats,...) et je dois dire très à l'écoute : il me croit quand je lui dis que je suis fatiguée.
Là où les choses se gâtent, c'est quand les deux fatigues se mêlent et se démêlent en sarabande.
Car actuellement je suis fatiguée physiquement. Cela fait une année que je me plains de fatigue chronique sans que je sache si ma fatigue est physique ou psychique au juste, ou les deux. Et toi qui es fatigué-e tu sais : les médecin-ne-s s'en tapent souvent pas mal.
Deux événements sont quand même parlant : mon père est mort en novembre dernier (deuil, fatigue psychique) , je me suis spontanément fracturé un pied (fatigue physique).
Or, pour la première fois de ma life, depuis deux jours, je suis hyper en forme psychiquement (toujours aux grands changements de saison, tournant de mon deuil etc), mais mon corps reste complètement crevé, avec des vertige et une énergie à Z.
Et voilà où je me frustre et où l'aimé s'énerve, et où je comprends mieux les malades phy chrniques : je me lance dans plein de trucs mais je suis HS au bout de cinq minutes maximum.
Mon corps est pas ok avec mon activité psychique.
Ma tête tourne, je sens mes jambes peser des centaines de kilos, mais je veux gambader partout, laver a fond la poubelle ménagère, recurer le four et faire l'amour comme une bête.
En gros j'ai vingt cuillères psychiques et deux cuillères physiques.
"Mais tu es en forme" dit l'aimé. "Oui, j'ai le moral mais je suis fatiguée"
ET voilà, je n'ai plus qu'à lui faire lire l'article. Fatigué-e-s de tous les pays unissons nous
Elles peuvent aller de pair, ou pas.
Je suis habituellement, hormis quelques bobos, en forme physique. Ma fatigue psychique par contre évolue au fil du mois, souvent 15j de pêche vs 15j de mollesse. Et, la plupart du temps, mon corps suit : quand je suis dynamique psychiquement, je peux faire à peu près toutes les activités que je veux, quand je ne le suis pas, le corps se contente de rester assis sur la chaise en scrollant des lolcats.
L'autre spécificité de la fatigue, qu'elle soit physique ou psychique, est qu'elle est subjective. Je dirais plutôt, en fait, qu'elle ne se mesure pas : tout juste pouvons nous dire "je suis fatigué-e, je n'ai pas dormi/ fait un trekking/bossé dix heures/whatever"
Ainsi communiquer sur son état de fatigue peut être délicat. Il y a le risque que la fatigue ne soit pas correctement prise en compte, qu'on trouve que j'en fais trop, me plains tôt, ou simplement qu'on oublie que je suis fatiguée une heure après l'annonce (ou 5 minutes hein)
Il existe la théorie des cuillères, mais je n'arrive pas à en retrouver dans ma mémoire la parentalité. Mise au point au départ il me semble pour les maladies chronqiues physiques, elle a été adaptée pour les TSA et au final pour tout le monde de pas dans le moule.
Disons qu'on a dix cuillères d'énergie par jour. Dix unités quoi, matérialisées par des cuillères. Pour une personne en santé, se lever le matin prendra une cuillère, se laver s'habiller deux, travailler quatre etc. Pour une personne en état dépressif ou en crise de SED, se lever prendra dix cuillères ou ne sera simplement pas possible : impossible donc, faute de cuillères (d'energie) de se doucher, travailler, ou bavarder avec ses potes. Ou alors on fait des choix : si je ne me douche pas, je peux sortir acheter le pain => le nombre de cuillère est de toutes façons limité.
Fatigue phy et fatigue psy se confondent souvent. A toustes on reprochera "la flemme" "une tendance à la procrastination" "le manque de volonté". La volonté n'existe pas, l'énergie oui.
On peut plus ou moins agir sur son état de fatigue. Un-e insomniaque pourra prendre des huiles essentielles en diffusion le soir, ou des hypnotiques, ou faire de la relaxation, ou se bourrer la gueule ou se défoncer pour pouvoir dormir, ou whatever, et ainsi grapiller 4h de sommeil par jour ou nuit et être un peu moins fatigué-e. Un-e algique chronique des mains pourra reporter sa prise de morphine de vingt minutes pour aller chercher un recommandé à la Poste, au prix de grandes souffrances. D'autres n'y pourront mais.
Mon conjoint a du mal à saisir cela. Lui même est dur à la douleur (diabetique insulino dependant, événements de vie délicats,...) et je dois dire très à l'écoute : il me croit quand je lui dis que je suis fatiguée.
Là où les choses se gâtent, c'est quand les deux fatigues se mêlent et se démêlent en sarabande.
Car actuellement je suis fatiguée physiquement. Cela fait une année que je me plains de fatigue chronique sans que je sache si ma fatigue est physique ou psychique au juste, ou les deux. Et toi qui es fatigué-e tu sais : les médecin-ne-s s'en tapent souvent pas mal.
Deux événements sont quand même parlant : mon père est mort en novembre dernier (deuil, fatigue psychique) , je me suis spontanément fracturé un pied (fatigue physique).
Or, pour la première fois de ma life, depuis deux jours, je suis hyper en forme psychiquement (toujours aux grands changements de saison, tournant de mon deuil etc), mais mon corps reste complètement crevé, avec des vertige et une énergie à Z.
Et voilà où je me frustre et où l'aimé s'énerve, et où je comprends mieux les malades phy chrniques : je me lance dans plein de trucs mais je suis HS au bout de cinq minutes maximum.
Mon corps est pas ok avec mon activité psychique.
Ma tête tourne, je sens mes jambes peser des centaines de kilos, mais je veux gambader partout, laver a fond la poubelle ménagère, recurer le four et faire l'amour comme une bête.
En gros j'ai vingt cuillères psychiques et deux cuillères physiques.
"Mais tu es en forme" dit l'aimé. "Oui, j'ai le moral mais je suis fatiguée"
ET voilà, je n'ai plus qu'à lui faire lire l'article. Fatigué-e-s de tous les pays unissons nous
Validisme en milieu PA/NA ?
Dans le milieu militant psychoatypique et neuroatypique on compare souvent les affections psychiques et physiques pour dire qu'en gros on ne nous dirait pas autant de conneries ("fais du sport" "bois de la tisane" "fais de la meditation/du yoga/un régime sans lactose" "fais pas ton intéressant-e") et je dois dire que ça nous fait du bien.
Genre les normauxles se rendraient compte si on tétait en fauteuil roulant/avec un platre/whatever.
Or non, mes pote-sse-s, nous nous trompons je crois.
Je navigue un peu sur des groupes, sites, blogs, de personnes à "mobilité réduite", vivant avec une maladie chronique/orpheline, des douleurs chroniques.
On leur sort la même merde, tout le temps.
Les valides normopathes leur disent de se bouger, de faire des cataplasme d'argile verte, de prier, de pas faire chier, d'être inspirant-e-s, d'êtres UTILES (comprendre performant-e-s dans un taff rémunéré), bref de fermer leur gueule et crever en silence si possible.
Pour beaucoup nous PA sommes physiquement valides. Et, non concerné-e-s, nous ne nous rendons pas compte.
Et nous disons, halala, si ma pathologie/mon handicap était somatique, on me traiterait bien.
C'est dire à nos frères et soeurs handi-e-s "vous avez bien de la chance, vous on vous écoute/soigne/aide"
Trois fois non. Je prône la cessation de l'utilisation de cette comparaison stérile, et offensante à mon sens envers les handi-e-s/malades chroniques/algiques chroniques, et la convergence de nos luttes. Surtout qu'il est possible de cumuler.
T'en penses quoi ?
lundi 21 mai 2018
"Vous et Nous" Nous sommes parmi vous
Des deux bords de la psy (être fol, être soignante) j'entends parler de "eux et nous" "vous et nous". Vous les soigné-e-s nous les soignant-e-s.
De la part des soignant-e-s ça peut être très violent. Je me rappelle d'un Noël passé en HP. Pour marquer le coup l'équipe avait préparé toasts au pâté et autre et jus de fruit pour boire l'apéro avant le repas un peu amélioré servi par les cuisines à tous les services. Celleux qui ont vécu les fêtes à l'hosto savent : on est peu nombreuxses en tant qu'usager-e-s, tout le monde fait un peu la gueule, est un peu plus fragile, et on était une demi douzaine autour des tables rassemblées en gros carrés.
Une ASH suûrement avec la lose de travailler le 24 Décembre au soir faisait un peu la gueule et nous admonestait d'attendre "que tout le monde soit là", c'est à dire un usager qui avait un peu disparu (il était allé consommé en ville en fait) et deux infirmières qui finissaient de ranger le chariot de médicament. Festif de se faire aboyer dessus, et si elle n'était pas ravie de TAFFER le soir du réveillon, elle n'aurait pas dû nous le faire subir à nou-e-s qui ETIONS HOSPITALISES le soir du Réveillon.
Bref un patient fort psychotique et dans son monde a pris un toast, j'ai fini par faire pareil (on attendait de dammer depuis une heure, j'étais fatiguée, je voulais aller me coucher) et cette ASH a hurlé "ON VOUS A DIT D'ATTENDRE ! J'en ai marre, avec eux on peut jamais faire les choses bien"
OK
Je me suis levée, suis allée sur une chaise attendre le traitement de nuit et l'ouverture des chambres (parce que dans ce service on nous enfermait hors des chambres, soit disant pour qu'on larve pas toute la journée et dorme pas la nuit), je n'ai pas mangé, et j'ai contenu très fort mon envie de balancer une chaise contre une fenêtre pour éviter d'en plus de Noël passer la Saint Sylvestre sanglée en chambre forte.
La violence.
Aucune infirmière ne l'a reprise (parce qu'on critique pas un soignant devant les patients), aucune n'est même venue me voir pour me proposer quoi que ce soit, me demander quoi que ce soit ni pourquoi je refusais de manger. Le corporatisme.
Eux.
Nous.
Ici la ligne, comme la ligne de confidentialité à la pharmacie.
Eux ce sont des fols, nous nous sommes des normaux.
Nous on bosse, eux ils sont payés à glander et en plus ils nous font chier ils sont demandeurs.
Bref.
Cependant de par le respect (qui se dilue heureusement mais qui semblait inné voilà encore quelques années) envers le corps médical et para médical, les failles des fols, nos traumatismes passés, l’habituation à la maltraitance institutionnelle, le fait qu'aucun-e soignant-e n'avouera qu'un-e de ses collègue a déconné, que le médecin est un trou duc etc... Nous aussi nous mettons cette frontière.
Il y a nou-e-s, les pas normaux, les brindzingues, les hospitalisé-e-s, les cassé-e-s, les lumineuxses, les fort-e-s à foison, les originauxles, les pertinent-e-s, il y a nou-e-s et il y à eux.
Hors il y a des eux chez nous et des nous chez eux, la frontière n'est que mentale.
Par exemple je suis infirmière retraitée, et malade schizo rétablie, avec un parcours en psy un peu plus long que ma carrière de soignante.
Par exemple mon pharmacien, Mr Z est phobique social, alors qu'il est Dr en Pharmacie et possède son officine. A chaque client-e qui entre il fait une petite attaque de panique.
Par exemple le chef de service de l'unité voisine de celle où j'ai travaillé était dépressif mélancolique. Il n'en parlait pas, il ne se mentalisait pas malade. ET puis il a parlé de plus en plus de la mort. Ses confrères médecien-e-s n'ont pas voulu lui imposer de traitement ou d'hsopit à lui parce que quand même c'est un grand psychiatre. Au final il s'est pendu dans son bureau. Des nous meurent de se croire uniquement eux, des nous meurent d'être eux et pris pour eux, donc normal, donc a "protégé" (lol de pierre)
Par exemple des usager-e-s meurent parce que eux pensent que nous racontons de la merde et ne s'occupent pas des symptômes somatiques que nous décrivons.
Mais nous, nous sommes partout. Il existe des député-e-s alcoolo dependants, des patissiers bipolaires, des infirmières schizo affectives, des médecins psychiatres mélancoliques, et des fous hospitalisés infirmiers, architectes, ouvrier-e-s, sociologue ou archéo.
Vraiment si une chose est dans la tête c'est pas la souffrance (blague éculée) mais la barrière entre elleux et nou-e-s. On ne sait pas toujours si notre boulanger n'a pas été arrêté six mois pour telle ou telle raison psychique et n'est pas revenu faire son bon pain sans paraitre fou. On est parmi eux. Parmi les soignant-e-s et dans toute la société. Dans tous les corps de métiers. On est dans l'armée, dans la police, dans l'assemblée, en bibliothèque, dans les écoles, les facs. Nous sommes partout.
Notre regard sur eux et nous, je nous invite à le modifier, prendre un autre point de vue. Un peu à la "les fous dominent le monde". Les fous aussi construisent le monde, éduquent, enseignent, soignent, pansent, opèrent, dirigent, sont dirigé-e-s.
Nous sommes infiltré-e-s.
vendredi 27 avril 2018
Tout ce que l'on pardonne
Un petit billet sans trop de rapport avec les psychiatypicités.
J'ai été violée plusieurs fois et quand je raconte ça, des gen-te-s, hommes cis comme femmes, me demandent (en 2018) pourquoi je ne me suis pas débattue, quand c'était mon mec, pourquoi j'ai pas quitté mon mec ?
Comme si'elles ne savaient pas tout ce que l'on pardonne.
Comme si le consentement, aussi, était aussi simple que d'accepter ou refuser une tasse de thé. Comme j'ai pu le lire, on fait comment quand on veut le lait et le sucre mais pas le thé ? On se fade le thé quand même. Ca devrait être simple pour cellui qui se voit opposer un refus, mais les ramifications sont multiples.
Histoire de, je vis désormais avec un homme qui est décent, qui connait le terme de consentement, pour qui c'est clair.
Mais oui, le mec qui veut absolument des rapports sexuels alors que je me suis lamé les cuisses et que je ne veux pas qu'il les voit (encore moins les touche) Le mec qui me prend par surprise dans notre lit et rit ensuite, quand je lui dis "j'étais pas d'accord" parce que ça lui semble une bonne blague à me faire, très virile, très ironique, très "je suis ton mec c'est pas un viol".
Alors pourquoi on se débat pas ? Pourquoi on ne dit rien, ou plus tard ? Pourquoi on ne porte pas plainte ? (spoiler : parce que la majorité des plaintes n'aboutissent à rien si ce n'est à encore plus d'humiliation par la maréchaussée)(et à un moment faut arreter de parler de formation, je sais bien qu'on demande pas des qualités humaines pour être flic, mais juste comprendre ce qu'on nous dit et enregistrer la plainte ça demande pas un DU) Pourquoi on se tait, oui, surtout entre nous.
Pourqoi on aime notre mec même s'il insiste le soir pour baiser alors qu'ona pas envie.
Tout ce que l'on pardonne, pour pas blesser l'autre, pour pas le faire se sentir mal. Tout ce que l'on pardonne pour que ce qu'il nous impose, il n'aille pas le faire à une autre. Moche
J'ai été violée plusieurs fois et quand je raconte ça, des gen-te-s, hommes cis comme femmes, me demandent (en 2018) pourquoi je ne me suis pas débattue, quand c'était mon mec, pourquoi j'ai pas quitté mon mec ?
Comme si'elles ne savaient pas tout ce que l'on pardonne.
Comme si le consentement, aussi, était aussi simple que d'accepter ou refuser une tasse de thé. Comme j'ai pu le lire, on fait comment quand on veut le lait et le sucre mais pas le thé ? On se fade le thé quand même. Ca devrait être simple pour cellui qui se voit opposer un refus, mais les ramifications sont multiples.
Histoire de, je vis désormais avec un homme qui est décent, qui connait le terme de consentement, pour qui c'est clair.
Mais oui, le mec qui veut absolument des rapports sexuels alors que je me suis lamé les cuisses et que je ne veux pas qu'il les voit (encore moins les touche) Le mec qui me prend par surprise dans notre lit et rit ensuite, quand je lui dis "j'étais pas d'accord" parce que ça lui semble une bonne blague à me faire, très virile, très ironique, très "je suis ton mec c'est pas un viol".
Alors pourquoi on se débat pas ? Pourquoi on ne dit rien, ou plus tard ? Pourquoi on ne porte pas plainte ? (spoiler : parce que la majorité des plaintes n'aboutissent à rien si ce n'est à encore plus d'humiliation par la maréchaussée)(et à un moment faut arreter de parler de formation, je sais bien qu'on demande pas des qualités humaines pour être flic, mais juste comprendre ce qu'on nous dit et enregistrer la plainte ça demande pas un DU) Pourquoi on se tait, oui, surtout entre nous.
Pourqoi on aime notre mec même s'il insiste le soir pour baiser alors qu'ona pas envie.
Tout ce que l'on pardonne, pour pas blesser l'autre, pour pas le faire se sentir mal. Tout ce que l'on pardonne pour que ce qu'il nous impose, il n'aille pas le faire à une autre. Moche
samedi 7 avril 2018
"Ne vous dites pas psychotique"
Au gré de mes aventures médicales et para médicale, au gré de mes rencontres IRL comme IVL avec d'autres psycho ou neuroatypiques j'ai vu revenir une idée fermement ancrée chez certain-e-s soignant-e-s on va dire old school (comprendre d'obédience psychanalytique) : il ne faut pas connaitre son propre diagnostic sous peine de s'y identifier (là j'ai envie de dire "et alors, touche à ton cul) et donc devenir sa maladie et persister dans ses symptômes (là j'ai plutôt envie de dire "et alors ? Touche à ton cul" ah pardon c'est la même)
Bon déjà il n'y a que dans la tête des psy* psychophobes qu'on n'est qu'une maladie, qu'on le sache ou non. Parce que perso et je suis loin d'être la seule, je suis une foultitude de choses DONT une personne psychotique.
Ensuite il est très douloureux et angoissant de ne pas savoir ce dont on souffre ou comment ni pourquoi on fonctionne différemment d'une certaine norme. Le mot "psychotique" (pas plus que le mot "borderline" ou le mot "autiste" ou "dyscalculique") n'est pas une baguette magique néfaste qui nous fait devenir ce qu'il nomme. Avoir "le bon" (et ça peut évoluer, tmtc) diagnostic c'est comme avoir 18 ans : ça ouvre des perspectives mais ça ne change pas la personne qu'on était à 17 ans et 344 jours.
Enfin ne pas donner de diagnostic, refuser qu'on se fasse diagnostiquer par un service, un centre, un-e expert-e soit disant pour nous protéger nous empêche de faire nos propres recherches, de dialoguer avec des gen-te-s ayant une pathologie ou une neuroatypie similaire, nous prive de l’auto-support. C'est donc aussi un acte politique que de nous le taire, qui nous empêche de nous autonomiser et de nous auto suffire en terme de soutien et d'auto soins.
"Big up" à celleux dans l'errance diagnostique, et courage à toustes
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