mercredi 21 octobre 2015

A l'hôpital






L'hôpital psy, qu'il soit Unité de Soins Normalisés, Unité de Soins Spécialisé, Etablissement Public de Santé Mentale a bien changé en vingt ans - ouf.
J'ai vécu une quasi dizaine d'hospitalisations, toutes différentes. Pour toutes j'entrais volontaire (même si pour l'une je fut placée en hospitalisation sous contrainte en cours de route). J'ai également été hospitalisée en clinique privée en centres de cure de sevrage alcoolique, sur lesquels je passerai cette fois, atnt ils sont organisés différemment.
Dans le public, ma chance dirais-je est que je n'avais pas peur des personnels, des usagers, de l'hôpital, étant moi-même infirmière.
Je me disais : je vais me faire hospitaliser, et puis ça ira mieux.
Et puis, une fois arrivée à l'hôpital, qu'on m'ai présenté le service et ma chambre (dans la plupart des cas, des chambres triples, ce qui n'arrive plus dans l'hôpital de référence du fait de construction de nouveaux bâtiments) je me disais, à chaque fois "et maintenant ?"
Je voulais de toute force aller mieux, c'était bien sûr vital.
Je voulais de toute force être une bonne patiente, qui progresse qui n'emmerde pas, ou pas trop les infirmiere.s et les pasychiatres, bien adhérer au traitement et tutti quanti.
Mais comment faire ?
Assise sur mon lit après avoir rangé mes affaires, fouillées, dans mon placard, je ne savais pas comment faire pour aller mieux.
Le jugement soignant a parfois été délicat.
Sympathiser vite et bien avec les autres usagers c'était montrer une hyper adaptation suspecte.
Ne pas le faire était montrer une inhibition suspecte, peut-être du snobisme.
De toute façon je ne sympathise jamais vite avec personne.
Rester dans la chambre, c'était jouer contre mon camp, ne pas "participer à la vie du service"
Mais hors de ma chambre, surtout la première semaine où je n'étais pas même autoriser à sortir du service, c'était soit glander devant la télé sur des programme que bon voilà, soit squatter la salle télé fumeur, et fumer et se faire taxer autant de clopes que je pouvais en fournir.
On m'encourageait à me laver chaque matin et faire mon lit, pour recouvrer une dignité, renouer avec mon corps, etc. C'était sans compter à l'époque sur les douches communes, il fallait faire la queue, et elles n'étaient pas ouvertes sans cesse. Doonc je devais me laver, mais de 7h à 9h, sous réserve qu'une douche soit libre.
J'étais certes "sub délirante et agitée". Je comprenais mal ces restrictions, si je demandais pourquoi il m'était répondu "c'est la période d'observation"
Je ne comprenais pas en quoi ni comment on m'observait, sinon que j'avais vite tout faux.
Bref, j'étais là pour aller bien, j'étais motivée, mais je ne savais comment faire pour aller bien.
Je dois dire cependant que ça marchait, puisque j'allais vite mieux. Le repos, la sécurité (relative mais j'y reviendrai), les repas et le sommeil à heures fixes, un traitement pris à heures régulière, et comme il faut...
Et tant d'ennui pourtant. "Il vous est bénéfique de vous confronter au vide"
Bon, pour moi, obliger qui que ce soit à se confronter au vide est une forme de torture, et j'attends ecore que l'on m'explicite en quoi cela peut être bénéfique à qui que ce soit. Flûtiot, laissez les usagers en mauavais point à ce moment de nos vies de sortir un peu du chaos dans la tête, de l'appel du vide qui génère une angoisse majeure et terrifiante. Le repos, c'est cela aussi.
Mes pensées qui allaient bien trop vite, mes angoisses cataclysmiques, les idéations bizarres, je voulais m'en dtacher pour retrouver le sol plus ferme d'une réalité commune, d'un apaisement. Réfléchir à ma vie m'était trop flippant. Je me savais très malade sans savoir quand comment en quoi, précisément, ni que faire; avouons que "retrouvez un bon  rythme circadien et prenez bien vos médication", si c'est efficace, constaté empiriquement, ne répond à rien de ces questions pressantes ni de ses angoisses.
J'aurais aimé plus de discussion avec les infirmier.e.S, un dialogue plus ouvert où mes interlocut.eur.trices n'auraient pas craint pour ma santé en me disant "vous êtes agitée, vos idées sont encore bizarre, vous avez besoin d'être très contenue. C'est dû à votre schizophrénie mais cela va s'apaiser, même s'il est compliqué d'être patiente Alors vous retrouverez votre vie"
Cela a progressé, je le vois, je l'ai vu et vécu. Je m'en réjouis.
Que l'on ne nous pose plus dans nos chambres en disant "faites ce que l'on vous dit et ça ira" et puis l'on ne vous dit rien.
L'HP m'a sauvé la vie à de nombreuses reprises. J'y ai rencontré des soignant.e.s qui m'ont énormément aidée. Mais je m'y sentais si seule et apeurée, et dans les serices fermées le vécu carcéral est si douloureux.
Cela est sans doute à progresser ensemble, tou.te.s les interlocuetur.trice.s, usager.e.s, rofessionel;le.s de santé, sur un pied d'égalité, pour que nous puissions tou.te.s progresser de concert vers des soins toujours de plus grande qualité, toujours plus confortable.
J'ai grand espoir. Et je remercie les professionnel.le.s de soins.

samedi 17 octobre 2015

La gêne






Longtemps je me suis couchée pas trop de bonne heure et longtemps je n'ai parlé de ce que je vivais à personne. A la dure, comme les coboilles (que je rêvais de devenir, à huit ans)


A 17 ans au décours de ma première tentative de suicide j'ai commencé à m'ouvrir auprès d'un médecin généraliste réellement bienveillant, et j'ai eu ensuite du mal à arrêter de m'exprimer. Je puisais ce "courage", ce débordement de 17 années de silence auto-forcé, parfois dans l'alcool, dans l'espoir constant, qui ne m'a jamais quitté, que quelqu'un de plus compétent puisse m'aider et me soulager - peut-être un jour évoquerai-je mon histoire médicale, mais là bof - parfois avec succès.

Mais auprès de trop nombreux médecins et personnes rencontrées deci-delà, il y a eu la gêne. Leur gêne.

Le généraliste qui me parle différemment quand il apprend que je prend de l'Abilify, alors que je me pense et dis "anxio-dépressive". L'urgentiste, qui me conseille de ne plus travailler avec "votre traitement et ce qu'il suggère comme pathologie". L'ambulancier qui me tutoie d'emblée - qui est nerveux au volant avant de se détendre quand il constate que je parle "normalement" que je n'ai pas de sabots et une langue fourchue. La gêne quoi.

La gêne je l'ai fait mienne, à la longue; ou alors la prudence. La psychophobie existe c'est une parole à la fois saine et insensée que de dire "c'est une maladie, il n'y a pas de honte". Je n'éprouve pas de honte à être "malade", mais je sais comment l'info "je suis schizophrène" sera souvent perçue.
Elle sera perçue par la gêne et l'évitement, voire la punition (au travail, à la banque... et tentez l'expérience curatelle et essayez de prendre rendez-vous chez un médecin spécialiste pour rire)
Elle sera perçue avec fascination exotisation du trouble : je serais forcément formidable, ou spéciale, ou semi chamane ou poète. Je vivrais des choses incroyable. Je ne suis pas cosmonaute je suis schizophrène; je vis "normalement" je mange comme tout le monde, je lis je joue je travaille à la maison, etc.

La gêne je l'ai fait mienne, et je louvoie - sauf en terrain sûr. Parfois par "provoc" disent certain.e.s, je préfère par "militantisme" (comme pour mon alcoolisme secondaire). Pour redire "je suis schizophrène, je suis de l'espèce humaine". C'est sans doute entre autres par cela que l'image déplorable, psychophobe, des neuroatypiques changera petit à petit.

C'est difficile qu'un.e pharmacien ne me fasse pas confiance pour me délivrer mes médicaments, dont j’ai pourtant un besoin vital. C'est difficile qu'un médecin généraliste passe tous mes troubles comme psychosomatiques, mes symptômes dits subjectifs (douleur, fatigue) comme des vues de l'esprit, des hallucinations cénesthésiques. C'est difficile que subitement, sur la seule foi d'un mot, on ne m'accorde plus confiance, on me considère comme "différente", moi qui suis pourtant la même qu'il y a cinq minutes, avant que "schizo" ne soit lâché, quand on s'entendait bien.

Et je men veux parfois de "louvoyer", de m'excuser d'être moi, quand ce n'est pas nécessaire. L'infirmière est venue hier pratiquer l'injection de Risperdal. Elle m'a demandé mon diagnostic, pour la première fois en quasiment un an. "Troubles schizo-affectifs" ne semblaient rien lui évoquer mais elle s'est raidie un peu, j'ai précisé qu'il s'agissait d'une "schizophrénie dysthymique". Elle a bafouillé quelques questions, sur "comment ça se manifeste" C'était plutôt douloureux pour moi - et je dépends de cette personne pour recevoir mes soins de base. J'ai brodé des tas de truc sur la personne tellement normale que je suis, avec de petites crisounettes de rien du tout sans aucun délire ou si peu.
J'étais triste et en colère.
Je ne lui en veux pas, ce n'était pas malveillant, c'était presque atavique comme réaction. Complètement fondé sur la société, même chez les professionnel.le.s de santé. Je suis psychotique, c'est pa grave. :)

dimanche 11 octobre 2015

Je suis un être humain






Quand j'ai réalisé que je vivais bel et bien avec une schizophrénie, mon diagnostic ne m'était pas inconnu. Cela faisait des années que mon psychiatre me l'avait fourni, en l'expliquant de manière sans doute évasive, mais j'ai totale confiance en lui et je ne me trouvais pas dans des dispositions où j'étais capable de l'entendre, comme il se dit. f25.1 : troubles schizo affectifs.

Par là même, je n'avais jamais googlé ni fait aucune recherche sur ce terme, et la seule question que j'ai posée à ce médecin était "C'est quoi ?" et suite à "des troubles schizo avec de petits troubles de l'humeur" je m'étais dit qu'il s'agissait de troubles bipolaires avec le "schizo" qui était un peu là pour décorer, pirouli piroula.

Donc, en décembre 2014 il y eu déchirure dans ma psyché et la vérité 'est fait jour en moi, un peu comme une révélation : omfg, je suis schizophrène.
Le plus gros du choc passé et une fois rentrée chez moi, j'ai enfin fait ce que font tous les gens qui ont une maladie et ne savent pas trop par où commencé : j'ai tapé "troubles schizo affectifs" dans le moteur de recherche et vu quelques résultats "pertinents" sous mes yeux.

Le premier était "ma copine est schizo affective" sur un forum. Je n'aurais pas du cliquer, il s'agissait du même forum qui persuade n'importe quel grippé qu'il a un cancer. Bref, la petite amie de ce jeune homme s'était outée à lui et lui avait annoncé ce diagnostic et la question qu'il posait n'était pas sur le pronostic, la qualité de vie ou comment l'épauler dans les troubles.
C'était
"Peut-elle éprouver des sentiments pour moi ?"

J'en profite hein, parce que la question revient.
Des choses ont fait du mal - d'abord l'image des schizophrènes via Hollywood, les séries sur les serial killers et les thrillers sur le même thème (merci les gars-meufs). Donc non, une fois pour toute, les schizophrènes n'ont pas de double personnalité, n'ont pas des migraines puis endossent une tout autre personnalité, n'assassinent pas leurs proches dans leur sommeil car ils pensent être Ragondin le Vengeur, aucune de ces dukaneries. Ces clichés psychophobes ont fait du mal, beaucoup.

Surtout, ce que la question évoque c'est "est-elle un être humain ?" "est-elle une maladie ?". Il faut se rappeler également, et ça, c'est la mierda aussi, que si on trouve les signes cliniques les plus courants de "la Schizophrénie", avec "dissociation" et "délires", on trouve "froideur affective"
C'est tout relatif.
Peut-être que cela arrive, peut-être que les sentiments sont organisés différemment, je ne suis pas devin, je ne suis pas mage, je n'en sais rien, mais la plupart des schizoprhrènes que j'ai connu, ça en fait quelques uns, n'étaient pas du tout froid, je ne le suis pas non plus, oui, j'érpouve des sentiments, oui, parfois je suis délirante ou sub-délirante, mais mes sentiments ne sont pas des "idéations délirantes", non, ils ne changent pas du jour au lendemain, oui, quand j'aime quelqu'un je l'aime "pour de vrai", ce n'est pas une vue de l'esprit qui serait produite par mon cerveau malade, et enfin, et surtout, mes délires, mes hallus, ma bizarrerie, sont produits par moi-même, Julie, ils sont le reflet de mes vrais sentiments, souvent de mes vraies pensées, sans doute de mon vrai inconscient qui s'exprime ainsi, de manière très cryptée (mais décryptable pour peu que l'on parle avec moi, que l'on me connaisse), je ne suis pas "Mme F25.1" je suis une personne, j'appartiens à l'espèce humaine, et cela m'est une violence terrible que l'on me considère comme John Merrick (ainsi le choix de l'illustration tirée d'Elephant Man de David Lynch) : "je ne suis pas une maladie, je ne suis pas un mosntre, je suis un être humain"

Ceux qui compte savent. On peut m'apprécier, me mal apprécier, être indifférent.e à moi, mais ce serait chouette si c'était pour moi, pour la personne que je suis, et non parce que je vis avec une schizophrénie.

samedi 10 octobre 2015

L'observance du traitement






Je n'ai pas toujours été scrupuleuse dans l'observance de mon traitement. Le déni en a été une cause partielle : je me savais très malade, mais surtout pas chizophrène. Ainsi je prenais bien les traitements antidepresseurs et les traitements anxiolytiques et neuroleptiques sédatifs, mais pas toujours bien les antipsychotiques.
Et puis je suivais un mouvement pas vraiment rationnel mais commun à de nombreuses personnes, neurotypiques aussi : quand je me sentais bien, que j'étais stable, je me pensais guérie et échappais à tout traitement. Que cellui qui n'a jamais arrêté les antibio après la fin de la toux me jette le premier pilulier
.

J'entendais dire dans le milieu psy où je bossai que seul.e.s les NA arrêtent leurs traitements. Que les diabétiques par exemple ne les arrêtent pas : sinon eh bien, ils meurent.
Je sais maintenant que certain.e.s diabétiques prennent mal leur insuline, prennent des libertés alimentaires, etc. Simplement est ainsi faite la vie des malades chroniques et tou.te.s nous passons par des phases de déni, de pensées permissives, de révoltes, d'espoirs illusoires, de sentiment de maîtrise absolue, de "ça va aller" et de "et au pire on en meurt"

J'ai eu la chance, par contre, étant infirmière, de connaitre plutôt bien les effets secondaires de tous ces médicaments et de ne pas m'en larmer plus que cela : les contractures (dysarthrie, qui me faisaient la mâchoire serrée), la bouche sèche (de telles doses parfois que tout mon corps était sec, à tel point que je ne pouvais tenir un stylo, sans la moindre sueur, il me glissait des doigts), les impatiences, les jambes qui bougent toutes seules... la prise de poids, la fatigue, etc.
Car PERSONNE ne m'en a parlé. Quand on est identifiée comme infirmière par un.e soignant.e cela donne des raisons de plus de zapper l'explication. Bien sûr énoncer tous ces effets indésirables ferait peur, mais cela fait encore plus peur quand ils adviennent et qu'on ne sait pas d'où ils sortent, je pense. Et l'apprendre ainsi et à moon sens davantage motif à la rupture avec le traitement incriminé, le manque de confiance envers les soignant.e.s prescripteur.trice.s, les lacunes de dialogue.
Comment faire confiance à un.e médecin qui vou a refilé un cachet qui vous a fait vous retourner les yeux vers le plafond ans vous avoir prévenu du risque ?

Aujourd'hui je blinde mes soins, alarmes, piluliers semainiers, injections retard pour le Risperdal, doses supplémentaires dans le sac à main, tout pour ne rater aucune prise (et j'en rate quand même...)
Mais je consomme 23 cachets par jour, en cinq prises. Plus une injection retard, donc. Cela n'est pas facile à gérer. Je relève d'une décompensation en Décembre 2014 et la récupération est toujours longue. Mais j'ai prise sur ma schizophrénie. Je n'ai pas prise sur tout, elle fait partie de moi, elle est partie de moi, mais je blinde autant que je peux, je survis aux décompenation mais ce que je me dis en les vivants est "c'est inhumain quand même". Et je compte me bien traiter.

Mon traitement m'est important

Le déni est une folie en soi




Durant des dizaines d'année je me suis dit, grosso modo « oui mais moi c'est pas pareil »
Ça n'est pas pareil.
Pas pareil.
Je bois mais je ne suis pas une vraie alcoolique, c'est dû à ma souffrance psychique
Je délire mais c'est pas pareil c'est dû à l'alcool
Je disjoncte mais c'est pas pareil c'est dû à mes parents
Ils me rendent folle
Alors je souffre
Alors je bois
Alors je délire.
Mes parents sont mon mal.
Je ne suis pas une vraie alcoolique comme on voit qui tremblent le matin qui ont fait plusieurs cures. Quand je veux j'arrête. C'est marrant c'est ce que disent tous les vieux alcooliques qui tremblent le matin, au bistrot devant leur verre de blanc, sauf que moi, c'est vrai, tiens, demain je ne boirai pas.
Je travaille. Je suis infirmière en psy alors moi les vrais alcooliques je sais ce que c'est et c'est pas moi. Je sais aussi ce que sont les psychotiques et c'est pas moi. Ils ne sont pas infirmiers en psy ils n'ont pas de travail. Ils sont souvent hospitalisés en psy parce qu'ils arrêtent leurs traitements parce qu'ils ne savent pas qu'ils sont malades, ça c'est un signe de maladie grave, ne pas se rendre compte. C'est un signe de folie : les diabétiques, eux, ils n'arrêtent pas leurs traitements, sinon ils meurent. C'est ce que dit ma surveillante et je suppose bien que c'est vrai : qui , sain d'esprit, arrêterait un traitement qu'il sait être vital ?
Non, je ne suis pas folle. Les vrais fous délirent, ils entendent des voix et veulent tuer leurs parents. Parfois ils tuent vraiment leurs parents, surtout la mère. Je les comprends un peu, leurs mères sont tyranniques, un peu comme la mienne.
Ma mère me rend folle. Elle use et abuse des paradoxes. On en parle souvent avec Ghis qui est une collègue et une amie et qui comme moi n'est pas folle, de nos mères. Ces psychotiques. Je dis « Je parle couramment le psychotique, c'est ma langue maternelle ». Ça se dit entre gens de l'équipe, que je comprends particulièrement bien ce dont me parlent les patients psychotiques et tous leurs raccourcis de pensée, et la symbolique et le thème du discours même si à priori ça ne ressemble à rien. J'en suis fière, je pense que la folie m'a épargnée mais qu'ayant été élevée par ma mère qui elle est folle et psychosante je comprends et traduits très bien cette pensée. Je parle couramment psychotique. J'en suis fière Je suis une passerelle. Je peux aider je peux m'occuper de tous ces gens que peu de gens aident, les parias des parias de la société les fous. Les gens que personne n'aime ni n'aident Je sais ce que c'est on m'a toujours traitée de bizarre, alors que je suis juste différente. Alors que ma mère est psychotique et me maltraite de paradoxes. Alors que mon père est translucide. Il faut aider les gens avant qu'ils ne meurent et personne n'a envie de mourir, pas même les aspirants au suicide, pas même moi.
Je ne suis pas folle, et puisque moi je suis normale je peux aider les fous.
Mais je souffre quand même, ma mère, ses paradoxes, l'angoisse. Alors je bois, c'est thérapeutique un peu, je prends des cachets je vois une psychiatre qui me prescrit un traitement neuroleptique, mais c'est pas pareil c'est du Tercian c'est sédatif, ce n'est pas très incisif, ce n'est pas fait pour lutter contre les délires et les hallus, que je n'ai pas, mais contre cette angoisse qui me plombe et m'aspire depuis l'enfance, et moi mon angoisse est si grave qu'il faut du Tercian, le Tranxène ne suffit pas, c'est un peu pour les bébés le Tranxène, les benzos, pour les bébés et pour les gens qui aiment se défoncer. Moi, j'ai arrêté le shit, moi j'ai arrêté le Stilnox que je prenais par plaquettes, mais j'ai pas arrêté l'alcool, parce qu'il faut bien vivre.
Le vent se lève.
Alors je bois et puis je me lame et puis il est nuit je téléphone en angoisse et larmes à mon père ma mère ma sœur, pour pleurer pour dire que ça ne va pas, parfois pour les insulter ce qui est bien normal ils m'ont induit ces états en amont en disant des choses angoissantes, en usant de paradoxes, je téléphone parfois à mes amies, à Sandrine, à Ghis, ensuite je m'endors comme une masse mais j'arrive à me réveiller à 5h pour me préparer pour le boulot où je me rends avec la gueule de bois ou, encore plus souvent, des grammes de la veille.
Moi c'est pas pareil, je ne suis pas une vraie alcoolique, je ne suis pas psychotique, ce n'est pas ma faute.
Je parle avec ma psy parce que moi je suis sûre d'avoir un grand secret. Un grand secret qui explique toute cette douleur, ces dysfonctionnements, et si je l'apprends enfin, parce que je l'ai oublié, refoulé, ça se voit souvent, si je m'en souviens je pourrai régler tout cela et redevenir parfaitement normale, être parfaitement réparée et poursuivre ma vie d'infirmière psy, qui travaille qui soigne qui aide qui est normale, je ne boirai plus qu'aux occasions et j'aurai un copain, des enfants et un appartement propre et rangé. Je ferai la cuisine, j irai au travail. Je lirai des histoires aux gosses on ira au parc. On ira en vacances à la mer et puis à l'étranger en été On aura un ou deux chats. J'aurai une voiture, je serai une grande personne normale, enfin je ne serai plus sous l'emprise de mes parents. Je serai accomplie.
Je me dis que ce grand secret c'est sans doute que mon père, avec sa tête de coupable, avec lui qui est bouffé par la culpabilité, ce mec a dû me faire des choses pas nettes il y a longtemps. C'est sans doute ça. Dans le même temps je vois bien que c'est impossible mais c'était peut-être juste une fois comme ça un soir où il aurait bu, parce que quand ma mère l'a quitté il buvait pas mal.
Je porte ce secret. J'ai l'impression constante et diffuse d'être enceinte d'un enfant mort. D'avoir un fœtus qui pourrit dans le ventre Ce n'est pas un délire la preuve je le critique. C'est comme une sensation ou une idée vicieuse dont je n'arrive pas à me défaire. Et le psy de l'hôpital m'a dit « enceinte d'un enfant mort, enfin, c'est un secret que ça représente »
Je vais tous les ans à l'hôpital psy, hospitalisée un mois. C'est différent des vrais grands fous je reste peu de temps, c'est pour me mettre au vert et dès que je suis un peu au calme je reviens bien. Ça me coupe de l'alcool et surtout ça me sépare de ma mère. La toxique.
Donc j'ai raconté ça à l'infirmière et on en a parlé avec le psy. Il m'a dit « secret » et le secret c'est presque toujours l'inceste Ce dernier point c'est moi qui ai déduit et je n'en ai pas parlé au psy, ça sonnait délirant quand même, d'un point de vue extérieur.
Alors par la suite durant une cuite qui ne se passe pas bien, une ivresse pathologique, c'est purement toxique et neurologique, rien à voir avec la schizophrénie, durant cette crise j'appelle mon père je l'accuse et je l'insulte.
Il ne comprend pas. Tu m'étonnes je me dis et puis je me dis qu'il a du oublier lui aussi, qu'il a été encore plus traumatisé que moi. Parce qu'il est un homme bon tout de même, c'est vrai.
Ma mère a dû m'induire cette idée perverse, comme quand elle a insinué que je n'étais pas de lui. « J'ai réfléchi, Gilbert est bien ton père, en fait »


Cela est le déni. Le déni est une folie en soi.

Bienvenue






Je suis tout juste quadra, je suis schizophrène, je fus infirmière, infirmière libérale, secrétaire, archiviste, je suis amoureuse, je suis malade alcoolique abstinente et je tiens un blog beauté sans alcool, je suis amie fidèle de plusieurs personne formidable, je suis étudiante, pour passer le DAEU et poursuivre si j'y arrive, je suis féministe et je milite à mon petit niveau, je milite aussi, surtout en faveur de nos droits , à nous, malades psychiatriques (ou neuroatypique) je milite contre la psychophobie, et ce blog s'inscrit dans cette démarche. J'y parlerai de mon quotidien, de mon passé, de mes expériences variées, de mes petites réflexions, de mes émotions, des hôpitaux, des traitement, et de la vie, enfin, car je suis Julie avant d'être ceci ou cela, je suis tout cela. Bienvenue dans ma vie, parfois rêvée, parfois de rêve, j'ai hâte de faire les beaux trajets des rencontres et d'échanger, d'apporter mes petits galets au grand édifice du bien vivre ensemble, dans le respect de nos différences - pas si énormes, vous le verrez.

L'écriture du blog sera inclusive, j'userai de "iel" "euxlles" et autres "perturbé.e.s". Cela m'est important