jeudi 18 août 2016

Prendre un...

Prendre son courage à deux mains. Prendre un Seresta pour rester calme ne pas tomber dans la grand trou noir où le loup me mange, et puis prendre un dolirhume "contient de la pseudoéphédrine" pour ne pas dormir car il reste du taff à faire, il reste à rester en vie et vigile, à ne pas dormir, pas cotonner, pas s'encoconner.
Prendre l'inhalateur pour les bronches, l'antibiotique, prendre le Tercian de midi et la Paroxétine du matin, se sentir corps chimique, se sentir dans la complexe pharmaco pornographique, mais qu'est-ce que je produits moi, du travail sexuel du travail ménager et puis de la douleur, et enfin des câlins et de la régression.
Droite se regarder. Moche, non, je sais pas, étrange entité debout devant moi, debout toujours à genoux.
Déterminée avec la terreur qui colle à la nuque. Oui, je sais, oui, je vois maintenant, mais non je ne sais rien et ce Seresta il fera effet quand.
Tachycardie de Dolirhume, de litres de cafés de dizaines de grammes de tabac, tachycardie de douleur, battement de savoir, ne pas savoir, ne plus vouloir deviner, mort le petit lumignon, mortes les diodes et les antennes et morts les verres déformant.
Prendre du temps, buter contre le temps, ouvrir la bouche en carpe koï, rester béante dans le bassin froid et vert, ouvrir si grand la bouche pour que rien ne sorte, juste entre insectes et larves. Ca pense dans la tête, ça tape contre les côtés et enfin ça broie la cage thoracique, un pieu émoussé qui s'éreinte contre le coeur organe.
Cerveau-machine, technocorps, hormones et neuroleptiques, godes et pseudoéphédrine, sérotonine et mélatonine, progestérone et latex et surtout un jeans solide en toile de Nimes, bleue.
Dans mes rêves je perds mes dents, dans mes rêves je suis toujours à l'hôpital, et personne ne sait ce qu'est l'amour, l'ocytocyne, les contractions pré menstruelles, le Nexplanon, la cyprine, le coeur sec, les yeux secs, la bouche sèche (Bioxtran)
Prendre de la chimie s'enrouler dans les bactéries, les virus, sirop contre la toux qui ne came même pas, regret de THC ? Même pas, sucer ce Seresta et attendre que toute la funèbre fête foraine s’éteigne et rideau.

vendredi 12 août 2016

Ma jalousie, cet herpès

(Parce que c'est pas forcément sexuel mais ça peut, ça fait mal et ça revient toujours, et qu'aucun soin ne l'éradique)
Voilà la jalousie, ma vieille ennemie, qui revient taper à la porte. Peu importe le contexte, hein, elle n'est jamais "justifiée". Elle peut se baser au départ sur un fait (on va dire un coup de canif dans le contrat) ou sur rien, ma jalousie son truc c'est de générer et de se nourrir de surinterprétations de signes plus ou moins pertinents (plutôt moins on va pas se mentir)
Par exemple par le passé ça a pu être des volets plus ou moins entrouverts. Eh ouais.
Il y a donc toute une dynamique délirante dans cette jalousie pathologique, une idée fixe, presque un TOC psychique, qui s'impose, qui revient, qui résiste à tout apaisement rationnel (se poursuit en continu malgré la critique active), enfle et diminue en longues pulsations douloureuses et brûlantes. Cette morue entraine aussi des troubles du comportement, parce que, réellement, les idées, la colère et le désarroi (mais surtout la colère) sont si forts que je peux me retrouver littéralement hors de moi.
Actuellement, je gère. Sérieux je gère, surtout que c'est une histoire vraiment entre moi et moi, que j'ai fait beaucoup de progrès en vingt ans, que je tiens à ne pas faire de mal à mon amoureux que je chéris (et qui me le rend bien) ni à rendre notre histoire commune compliquée ou impossible (ça me foutrait en l'air)
Mais d'où vient cette jalousie ? J'ai entendu plusieurs hypothèse, je pressens, je semi formule l'idée que soit c'est plurifactoriel, soit toutes ces hypothèses sont des parti pris ancien de psy* et peut-être même bien de la merde.
On m'a parlé de peur de ne pas être aimée. D'angoisse d'abandon. Qui se fonderait dans la petite enfance. Pourquoi pas, mais je pense sincèrement ne plus avoir cette angoisse de cette façon. Pas du tout inconsciemment (même si bon, logiquement ce qui est inconscient joue en souterrain) en ce sens que j'en ai conscience, non d'une peur de l'abandon lancée dans l'air, née d'un problème dans la prime enfance (dans mon cas) mais de l'évaluation réelle de ma dependance psychique, sentimentale et financière à un mon aimé. Donc oui je me sens vulnérable et fragile, je pense même revoir un-e psychologue pour travailler l'acceptation de ma dépendance (parce que oui, mes troubles schizo affectifs ont des consequences réelles) mais c'est là quelque chose que je vois parfaitement, je vois pas pourquoi je serais jalouse par la bande. Quand j'ai le moindre souci, j'en parle calmement avec mon conjoint pour liquider ça et ça fonctionne.
On m'a parlé de possessivité (je pense aux libertin-e-s et polyamoureuxses en fait) Du fait de ne pas supporter "partager" (mais c'est pas une dose qu'on partage un coeur ou un corps, je suis ok, je le formule ainsi par flemme), de vouloir l'autre à soi. Or, même si l'événement ne s'est jamais présenté ici, je suis très au calme à l'idée que mon aimé ai des relations sexuelles avec une autre et je conçois très bien qu'il aime plusieurs personnes (même de manière "un peu amoureuse") Parce que je suis devenue philosophe, parce que la vie est ainsi, parce que moi-même quoi :) 
Et c'est très clair pour moi, c'est pas le "tu dis ça mais au fond tu vois que ça pose problème" qui est un va-tout opposé à nombre de personnes, surtout NA, pour court circuiter nos propres analyses d'un problème, pour nous faire entrer dans un cadre souvent psychanalytique.
Donc what ? Pourquoi l'idée revient comme une poussée d'herpès, brulante et excluante, me gonfle, me sous-torture (pour le moment c'est assez bien maitrisé) pourquoi les idées qui viennent, pourquoi "ça pense tout seul dans la tête". En gros, pourquoi je délire, sur ce thème. Et j'ai treize ans de psychothérapie analytique + 20 ans de traitements chimiques + 3 ans avec une psychologue clinicenne à raison d'une séance/semaine hein. C'est pas comme si j'avais jamais travaillé ça.
Au final, le mépris de ce syndrome (c'est plus un symptôme mais un réseau de) me semble la bonne option, comme mon inquiétude perpétuelle d'être ruinée financièrement (omg j'ai plus d'argent j'en aurai plus jamais... ah si) ou autre rumination morbide que je me pèle régulièrement me semble la meilleure démarche. Do not feed the troll. Jalouxse, tmtc.


Edit : après avoir posé ce billet ma réflexion s'est développée et plus que la peur de n'être pas aimée je pense de manière discontinue (rarement) n'être simplement pas aimable. De n'être rien, un déchet, voire un boulet. Mon credo est un peu "mais tu vas l'avouer que tu me quittes oui ou merde ?!" (comme ça ça sera fait) Cela s'est beaucoup apaisé aussi avec des "retours" des discussions que j'ai eue avec d'anciens amoureux avec qui j'ai vécu/à qui j'ai fait vivre l'enfer. Les deux personnes concernées m'ont dit qu'elles m'aimaient et voyaient bien que je déraisonnais mais n'étaient plus capable de gérer mes débordements. N'en pouvaient plus. En fait ça m'a rappelé que nous sommes deux dans la relation et que la personne qui est avec moi l'a choisi. N'est pas myope et sait à qui elle à affaire (même si ok on ne le sait jamais totalement), que je ne peux pas être une "impostrice" (surtout que je ne le cherche pas), bref, en subjectivant les partenaires je suis moins inquiète de revirement brutal. 

lundi 8 août 2016

"Pudeur"






Les NT, je dirais globalement les braves gen-te-s, certain-e-s NA aussi sans doute, aiment les histoires de maladies déchirantes "narrées avec pudeur et dignité".

Que la douleur affleure et qu'on en prenne partie de la mesure par sous entendu, sous des voiles.

La personne qui vit et/ou raconte ses troubles, ses difficultés, souvent dégueulasse, verrait ainsi préservée sa dignité. J'ai parlé dans un billet précédent de "ne pas respecter les gen-te-s qui ne se respectent pas", absurde.

Quand on est fou, folle, on manque de limites dans les crises, ça déborde, c'est affreux, il faudrait en plus qu'on ne gueule pas, qu'on voile d'un paravent pudique le plus douloureux de nos troubles; alors un scoop : ça n'aide que la personne qui entend l'histoire, ça ne sert qu'à rendre moins malaisant le récit, la vue des corps et des psychés tourmentés, malmenés, ça n'aide pas le fou, la folle, ça ne lui apporte rien que le devoir, l'injonction encore et toujours de ne pas déborder, de ne pas déranger le bon fonctionnement de la société, ça ne sert qu'à étouffer de manière psychophobe un long hurlement légitime.

Parce que c'est digne de ne pas réussir à se laver, c'est digne l'esprit qui s'éclate en millions de morceaux, c'est digne la chair et la peau malmenées, c'est digne le sang, les crachats, la merde ? Et encore il faut rentrer tout cela, pour ne pas faire sale, et encore il faut se normativer, se normaliser, auto silencier ses troubles et sa souffrance.

Toute expression de la souffrance ne semble pas acceptable. Si tu as des hallus, des terreurs,des effrois, des yeux écarquillés, une peau balafrée, tu es invité-e à fermer ta gueule et à montrer patte blanche.

Alors cette pudeur là, au service de qui ne comprend pas, ne veut pas comprendre, ne veut surtout pas savoir (voire veut éliminer lae fauterse de trouble) je l'emmerde. Avec de la vraie merde qui pue et qui tache.

jeudi 4 août 2016

Ma Mad Culture - Introduction






J'entame une petite série de billets sur ce que je considère comme "ma" Mad Culture. Beaucoup d'éléments de la pop culture et de la culture underground sont adoptés je crois par les fous et folles deci delà, je déploierai quelques unes de mes références de héros, héroïnes, oeuvre faisant écho à mon expérience de la folie.


Beaucoup reprendront le thème de la double vie (Batman, Catwoman, Dracula de Coppola) et des créatures de la nuit, des métamorphes, illustrant une expérience de la folie et des toxiques pris pour calmer l'angoisse le soir, occasionnant une transformation de mes comportements. DE la double vie aussi que vivent beaucoup de NA, entre vernis social et normativisation de l'apparence et chaos vécu intérieurement et dans les moments intimes. De la sensation de Bête en soi qui me dévore, qui parfois prend le contrôle.

Je demande aux lecteurtrices non concerné-e-s de ne pas en faitre un raccourci vers le lieu commun : schizophrénie = deux personnalités (ou plus) qui nous fait beaucoup de tort. Le trouble dissociatif de la personnalité existe, je n'y connais rien, ne sachant qu'à peine qu'il est souvent lié au Syndrôme de Stress Post Traumatique et les schizophrénies n'ont rien à voir avec ce trouble.

Viendront donc Batman, Catwoman, Arkham et Gotham bien sûr, les loups-garou, l'experience de double existence de Mina dans le Dracula de Coppola, la Peau de Chagrin de Balzac, Nosferatu de Murnau, Munch, Bosch, les morts vivants au sens large,...

Mon expérience de la curatelle d'Etat






J'ai été quelques années durant sous curatelle d'état auprès de l'ATMP (Association Tutélaire des Majeur-e-s Protégé-e-s)

Cela fut fait à me demande, après discussion avec mon psychiatre hospitalier. Je croulais sous les dettes, ne réglant pas mes factures à temps, ce qui occasionne des frais de dossier et d'huissier, s'accumule, etc. D'aucun a parlé de phobie administrative, il m'advenait quelque chose du genre.
Je me trouvais donc continuellement en butte à des lettres de rappel, des menaces de saisie, des blocages de compte, une interdiction bancaire partielle.
Lorsqu'on est sous curatelle, une tierce personne, ici une gérante de tutelle de l'Etat, se charge d'administrer le salaire et les revenus en les différentes dépenses et charges, donnant ce qui est appelé "les dépenses courantes" (en gros l'argent de poche, servant à se nourrir et autres frais) chaque semaine (puis chaque mois si cela se passe bien.
J'ai du envoyer un courrier à la Juge des Tutelles, ainsi que mes proches et que mon médecin psychiatre, pour justifier de la nécessité de la demande. Comme tout le médical et le social, ça se casse la gueule et les places sont chères. Aujourd'hui on demande plus volontiers à un-e proche d'être  gérant-e de curatelle, malgré les conflits que cela risque fortement d'engendrer.

Ma curatelle était une curatelle renforcée, je n'avais que les dépenses courantes à gérer, elle peut être "simple", où la seule contrainte est de devoir demander aula gérant-e de curatelle avant de contracter un emprunt. Enfin, la mesure de curatelle peut être pour cause médicale (mon cas) ou pour "protéger le patrimoine". Elle n'entraine pas de déchéance des droits civiques (vote, mariage - bien qu'il soit obligatoire d'informer lae futur-e épouxse) mais, je l'ai appris en allant faire mon don, elle interdit le don du sang et de produits humains (moelle osseuse)

La esure de curatelle a été libératoiire pour moi, je déléguais, je me reposais sur ma curatrice de tout le tracas administratif et de paiement de dettes. Toutes les semaines je pouvais retirer, au début 60€, avec un carte Point Argent (que le DAB de ma banque) C'était compliqué car je fume beaucoup et c'était raide pour les clopes et m'occasionnais des pétages de plomb en fin de semaine, mais après tout c'était le réel argent dont je disposais. Ma curatrice s'occupait des factures, loyers, dettes et de mettre un peu d'argent de côté pour les imprévus.

Le problème était au quotidien, justement, les imprévus. En fait, salariée de la fonction publique, je me heurtais aux même problèmes qu'une personne à faibles revenus : le turn over de liquidité. Difficile d'aller à l'improviste auy restaurant (je pense à une scène compliquée avec des collègues) Surtout, difficile d'avoir un pépin médical. Dire à la secrétaire d'un spécialiste : je prends rdv mais je suis sous curatelle, voilà la carte de ma gérante si vous voulez l'appeler, c'est se voir fermer des portes au nez et un mépris à la fois psychophobe et de classe vous être adressé. Je me souviaens d'une allergie massive à une colo que j'avais eue, et j'avais du vraiment insister, au risque de péter un scandale avec mes oreilles suintantes et crouteuse et perdre toute dignité, pour un accès aux soins.

Après on nous dit que les fouolles s'énervent et que les pauvres ça gueule, hein.


Et la curatrice me disait de prévoir. 60€ moins la bouffe moins les clopes, ça laisse jamais 70€ pour payer un dermato.

Enfin, j'ai regretté l'aspect pas du tout pédago de la curatelle, pour cause d'on-n'a-pas-le-temps.

Dernière chose, qui m'a choquée, c'est qu'on paye le service de curatelle, ça pourquoi pas, mais moi 5% de mles revenus, et si on est pauvre c'est 10%. Cherchez l'erreur.


Mon bilan malgré ces nombreuses galères et toute le honte, la ségrégation de classe et psychophobe subie durant cette période, est posistive. J'ai fini  avec des comptes assainis et un petit pecule. Je gère toujours mal mon blé (ça guérit pas de tout) mais j'ai évité l'expulsion du logement, les coupures d'electricités, etc.

mardi 2 août 2016

Accepter de ne pas comprendre





Alors que je lisais un souvenir s'est présenté à moi. Lors de ma dernière cure de sevrage alcoolique j'ai été dans le même groupe qu'un homme schizophrène d'une quarantaine d'année. Il était marqué par une vie de maladie psychique profonde, de maladie alcoolique, de psychiatrisation, d'errances et de marginalisation. Alors que la réalité de mes troubles ne s'était pas encore fait jour en moi (mais était imminente) je me suis positionnée en camarade et en infirmière psy, lui parlant volontiers. Un jour, à table, il m'avait craché que je devais me trouver "bien maligne à croire que je le comprenais" Il m'avait remise en place. Si déjà je "comprenais" bien un autre fou, j'avais été condescendante voire curieuse, j'avais débiordé de ma place et par ailleurs il avait raison, je ne le comprenais pas.


La folie fascine et apporte son lot de fantasmes, revulsants, apeurants, ou exotisants et romantisant. Souvent les deux mêlés (on croirait pouvoir trouver de bons fous doux poètes visionnaires incompris  et de mauvais fous se baladant en douce parmi les braves gen-te-s avant de les décaipter à la hache le vent tournant) Et, on le constate récemment autours des attentats dramatiques, on taxe de folie ce que l'on ne comprend pas. Le sophisme est vite fait : Je ne comprend pas ceci. Je ne comprends pas la folie. Ceci est l'oeuvre d'un fou. C'est la carte chapeau magique. Et comme nous quidams avons du mal à comprendre le mal immense que peuvent exercer les humain-e-s...

Ensuite, face aux fou-olles existe ce malaise, cette angoisse profonde de ne pas comprendre, de ne pas savoir à quoi s'attendre, l'imprévisibilité des fous, folles. Devant une personne marginalisée parlant toute seule dans les transports en commun par exemple. Je parle même de gen-te-s déconstruit-e-s face à ces personnes. Une femme dans le métro est plus mal à l'aise face aux fous qu'à l'idée de se faire agresser par un homme (mains aux fesses, harcèlement divers) ce qui a pourtant bien plus de chance d'advenir que de se faire agresser par un-e fou-folle. Dans le même temps ets l'envie de comprendre, comprendre la folie, les fous, comprendre pour maitriser, se préparer. D'où à mon sens cette abondance de fantasme. Et la curiosité insatiable des humain-e-s.

Un jour à Toulouse, très malade et en perdition, je consultais mon psychiatre. Je lui demandai si j'étais un être humain, que je ne comprenais pas les êtres humains qui ne semblaient pas me comprendre non plus. Eux, dis-je, se comprenne entre eux. "Ils croient se comprendre" me dit-il.
La politesse, les banalités, la même forme de langage sur le fond et la forme constituent ce ciment social, dont le fou en habit de folie est exclu. On cherche à comprendre pour mieux exclure, ou pour assimiler, pour soigner de gré et de force et faire rentrer dans le rang.


Mais le vrai scoop était "ils croient se comprendre". Personne ne comprend vraiment personne, nous demeurons tou-te-s étranger=-e-s les un-e-s aux autres. Et l'état de folie met en lumière et exacerbe ce sentiment su mais refoulé, mis au placard.

Devons-nous nous comprendre ? Je n'en sais rien et la question ne se pose même pas tant nous ne pouvons pas. Acceptons de ne pas comprendre, même de nos parent-e-s, ami-e-s proches, amant-e-s. Nous ne pouvons faire la réelle experience d'un corps et d'une psyché autres. C'est ainsi. Et c'est rassurant. Quand on croit faire l'expérience d'une porosité entre soi et l'autre, comme cela arrive dans des états psychotiques, c'est extremement angoissant et fait pencher vers la mort psychique. Une amie à qui je serinais qu'il était très dur d'être tout seul dans sa tpete me repondit "c'est toujours mieux que de ne poas l'être" Seul maitre dans les limites de ma psyché, disait Stieg Dagerman.


Enfin, on ne se comprend pas soi-même. On ne le peut. Lors de ma dernière phase aigue j'ai tout compris ou cru le faire, inconscient béant, no limit. Je ne me souviens plus, je me rappelle juste que c'était atroce. Et les cyniques ont beau jeu de dire que tout homme ou femme est corrompu et guidé par le profit, c'est bien rigolo de le savoir et une posture de s'en vanter, mais une autre paire de manche que d'en avoir l'absolue lucidité et l'éprouver dans ces tripes. Foutons la paix à nos inconscients. Il n'existe ni trésor ni clé dedans. On peut éventuellement comprendre des événements de vie, des réactions que l'on a faites, des façons dont nous nous organisons dans certains systèmes, mais se comprendre soi-même, psychanalyste, philosophe ou libre penseur, nous le pouvons pas. Une conscience ne peut pas s'étudier elle-même complètement.


Et concernant la vie et ses aléas, je parle ici bien de la folie qui peut nous frapper, comme de toute maladie, j'ai cessé d'en chercher le sens. Des explications sont possibles et multiples, faisceau dhypothèses. J'ai moi-même eu et ai encore parfois des idéations ub delirantes à base de probleme neurocerebraux, de tumeur jamais détectée, et je comprends même qu'on attribue idées et hallus a dieu, aux extra terrestres, à la cia, à la magie. Parce que c'est très fort, on veut savoir pourquoi. La vie n'a pas d'intention et à moins d'en attribuer une à un être divin, la vie est absurde. Mais je cesse de vouloir comprendre, vouloir tout expliquer, tout le temps. Je ne me comprends pas, je ne comprends pas les autres personnes NA et encore moins les personnes NT. Et ce n'est pas bien grave. Nous trouvons des moments communs, des paroles communes, des idées.



samedi 16 juillet 2016

Mes mots sur des épisodes






J'ai fait plusieurs tentatives et longuement hésité avant de tenter dans ce billet de poser des mot sur mes vécus de crises aiguës ou longues. D'abors sans être sûre de l'utilité - mais je le fais à toute fin utile, parce qu'On me dit "je ne comprends pas" (et pourquoi quelqu'un-e pourrait-iel ou devrait-iel comprendre exactement ces vécus ?), que ce n'est pas par fascination, que nous fou-olles sommes peu entendus et que les mots posés le sont tous de l'extérieur et que plus je lis des articles sur les schizophrénies et particulièrement les troubles schizo-affectifs plus je juge que cela manque. L'observation de l'extérieur n'est pas celle de l'intérieur, évidemment.
De plus les mots manquent pour décrire des phénomènes intra psychiques et certains ressentis, ils n'existent.


Les longues crises sont marquées par des idées subdélirantes, que je critique quasiment toujours. Je vis une déréalisation, une "mise à côté" de la réalité. Comme si, en plus de voir le monde de façon "filtrée", déformée, je le vivais et le comprenais ainsi. Quand je "reviens", qui est mon expression favorite (et en fait, je m'en rends compte simplement maintenant en écrivant, je veux juste dire que je reviens dans la réalité) j'ai l'impression de chausser des lunettes à ma vue, de voir et appréhender le monde de façon plus nette. D'être "recalée" dans le monde.
Mes thèmes délirants sont assez variés, ceux qui sont le plus revenus sont des idées de jalousie, les plus brutes et douloureuses, qui me rendent le plus agressive (hetero et auto) Je me bats contre ces idées férocement mais je ne peux pas toujours lutter - et il faut savoir que même en sachant rationnellement qu'une idée est erronée, le vécu est si réel, si violent et s'étend en tant de ramifications qu'il est extrêmement difficile de lui échapper. Cela prend appui sur divers mécanismes psychiques d'interprétation, d'hallucinations ou d'illusions ("hallus" avec une base réelle, comme voir une cerise et penser que c'est une tache de sang, par exemple), de convictions et intuitions délirantes : ma psyché est envahie d'un faisceau d'indices contre lesquels je ne peux lutter. Et il est impossible de me prouver calmement que j'ai tort : on ne peut prouver l'inexistence de l'infidélité.
J'ai aussi déliré concernant la Déesse Mère, Freyja, cela était un thème beaucoup plus paisible, l'inquiétude venant du sentiment de me décoller de la réalité, du fait que je savais qu'il s'agissait d'idées bizarres. Je pouvais entendre Freyja me dire quelques mots, répondre à mes questions, je lui parlais, je lançais des sortilèges, cependant dans les troubles schizo affectifs l'épisode est plus comme un "rêve éveillé", confus, flou, avec des moments "d'éveil" et des moments de "rêve". Je savais cacher cela.
Un thème récurrent aussi a été celui d'être enceinte d'un enfant mort, qui peut me chatouiller encore parfois. Ce thème ne m'angoisse pas même spécialement, j'ai juste envie de me débarrasser, de me libérer.
Bien sûr les thèmes sont hautement symboliques, perso je suis convaincue de l'existence d'une cause physique de dérangement neuronal qui s'exprime selon mon vécu et mes angoisses/fantasmes.

Dans le même temps je vis des troubles de l'humeur, des états hypomanes (surexcitation) puis mixtes (à la fois maniaque, hyper speedée, et profondément dépressive) Je m'agite beaucoup physiquement, je mange moins ou pas, je dors peu ou pas - par moments a contrario je suis très ralentie physiquement, les moments de douleur morale, j'ai même du mal à porter ma main à ma bouche, je pleure ou encore n'arrive plus à pleurer, je n'ai pas la force ne serait-ce que de me suicider. De la même façon je suis sois hyper sûre de moi avec des idées de grandeur, je suis géniale, je vais écrire de la littérature psy de qualité et être publiée, je vais faire des recherches, passer un doctorat de lettres etc (sur ces thèmes) et à d'autres moments, ne pas exister, je vais mourir sous peu d'abandon, mourir sous la neige, je suis déjà morte dans un véhicule corporel sans but, je suis un "robot", je suis si étrangère au monde que je ne suis pas un être humain, rien ne fait sens. J'insiste sur la perte de sens qui est hyperaiguë et complètement confusante. Même me laver ne fait pas sens, je ne sais plus à quoi ça sert, je me sens ridicule sous la douche.
Je me montre parfois euphorique, pêchue, parfois très sombre, abattue, douloureuse. Parfois les deux en même temps. Ce sont, pour la petite histoire, des moments où j'apprécie particulièrement Emil Cioran comme lecture.



Mes états anxieux sont difficile au possible à expliciter. S'entremêlent des troubles du cours de la pensée (hyper lente ou rapide, souvent très rapide et chaotique) qui forment comme un brouhaha, mais que je n'entends pas, mes pensées font effet cocktail. Mais en même temps j'entends (hallu) de l'extérieur et de l'intérieur de ma tête un brouhaha. Il y a donc les trois. Je sens mon cerveau "surchauffer", sur travailler, je ressens cette fatigue physique du cerveau. Avec un point de pulsation intracrânien, comme on a aux tempes lors ou après un effort violent. Mes pensée sont brutes, je ne les contrôle pas. Comme un flux d'information, mais tronquées, brutes, très très rapides qui circulent. Pour mieux expliquer peut-être comparer avec un événement que l'on comprendrait d'un coup en mettant en relation des tas d'infos. Quand on se dit "ah mais oui bien sur" et que les choses concordent (à la fin d'un polar par exemple), ce moment où expliquer le raisonnement prendrait longtemps mais les liens se font en une nano seconde. C'est ce qui est contenu dans cette nano seconde que je "pense malgré moi", qui "se pense" tout seul dans la tête, en continu, pendant de longues minutes, voire heures. Je dis que "ça pense vite dans la tête" et c'est épuisant, et très douloureux. Douloureux comme un agacement à son paroxysme, mais durant de longues minutes, des heures, la dernière fois des jours entiers. Là je me sens menacée de destruction, de mort psychique, de mort du cerveau.
C'est donc tout un ensemble de sensations, sentiments (peur voire terreur, angoisse, tristesse), pensées, hallucinations (j'entends aussi des cris de chouette et de tourterelle, répétés)
Cela ne m’empêche pas tout le temps de penser par moi-même, je peux m'exhorter à être forte, à lutter, à rester entière encore une minute, encore une heure. J'ai du mal à communiquer, ça se voit par des barrages (arrêt de la parole au milieu d'une phrase. Essayez de converser en étant intensément concentré sur une action qui, si vous la faite même seulement un tout petit peu imparfaitement entrainera des blessures voir la mort. C'est ça mes barrages de l’intérieur, quand je me tais je me concentre sur le cheni intérieur. Pour ne pas mourir.