lundi 30 novembre 2015

Trop c'est pas assez






J'en veux sûrement trop, je ne suis sans doute pas au clair avec ce que j'attends de moi, avec ce que j'attends d'autrui.
Je veux
Je veux être qui je suis, je veux vivre en défonçant la vie, je veux accepter sinon aimer ma schizophrénie, je veux être une bonne personne, faire, devenir, apprendre, me réjouir, jouir
Mon cerveau est pataud et moi-même la folle follette je me compare à un jeune chiot, tout plein de bonne volonté et d'amour mais qui trébuche , marche sur ses propres pattes et poursuit sa queue longtemps.
Mon cerveau a des ratés et des couacs, mon lourd traitement n'aide pas à penser, je me fatigue si vite mentalement.
Mais je veux
Je veux étudier encore, du français et de l'anglais, de l'Histoire et de la géo.
Je veux accéder au DAEU, je veux faire une formation d'écrivain public pour donner quelques heures bénévoles, pour être au contact, pour être en contact, pour donner à la société comme elle me donne à moi.
Je veux lire des tas de livres, des romans, de la sfff, des essais, de la poésie, du théâtre, je veux me nourrir de mots, je veux bouffer des idées et de la littérature, je veux m'enrichir de tout cela, de ce firmament presqu'infini de livres.
Je veux aimer, je veux couvrir mon très bel amour de mon affection immense, de mon respect, de mon désir, de mon admiration, de mes petits tiquages devant ses charmants défauts, de vie commune encore et encore, de partages de richesse intérieure encore et encore
Je veux aimer mes ami.e.s et partager aussi avec euxlles des caresses psychiques, de la musique, des mots des lettres, des rires des joies, des chagrins et des peines immenses, parfois.
Je veux déambuler dans la cité et dans la nature, parcourir petites routes et nationales en voiture brinquebalante, même si me repérer dans l'espace me demande tant d'effort que conduire m'est très délicat.
Je veux des soins, du soutient, beaucoup, plein, échanger avec les soignant.e.s, me réchauffer et me renforcer à leurs mots, leurs ordonnances de pilules et d'ateliers, de rencontres et de lrarades, parfois.
Je veux soutenir ma famille, je veux une distance très juste, de ces distances qui n'existent que dans mes rêves, mais je veux rêver et je veux, oui, je veux que mes rêves se réalisent.
Tout m'est difficile, On m'a dit un jour "oui, vous faites beaucoup d'efforts pour vivre", tout m'estv difficile mais peut-être que rien ne m’est impossible, il ne suffit pas de vouloir pour avoir, oui, oui, mais je veux trop et trop c'est poas assez.

jeudi 26 novembre 2015

Trop et pas assez malade






Un jour mon psychiatre, embêté face à mes difficultés au travail et ma volonté, pourtant, de bosser, m'a asséné "Le problème avec vous c'est que vous êtes trop malade pour vivre bien et pas assez pour bénéficier de réelles aides"

Me voilà bien emmanchée, me suis-je dit, que dois-je faire maintenant. Il m'est venu à l'esprit cette phrase, que je cite de mémoire donc approximativement et qui doit se trouver dans 1984 : "la liberté ? La liberté d'être un rond dans un trou carré ?" ou un carré dans un trou circulaire. Voilà l'esprit
Tu vois l'délire
Et apparemment je ne suis pas la seule à être dans cette position inconfortable.
En réalité je n'y suis plus, je n'y ai peut-être jamais été, j'y ai été assignée, placée.

Trop malade ET pas assez.

Durant certains phases de mes troubles schizo-affectifs, je suis clairement à la dérive, soit sur un mode, le plus fréquent, très dépressif
vit seule avec son chat dans un état d'incurie depuis des mois
soit hypomane à mixte, c'est à dire dans un état de grande excitation psycho motrice, à un état exalté et profondément dépressif à la fois.
Je n'ai alors plus vraiment toute ma raison. Des idées sub délirantes m'envahissent, je laisse mon corps à l'abandon (obésité, maigreur, saleté, alcool), je suis angoissée sans cesse, je ne dors plus ou alors je dors tout le temps, j'ai des idées de grandeur ou d'indignité profonde ou les deux à la suite dans un cycle très rapide, etc. Je me scarifie, je fais des "scènes", je pleure, je suis prise de crise d'angoisse paroxystique, je crie ou je me prostre...
la folle en habit de folie
Personne ne peut nier ma maladie. Personne ou presque car durant d'autres phases, je suis adaptée, je prends grand soin de mon corps, je me sèvre de l'alcool, je me remets à lire, travailler, sortir...

Alors, je ne sais pas, le célèbre On pense que je le fais exprès d'aller mal ou de me laisser aller, j'entends même que moi ça ne me fait rien et que j'oublie la douleur infligée à mes proches. Qu'il faut me secouer, et toute les bullshit invalidant ma parole et ma souffrance, soit positive, lave-toi ça ne coûte rien, perds du poids, dors régulièrement, y'a tant de gens qui t'aiment et tu ne le sais pas.
Cela va de pair avec une méfiance de ma parole et de mes décisions, toujours. Je ne suis pas la seule à vivre dans l'ambivalence et le paradoxe. Après tout, dit On, je suis folle, je ne sais pas gérer mon argent (j'ai été sous curatelle), je ne sais pas m'occuper de moi, de mes chats, de mon appartement. Je ne peux pas décider de ma vie, de mes soins, de ma carrière.

Je n'ai donc pas le droit de "me plaindre" tout en étant catapultée dans la case de la fille qui ne sait pas ce qu'elle fait.Visiblement je suis "malade quand  ça [m']arrange". "On ne peut rien [me] dire" Mais ça ne m'arrange jamais d'être malade. Et il faut entendre ce qu'On me dit.

Certains soignants sont assez perplexes aussi. Infirmière libérale ne colle pas avec ma personne physique au moment M ni avec mon dossier médical de vieille folle à chats ni avec mon diagnostic.

On me juge "pas assez malade" pour une auxiliaire de vie (ménage), "trop malade" pour pouvoir vivre seule dans le ch'ni, "pas assez malade" pensait-on, pour une AAH mais "trop malade" pour pouvoir vraiment travailler.

Prise dans ce truc je pensais moi aussi être capable, pouvoir faire, devoir faire. Si je cessais le taff et qu'on ne m'accorde aucune aide parce que "pas assez invalide" ? Mais en même temps reprendre mon poste et commettre des erreurs ?

Dites, avant de taxer les gens d'ambivalence, ou d'être pris.e.s dans des paradoxes très schizo, prenez en compte les messages que vous envoyez.
wink wink


Enfin, en discutant avec une pote, je me suis aperçue que nous étions toustes dans ce truc là, dans le trop capable pas assez capable, malade mais pas malades.

Simplement, écoutez quand je vous dis "je suis schizo" c'est pour aller vite, c'est informatif. "Je vis avec une schizophrénie" c'est je vais bien. "Je souffre d'une schizophrénie" c'est que je vais mal.

mercredi 18 novembre 2015

Altérité, le risque de la psychophobie






J'écris ce jour, 18 Novembre à une très courte distances des tueries de Paris.

J'ai partagé sur la page Facebook l'intervention du 10 Janvier 2015 de Cyrulnik.

Il m'est important de dépsychiatriser, dépsychologiser les auteurs des attaques meurtrières, abominables. Ils ne sont pas "fous". Quand l'horreur surgit nous avons tous besoin de rejeter les coupables dans l'altérité tant nous avons du mal à comprendre pourquoi nous avons si cruellement été atteints, si aveuglément.

Nous ne sommes pas l'Autre, nous ne sommes pas l'inquiétant étranger, nous sommes humains. Nous ne sommes pas hors de l'humanité - je ne comprends pas le crime, je ne cherche plus à le comprendre. Il y a sans doute des modes de pensée qui nous échappent complètement, des référentiels moraux antagonistes aux nôtres (croyons nous, sans doute, je suis en pleine lecture des Identités Meurtrières d'Amin Maalouf)

Je suis bien incapable de faire une quelconque "analyse" des événements venant de se produire, je trouverais d'ailleurs cela indécent, mais beaucoup de "retours" me pèsent. Me mettent mal à l'aise, en tant que malade psy.

Les injonctions à boire de l'alcool, les injonctions à être heureuse - pour résister. La résistance à la douleur morale est une partie de l'histoire de ma vie. La résistance à l'alcool aussi. La configuration change, des drames ont eu lieu, d'autres surviendront j'en ai la conviction. Oui, je suis préoccupée, oui, je lutte pour le bonheur comme j'ai toujours lutté.

Je vous demande, ami.e.s, de ne pas englober les terroristes dans les"fous", je vous demande de ne pas adhérer à ce que j'ai pu lire sur les "délires mystiques". Que va-t-il arriver, sinon, aux usager.e.s réellement aux prises avec un délire mystique, ceulles qui se vivent Jesus, Mahomet, Dieu lui-même ? Je garde confiance envers les soignant.e.s pour garder juste mesure et ne pas dénoncer des états de souffrance ou d’exaltation, transitoires, aux forces de l'ordre. L'hôpital (hospitalis domus, maison où l'on reçoit les hôtes) est un lieu de soins, de refuge, un abri. Je garde la confiance qu'il le restera.

Mon intentio n'est pas moraliste, mon billet est ma pierre vers la construction permanente d'un certain vivre-ensemble.


mardi 17 novembre 2015

Super-pouvoirs et lointains bugs - où je vais quand je m'absente



J'ai appris dernièrement en lisant un article que 80% d'entre nous, schizophrènes, avons des "troubles cognitifs", ce qui était spécifié par troubles de la mémoire immédiate, de l'attention et difficultés à se repérer dans l'espace.

Lisant cela je me suis dit "Hhhhhhhha" et me suis trouvée vachement soulagée. Car je souffre de tous ces troubles, en plus d'une "maladresse" légendaire depuis mon enfance (une pseudo dyspraxie) et ce que l'on me renvoie est que je suis une je-m'en-foutiste qui ne fait attention à rien.

J'y pense depuis quelques temps, déjà, depuis le moment où je suis "tombée du déni" et, me rendant pleinement compte que je suis schizophrène, me suis mieux penchée sur les causes neurologiques.

Mon psychiatre m'a expliqué plusieurs choses "cerveau reptilien et cerveau "raisonnable" mal équilibré, me forçant à penser consciemment à mes émotions sans cesse pour rester "équilibrée". Cela cause une fatigue physique du cerveau, terme que ce psychiatre m'a proposé et qui me plait beaucoup.

Donc je suis maladroite, tête en l'air... Je me perds partout, je casse des objets, je ne me rappelle de rien...C'est pénible pour tou.te.s mais au final surtout pour moi.

Imaginez-vous dans un magasin de porcelaine, vêtu.e de trois pulls, d'une doudoune et de moufle, devant manipuler des objets fragiles tandis que d'autres sont en précaire équilibre partout, tandis que, sous l'emprise de calmant ou d'un peu trop d'alcool, vous recevez des consignes.

Pas facile. C'est un peu ma vie quotidienne.

Alors, o sont mes super pouvoirs ? Une chose dont je ris, c'est ma capacité étonnante à savoir ouvrir tous les emballages "ouverture facile" que mes connaissances NT ne peuvent ouvrir qu'à la tronçonneuse. J'ai élbaoré une théorie comme quoi ils étaient conçus par des gens "maladroits" ou dyspraxiques, et que seuls les "maladroite et dyspraxiques" comme moi sont en mesure de les faire opérer.

Pour mes troubles de l'attention, je vis de longues absences. Je les appelle les absences.

Pendant toute la première partie de ma vie disons jusqu'à mes 38 ans, j'avais la capacité de "m'absenter", quand je m'ennuyais ou sous le coup du stress (auto-hypnose spontanée) et en même temps d'enregistrer ce qu'il se passait sans chercher à le comprendre.

Mon exemple est la réunion qui s'éternise, surtout pour une secrétaire. Je pouvais parfaitement prendre des notes exhaustives (qui parle, que dit-iel ?) tout en pensant à complètement autre chose, ou en dormant. Si on me demandait mon avis, j'étais capable de repasser la bande sonore des 30 secondes qui avaient précédé, l'écouter et la comprendre, et répondre. Je présente mes excuses à mes supéreiurs pour ces siestes éveillée, néanmoins je faisais mon travail correctement.

Maintenant, évolution de la maladie, forte charge en benzo et baclo, je ne le peux plus, quand je m'absente, je ne suis plus du tout là.

Pour ce qui est de dormir éveillée, là encore je pense qu'il s'agit d'un état de transe auto-hypnotique. Je dispose d'une espèce d'interrupteur mental, que je peux actionner et, par exemple, tous les matins je fais ma gym en dormant. Un seul de mes neurones est vigilant pour capter les consignes du DVD et les éxecuter, pour le reste, je finis ma nuit.

Où vais-je quand je m'absente ? Souvent, comme c'est involontaire, je "prends" inconsciemment un bout du film, de la conversation, d'un livre (oui, je m'absente en lisant, et pas que des ouvrages que je trouve ennuyeux). Je pense à des moments, à des conversations, à des trucs et des machins, bref, je somnole, je rêvasse.

Quand le déclic est volontaire je pense à des chats, un jardin japonais en fleurs sous la neige, au Lac Léman.

Désormais, benzo, âge, alcool consommé par le passé, mon pauvre encéphale part en brioche. Comme tout le monde j'ai été très choquée par les tueries du vendredi 13. Je me réveille à peine péniblement. Mon très bel amour a compris, toujours bienveillant, sans doute inquiet. Mes bugs étaient longs et fréquents. e me remets, comme nombre d'entre nous, et la façon dont ces attentats m'ai "impactée" ne présente pas grand intérêt.

J'ai tout de même entendu parler de "psychose collective", de "délire mystique" et de "fous" et "d'idiots". Je laisse pisser pour le moment, à tort ou à raison. Je ne risque pas, comme les personnes racisé.e et/ou musulman.e.s d'humiliation, d'oppression pire encore... Dois-je attendre que dans les HP des arrêtés obligent les soignant.e.s à dénoncer les propos problématiques des usager.e.S ? Comme on nous avait demandé (circulaire) de balancer aux flics des étrangers en situation irrégulière ?

Je me réveille dans le chagrin, et la lassitude, déjà.

vendredi 13 novembre 2015

De quoi PN est-il le nom ?"


(ceci est une boite, mets ton ex dedans)

Je lis encore de trop nombreux articles pseudo scientifiques sur ce diable moderne que serait "lae pervers.e narcissique".
Il s'agit d'un concept bidon, ne désignant rien ni personne au niveau psychopathologique, et servant volontiers de fourre-tout pour ranger bien "proprement" un.e ancien.ne amour.e ou un patron vindicatif. 

De quoi pervers.e narcissique est-il le nom ? De la psychophobie, de la peur presqu'universelle des relations affectives, de ce qui nous arrive à quasi tou.te.s (sauf quelques personnes qui me rendent admiratives) au décours d'une relation amoureuse qui devient difficile, moche
... ou se termine.

Bien évidemment la maltraitance psychologique existe et c'est vivre une horreur que de la vivre. Bien sûr il existe des gens cruels au foyer et adorables en société... Je ne renie pas pour ma part la notion de "pervers" (perversité = jouissance à infliger le mal, différent de "perversion" qui désignerait une "déviance" sexuelle) mais stop.

Plusieurs choses sont à l'oeuvre qui se voient chez des personnes dites perverses, mais qui dans les nombreux articles sont délayées et rendues vagues et peuvent correspondre à grand nombre d'hommes et de femmes, sont diluées et élargies.

Mon gros problème face au terme et son usage généralisé est la psychophobie qu'il véhicule. "Iel me fait du mal, c'est qu'iel est fou.folle"

De cette façon là et aussi de manière cruelle pour les personnes, porteuses de troubles psy surtout, qui éprouvent des difficultés dans leurs relations amoureuses. Je pense aux notions de "chantage" (j'ai évoqué dans mon billet sur la mort le "chantage au suicide", la dépendance affective soulignée ("iel ne vous quittera pas"), d'être différent.e dans la sphère privée et sociale (ici aussi sans précision, après je pense que tout le monde se présente de manière policée à l'exterieur et "plus nature" chez soi, à tort ou à raison)

Ouane again, les mots sont importants, les concepts sont importants. Ne psychiatrisons pas les gens, n'utilisons pas des "diagnostics" comme des insultes ou des cases à ranger les malfaisants (idem pour le tueur psychopathe, le terroriste fou, le serial iller schizophrene), apprenons à vivre ensemble, ne diluons pas les souffrances des victimes en amollissant les concepts et les diluant.


jeudi 12 novembre 2015

Harcèlement à l'HP



A l'hôpital comme partout les femmes peuvent être victimes de harcèlement. Cela va de la proposition sexuelle plus ou moins crue aux gestes déplacés...
Il est complexe pour les soignant.e.s de "réguler" ce "problème", je l'entends bien (j'y ai été également confrontée en tant qu'infirmière) il n'en est pas moins que lorsque l'on va très mal (au point d'être hospitalisé.e), se faire demander en boucle une fellation à 6h du matin est dur et cru, insupportable.

Longtemps je n'en ai rien dit. Cela est triste mais le harcèlement est partout et je me demandais ce que les infirmier.e.s pouvaient faire.

Iels ne font rien - ou pas grand chose.

Je fus victime du "mais vous c'est pas pareil", entendre "Vous vous êtes raisonnable, vous êtes d'un "niveau supérieur", lui il ne peut se maîtriser, il n'est pas méchant il ne va pas vous violer, vous êtes en mesure de comprendre"

Ce qui est en fait la réponse très souvent apportée aux femmes se faisant agresser dans l'espace public. "Au fond ce n'est pas bien grave, inutile d'avoir peur"

Reste que le harceleur n'est pas "repris" le plus souvent. Son comportement problématique envers toutes les femmes est connu et ça embête bien les équipes mais que faire ? A iels de trouver les réponses. Je note cependant qu'insulter un.e infirmier.e.s ou un.E médecin est recadré, les mots crus envers une patiente, beaucoup moins.

Ma dernière hospit' fut super, vraiment et m'a beaucoup aidée, en service ouvert, super équipe. Il m'est arrivé un pépin cependant. C'était ma première matinée dans le service, j'étais en cours de rémission d'une décompensation quasi catatonique et encore incapable par exemple, de réaliser une déco de noel proprement.
A 5h du matin je me suis réveillée, comme tous les matins, et j'ai voulu aller fumer sur la terrasse. Les feux étaient encore éteints et je cherchais mon chemin dans le noir quand un homme, que je ne voyais pas dans l'obscurité, m'a hélée en chuchotant pour me dire bonjour.
Cela n'a rien d'exceptionnel et j'apprécie toujours lier des connaissances, à l'hôpital ou ailleurs Il a tenté de me faire la bise en me passant un bras autours de la taille, j'ai pu reculer et imposer une poignée de main. Je n'avais alors pas peur. Il m'a signifié que la terrasse était encore fermée "ma pauvre" et a ajouté "tu me suces en attendant ?" j'ai refusé vivement et ai filé dans ma chambre loquet fermé.

Mal à l'aise je n'ai rien signalé à l'équipe à ce moment là. Un ou deux jours plus tard, au cours d'un atelier esthétique, je m'en suis oiverte à l'infirmière, un peu sur le ton de la plaisanterie. "Il m'a fait des propositions indécentes" Elle s'est montrée surprise, choquée serait un terme trop fort, et m'a vivement conseillé de le signaler au psychiatre chef de service. Je lui ai dit que je le ferai. J'étais rassurée que l'incident soit pris au sérieux.
Plus tard dans la journée un infirmier m'a reparlé de cet épisode de harcèlement, me redisant d'en parler au psychiatre et, si j'en ressentais le besoin, de déposer une main courante au commissariat.
C'est là que j'ai commencé à flipper. Je ne saurai jamais si l'homme qui m'a proposé de le sucer de bon matin avait des antécédant de crime ou délit sexuel, mais c'est vraiment ce que je me suis dit.
Et puis ce type m'a couvé d'un regard noir, m'a fait des remarques "par ta faute je vais devoir voir [nom du psy]"
J'avais peur. Je me rendais compte du problème : l'agresseur est repris, mais il reste dans le même service o les équipes ne peuvent être présentes sans cesse. En quasi huis clos.
J'ai été reçue par le Dr S. J'ai du redire le déroulement des événements tandis qu'il pianotait sur son ordinateur. Il m'a demandé les termes exacts (toujours vaguement soupçonnée de "fantasmer" voire "délirer") J'ai répété les termes exacts, il a sursauté.
Et rien.
L'homme en cause ne venait que le we et je ne suis pas restée hospitalisée longtemps, mais le malaise était là tous les vendredis soir.


L'hôpital est le lieu o, usagere schizophrène, femme à la libido galopante, je suis censée être protégée de mes "pulsions". Je le suis moins des "pulsions" des hommes harceleurs. Ici l'affaire a été prise en grand sérieux. Honnêtement je ne sais pas ce que l'équipe aurait pu faire de plus et je les remercie chaudement d'avoir écouté mon récit et acté une réaction collégiale. Cela doit à mon sens être réfléchi et je comprends bien les complications. Les femmes vivant avec des troubles psy sont plus souvent abusées que les femmes n'ayant aucun trouble psy (qui en subissent déjà énormément)

Je termine en disant que ce ne fut pas le plus "pénible" pour moi, le plus insupportable est l'usager dit déficitaire qui répètes en boucle "tu me suces tu me croques ?" pendant 20 minutes le matin et dont le comportement agace les équipes sans qu'il semble "possible" d'y remédier. Mais au moins qu'on ne sous entende pas que c'est bien naturel, que je peux "comprendre" et que je suis en sécurité. Il ne me violera pas, mon intégrité n'est pas en danger, je peux comprendre que cet homme n'ai pas les capacités de restreindre tout ceci, mais qu'on le lui restreigne, nom de bleu, ce n'est pas anodin, ça ne me fait pas rien, on ne peut décemment pas passer ces mots sous le "de toute façon il est comme ça". Le dit-il à une infirmière ? Jamais. Donc il sait se restreindre.

mercredi 11 novembre 2015

Sexualité, oppressions croisées

Ma propre sexualité est évidemment anecdotique mais je vais exposer les grands traits pour expliciter mon propos. J'ai une libido souvent foisonnante, elle a été aussi totalement en sommeil sur de très longues périodes, j'ai connu des relations fixes, exclusives, et des périodes où je rencontrais de multiples partenaires.

Je n'apprendrai rien à mes soeurs-femmes sur ce qu'il nous est dit de notre sexualité et à quel point elle est niée, bafouée, psychiatrisée, depuis les hystériques de Charcot, les nymphomanes. Combien l'on nous stigmatise : salope, coincée, toujours infantilisées et irresponsabilisées, quand y'en a beaucoup c'est de la nymphomanie ou un problème hormonal, quand y'en a pas c'est une névrose ou un problème hormonal. Heureusement que les hommes de + de 20 ans n'ont pas d'hormones, on n'aurait pas le cul sorti des ronces. Nous sommes censées ne pas savoir, que nos non veulent dire oui, que nos oui sont slut shamisés, etc etc etc etc

Quand on est folle, quand on est psychiatrisée, le fardeau est pire encore. Après le "tu aimes baiser avec plein de gens, tu dois être folle" est venu le "si tu as envie de baiser avec plein de gens, c'est parce que tu es folle"

J'en ai entendu, du grand classique du music hall "tu ne te respectes pas" au "tu dois être protégée de toi-même" "tu es dans une période où tu te roules dans le caniveau, il te faut te médiquer sérieusement, te protéger à l'hôpital" Je serais une adulte non responsable, traitée comme une mineure de moins de 15 ans, là o les non sont censés vouloir dire oui, mes oui signaient un état aigu de folie.

Alors bon, j'ai eu de multiples partenaires, j'ai souvent pris du plaisir, souvent pas trop aussi, ce sont les aléas des rencontres nombreuses, tous les gens ne s'imbriquent pas toujours de manière satisfaisante pour soi dans une osmose magique qui serait générée par le peau à peau (et les hormones), respect de soi ou pas au final c'est mon histoire (mon mépris de moi sous d'autres formes était très bien toléré par contre), respect des autres, oui, toujours (on ne demande jamais aux hommes s'ils se respectent quand ils fuckent avec des inconnues) et c'est ennuyant d'en parler parce que voilà, c'est anecdotique, je vis une sexualité parmi d'autres.

Dans mes moments sans libido, mes proches étaient très rassurés. J'étais calme, je me respectais, je n'étais pas malade, ou moins, ou selon un mode très acceptable : je ne leur semblais pas en danger. Peu importe que la flamboyance de ma libido soit liée à mon humeur, aille avec ma vitalité. J'étais semi morte, abominablement triste ou vide et abrasée, je souffrais de ne pas ressentir de désir sexuel (que je peux asouvir seule, parle à ma main) mais bon, j'étais bien rangée chez moi à me morfondre avec mes 72 chats.


J'en suis venue à culpabiliser, à me dégoûter (et la faille narcissique était déjà bien présente) à me qualifier de nombreuses perversions et paraphilies. Jusqu'aux jours o mapsychologue à qui j'en parlais en séance, de manière alambiquée mais en gros pour battre la coulpe, me dise calmement que la sexualité infantile c'est très bien, c'est riche, foisonnant, gai, ça va un peu dans tous les sens et c'est bien plaisant.


Joie. Libération. Empowerment. Je fus apaisée avec un sourire tout ravi de chat comblé.


La sexualité des schizophrènes est taboue. Comme nous sommes déresponsabilisées, infantilisée, bien des soignant.e.s admettent comme axiome que nous sommes incapable de donner ou refuser notre consentement. Tout homme, femme, autre genre est soupçonné.e de prédation en couchant avec nous. Voire ça dégoute un peu (vrai, de ce que j'ai entendu comme soignante) Les fantasmes vont bon train. Toute pratique sortant un peu des sentiers battus est marquée du sceau du symptôme, de la déviance, de la pathologie lourde, de la vulnérabilité face à un.e partenaire qui serait pervers.e et abuserait de nous.

Les troubles sexuels liés aux troubles (pour moi, la dépression) psy et/ou aux traitements sont très mal pris en charge. Les psychiatres s'affolent plus rapidement d'un trouble de l'érection chez un homme ("vite changeons de molécule sinon on risque la rupture de traitement") qu'un trouble du désir ou du plaisir chez une femme ("Il faut le supporter madame ça serait encore plus pire que pire si vous arrêtiez le traitement")


Je pense revenir dans une autre note, plus spécifiquement sur le harcèlement sexuel à l'HP.