lundi 14 mars 2016

Auto-soins - Le ménage

Le ménage a toujours été problématique pour moi. Je ne sais honnêtement pas si cela est dû aux troubles schizo affectifs. Mais en état "schizoïdo-mixte" (mon néologisme pour état mixte (moi c'est "hypomanie mixte dépressive") + symptômes schizoïdes, délires, hallus) je ne m'en préoccupe absolument pas, ni en état dépressif franc. Et ce que le Dr B m'a expliqué sur mes "troubles", c'est que mes cerveaux reptilien et frontal (rationnalité) sont mal équilibrés et me demandent un constant effort conscient pour se moduler, ce qui occasionne une fatigue psychique du cerveau. En gros je suis très vite en burn out.
Si j'arrivais à tenir à peu près mon logis dans une bonn e période et sans travailler, et étant célibataire, dès que je reprenais le taff, blam.

Des appart souvent franchement sales en plus du désordre, au point qu'un jour des voisins m'ont mis un mot pour que cessent les remugles venant de mon appart (phase mélancolique)

Au qotidien, vivant seule, c'était juste crade. DE plus j'ai ce truc d'effectuer ce genre de tâches pour autrui mais pas pour moi.

Mon père faisait le ménage chez moi, en faisant le forcing, ce qui m'était insupportable. Riuen de plus intime que sa propre crasse.
"On" pensait que je me trouvait "trop bien" pour "faire le ménage comme nous", que j'étais paresseuse bien sûr, que je ne "pouvais plus vivre seule"

Sans compter qu'un homme cradingue a "besoin d'une présence féminine" mais une femme cradingue est juste une grosse cradingue. Parait-il (ça transpire toujours, c'est violent)

Pour dire la vérité les tâches ménagères ne me déplaisent pas, c'est même assez agréable pour moi. Quand mon compagnon 'ma demandé de vivre avec lui, ma première réaction a été de lui dire "je suis un boulet au quotidien". Lui faisait le ménage comme toute grande personne n'est-ce pas, "pas assez à son goût", travail à l'extérieur prenant oblige.

Bon, j'ai emménagé. J'ai proposé, demandé même à me charger des tâches ménagères. Je les fais, étant maintenant à la retraite pour invalidité, ce qui me semble juste dans notre organisation et le partage. (n'empêche que ce sont le plus souvent les femmes qui font le ménages, féministes ou non, et que j'entends beaucoup dire que "mais bon c'est pas pareil il travaille beaucoup")

Je m'organise pour des taches ménagères à peu près comme un taff à mi-temps, avec des plus et des moins (périodes de forte activité et périodes de mous et je ne fais pas grand chose à ce niveau) A mon rythme. Je considère que c'est mon taff, qui n'est pas dans la cité ni valorisé mais qui existe en tant que travail.


Tout ça pour en venir à


Un-e proche ne fait pas le ménage ? Au hasard ce-tte proche a un diagnostic psy. Cela vous inquiète ? C'est chronique ? Alors j'ai une grosse envie de vous dire : mais qu'est-ce que ça peut vous foutre au juste ? J'ai une grosse tolérance au ch'ni et au cracra. Si ça vous heurte allez pas chez cette personne. Invitez-là chez vous, voyez-lae au café. Et oui, je peux vivre seule, comme des dizaines de millions de personnes dans le monde, je vivrai seule... dans un logement cradingue, et ça me regarde.

De celleux qui m'ont tant aidée

J'ai fait de bonnes et belles rencontres dans ma vie d'usagère.
Des soignant-e-s qui m'ont aidée.
Qui m'ont fait éprouver cette fameuse neutralité bienveillante, cette juste distance, qui m'ont guidée dans les méandres de mes états de douleur, et puis dans mes états non douloureux, qui ont accompagné le travail de reconstruction, de connaissance.
Des soignant-e-s
J'estime devoir la vie au Dr B médecin psychiatre hospitalier. L'HP a des défauts, je dis souvent en riant jaune que j'ai connu les derniers goulags français. Il n'empêche que j'avais besoin, de façon aiguë, d'un lieu pour me couper d'un logis ravagé, de mes envolées addictives destructrices, de mes pensées déliarntes en boucle. Ce leiu avait ses défaiuts mais le Dr B m'a toujours accueillie, il m'a aussi laissée partir après une ou deux semaines de soins et de repos. Ma dernière hospit fut superbe, dans un service neuf beau et ouvert avec des soignant-e-s tr-s présent-e-s, une liberté d'aller et venir de l'HP à la cité, beaucoup de calme.
Le Dr B m'accueillait à l'arrache, j'arrivais un jour avec mon sac polochon et hop, j'avais une place.
Il ne m'a jamais caché mes diagnostics, il a toujours été pédago. Big up.
L’assistante sociale du service déboîte. Elle est la personne qui m'a fait recouvrer des droits sécu en cinq jours, une mutuelle en six, une wonderwoman des droits sociaux.

Une rencontre si lumineuse fut celle avec JB, une psychologue en ville. Durant quelques années elle a accompagné mon travail sur moi-même. Patiemment. Un an durant je pleurais, je régressais. JB accueillait mes plaintes, ma dépression immense, mon angoisse massive. Puis j'ai parlé. Je suis devenue moi, je suis devenue une, j'ai recouvré mon unité; je le dois à ce travail dans lequel elle m'a guidée et accompagnée. Elle est vraiment une belle personne.

Et des infirmier-e-s et aides soignant-e-s.

Et des lieux de soins, vers lesquels le Dr B m'a dirigée, un centre de cure alcoolique, une clinique privée, parfaire ma convalescence, travailler encore.

"On" n'est pas toujours tou-te seul-e, on n'est pas toujours maltraité-e. Les belles rencontres existent, étayent et sauvent tant.

samedi 12 mars 2016

Le défi des diagnostics




"On" parle beaucoup de diagnostic, d'auto-diagnostic, de l'importance de le savoir, de ne pas en tenir compte au contraire, de ce qu'il implique, apprend, désapprend, trompe.

J'ai cherché tout d'abord une définition et me suis rendue sur Wikipédia.

Nous avons donc ici

"
Le diagnostic est le raisonnement menant à l'identification de la cause (l'origine) d'une défaillance, d'un problème ou d'une maladie.
[...]
Ces deux termes diagnostic et diagnose proviennent de la même racine étymologique grecque διάγνωση, diágnôsè, à partir de δια-, dia-, par, à travers, séparation, distinction et γνώση, gnôsè, la connaissance, le discernement ; il s'agit donc d'acquérir la connaissance à travers les signes observables. Le terme diagnostique est un adjectif (ou le verbe diagnostiquer conjugué). Il peut désigner :

(...) Diagnostic médical, démarche par laquelle le médecin, généraliste ou spécialiste, la sage-femme ou le chirurgien dentiste, ou encore le psychologue au Canada, va déterminer l'affection dont souffre le patient, et qui va permettre de proposer un traitemen."

 

Je vous renvoie à la recherche plus précise du wiki du diagnostic médical.

 La chose que j'en déduis est que, dans le sens où on l'emploie, dans son sens premier, il est établi par un-e spécialiste du domaine concerné.

Je pointe ce passage dans le sens où nous pouvons toustes discuter des concepts mêmes, des termes, de ce qu'ils recouvrent, par qui et pourquoi ils ont été instaurés. Pas par des concerné-e-s. Et pour un certain nombre, par des spécialistes psychophobes. Je n'ai pas encore lu de théorie sur les neuroatypies et les mouvements antipsychophobies je ne m'avancerai donc pas plus, mais peut-être les catégories, si ce n'est fait (et je pense que des gen-te-s ont déjà fait de la recherche à ce sujet) devrianet-elles êtres revues, renommées, dé-clivées, je pense notamment au spectre des psychoses (les fous) souvent mis dos-à-dos avec les personnalités de type névrotiques ("normalement névrotiques") Que partant de là, nous devrions peut-être créer un nouveau terme sur le concept de "mettre un mot, définir afin de mieux comprendre" cette particularité que j'ai, que je suis, ce que j'éprouve, mes souffrances si souffrances il y a, bref, ce qui fait de moi quelqu'un de neuro atypique.

 

Je note aussi que toute une partie ds personnes NA, je pense aux autistes et aux HQI, dénient ce terme aux "malades", aux fous, car "neuroatypiques" signerait un fonctionnement neuro different de la majorité et que par ailleurs il a été créé par une communauté aspie. Je trouve cette réaction, qui ne me semble pas une majorité cependant, profondément psychophobe, enfin on va dire que nous autres fous étant rejeté par à peu près tout le monde, un groupe de plus ou de moins...

 

 

Je reviens au diagnostic, je garde pour cet article le terme dans un souci de clarté.

La position des NA, des usager-e-s : le savoir, le plus tôt possible.

La position de bien des soignants : être réserve, ça prend du temps de poser un diag (ici on compte en années hein), dans le cas de psychose c'est houlala, on n'est pas sûr, et puis ça enferme dans une case et en plus dire à un-e psychotique qu'iel est psychotique, ça risque de lae faire décompenser. Variante : lâcher le diagnostic tout nu sans rien autour, laissant libre court aux craintes, souvent infondées. Ah, autre classique du music hall "oui mais la famille"


Mon opinion vaut ce qu'elle vaut hein, je fus soignante, je fus et suis usagère : j'ai été longtemps en quête d'un diag et j'en ai eu plein. Par ordre d'apparition à l'écran : Névrose d'angoisse, dépression caractérisée, trouble de personnalité border line (+ psychopathie), schizophrénie paranoïde, troubles bipolaire (forme sévère), troubles schizo-affectifs. En effet on a été long à me trouver un diag. mais on va dire que les quatre derniers se rejoignent assez sur les symptômes. (troubles schizophreniques + troubles de ml'humeur entrainant des troubles addictifs et du comportement, auto agressivité)


Mais ils m'ont presque tous été dits. (le reste ce sont des psys qui pensent que je ne sais pas lire à l'envers quand ils prennent des notes en face de moi) Un peu à l'arrache, ils m'ont été dits, parce que "vous êtes infirmière vous savez". Pour le dernier, par "trouille" peut-être, aussi.


J'aimerais donner un conseil aux NA tout de même concernant le diag : je crois que c'est bien dans les premiers temps de se concentrer sur les symptômes, les souffrances, les trucs qui clochent. C'est vrai que ça peut être long de poser un diag et surtout, on évolue. A vingt ans je présentais tout un tableau de TPB "comme dans les livres" et peut-être qu'alors je l'étais. J'ai évolué. Et prenons conscience qu'un mot sans explication n'est pas très aidant. Mais je parle en vieille femme, maintenant on peut trouver des groupes et des ressources sur bien des choses, qui sont très aidants. Ce que j'essaye de dire est que l'important est qui je suis, et que la pathologie-handicap-neuroatypie-whatever, ben c'est soi, c'est pas un objet curieux blotti au fond de nous, même si ça peut en donner vraiment le sentiment. Je prêche pour ma paroisse, un peu, j'ai été tellement prise dans le "Ju bien/Ju va mal" je me suis tant clivé et ça a tant retardé ma rémission. Le diagnostic n'enferme pas dans une case, mais il peut au contraire couper de la maladie. Ca peut être se distinguer soi de soi en état de maladie, alors que c'est toujours bien soi. Ca peut être se cliver. Honnêtement j'ai beaucoup, beaucoup plus vcu ça qu l'identification à mon diagnostic.


Et pour les spécialistes : Oui, je sais que ça prend du temps de poser un diagnostic. Rien nempeche de parler des symptômes. Rien n'empêche de parler de pistes lorsqu'elles sont valides. Je sais que ça aussi peut prendre du temps. Rien n'empêche de dire, vraiment "vous êtes actuellement en état de souffrance". Voir plu haut sur le "ça enferme dans une case" que j'ai beaucoup entendu. "lusager va prendre son diagnostic comme identité et du coup ne jamais aller mieux pour garder cette identité". Hey, rein n'empêche de formuler "je pense que vous souffrez d'une schizophrénie" ou autre. Et ne pas lâcher ça ainsi. Mais j'aborderai bientôt la rémission et le rétablissement. Qui existent. Expliquer "c'est cela" demander "quelle image vous faites vous" Les brochures des labos.

Et la famille ? Eh bien à moins d'être systémicien vous ne soignez pas la famille. Ne les recevez pas sans l'usager (je l'ai vu faire) Le diagnostic fige la famille dans un certain point de vue ? Détrompez les. Si les gens en souffrent trop il existe d'autres specialistes qui les accueillerons. Peut-être gagneraient-ils tous à faire une thérapie familiale ?



J'en peux plus des tabous au niveau du diag. Nous avons le droit de savoir. Nous avons le droit d'être informés. Ne nous prenez plus dans le double truc du "annoncer le diagnostic rend fou"/"iel ne se rend pas compte qu'iel est fou du coup iel ne prend pas ses traitements" pour ensuite nous parler de notre ambivalence et de nos paradoxes typiquement psychotiques.


vendredi 4 mars 2016

Sentiment d'horreur






Il m'arrive que depuis deux ou trois mois je me réveille.
Cela semble être le cycle habituel, une rechute, un an d'apathie.
Une année de manque d'énergie, une année où "ma" dépression, que je considère constitutionnelle, ou quasi, m'enveloppe tranquillement et pour tout dire insidieusement, me garde dans un grand calme.
Depuis deux ou trois mois je me réveille, je dors moins, j'ai davantage d'énergie pour faire des choses, à nouveau je plaisante beaucoup - je suis éveillée.
Ce qui arrive aussi c'est que j'oublie de prendre mon traitement du matin en me levant, parce que je ne suis alors pas la proie de "freins", d'événements étranges dans ma tête, je ne sens pas mon cerveau "vibrer", je ne sens pas l'intérieur de moi en décalage avec tout le reste à l’extérieur de moi
Je me réveille "normale", "bien", comme certain-e-s soignant-e-s disent "iel est bien aujourd'hui, en ce moment"
Pas "iel va bien" mais tout-à-fait "iel est bien"
Je touche, frôle puis palpe cette différence entrer aller et être, entre ce qui en moi est fragile, bancal, distordu peut-être, et ce qui en moi est solide, bien plane, de la terre ferme.
Tout cela forme moi-même mais je n'en ai pas le pressentiment, je dois, de force, le mentaliser.
Je me lève je suis bien, je ne pense pas tout de suite à prendre mon traitement, qui est constitué le matin de la paroxetine, du tercian et des trois baclofène.
Je bulle comme toute personne qui a du mal le matin, qui est dans le pâté et qui boit son café en scrollant sa timeline Facebook.

Alors vient un ressenti, un truc, qui n'est pas un ovni, qui ne m'est pas inconnu, loin de là, mais que j'oublie et oblitère à chaque fois.
Ce ressenti, ce truc, pour moi c'est l'avènement en moi des Grands Anciens, de Cthulhu, c'est un sentiment d'horreur.
N'avoir jamais réellement, réellement et en contact avec l’extérieur, vécu l'horreur, fait l'horreur, mais en ressentir les effets.
Ressentir la mort, que j'aurais connue, je serais morte, mes aimé-e-s seraient mort-e-s, j'aurais causé la mort de quelqu'un-e. Je serais atroce, des trucs atroces me seraient advenu.

Ce machin, les Grands Anciens, ce n'est pas vraiment de l'angoisse. Je ne sais pas si cela a un nom, dans la clinique. La clinique me semble spécialement pauvre en termes decrivants la vie et la mort intérieures, elle est par contre très riche en description de symptômes. Voir et vivre, observer et éprouver.


Je sens tout d'abord une gêne, aurais-je oublié de faire un truc important ? Non. Aurais-je mal parlé et boudé ou blessé mon très bel amour ou une autre poersonne que j'aime ? A priori et a posteriori, non.
Puis Ça monte, cela devient un sentiment d'horreur.

Alors je sais, je sais que ce sentiment est très lié à des moments de maladie, parce qu'en un éclair je me souviens. Je reconnais et connais ce ressenti, et en un éclaitr je sais que je dois agir; sinon l’extérieur va faire effraction sur l'intérieur et inversement. Que le sentiment va monter, gonfler et gronder et qu'alors je devrai rester encocoonée dans un plaid à claquer des dents en essayant de me convaincre que non, oh non, je n'ai tué personne.

En déroulant très vite nle petit fil de la toile je me souviens de ce que je n'ai pas fait : prendre le tercian du matin. Alors piteuse de moi-même je vais le prendre. Il met une heure quasiment à m'apaiser, mais tout le gros ch'ni du matin reste a minima

C'est me trouvant dans ces moments là, me souvenant un peu de ce que j'ai pu éprouver par le passé, je me dis qu'il y a la schizophrénie, les moments de maladie (à distinguer) et par-delà la maladie en elle-même, la gestion du traumatisme qu'a engendré la maladie.

Le schizophrène ne distingue pas le fantasmé, le symbolique et le réel

Me dit la littérature.


Lol


mercredi 10 février 2016

Le Terroriste, l'Autre et le Fou





Une chose me plaît (si) dans le traitement du terrorisme par les médias (mais si) c'est que j'ai entendu à plusieurs reprises que "les terroristes" n'étaient pas "fous".

Sans dec'.

J'avais écrit un petit billet en Novembre et, égoïstement peut-être, j'avais peur alors du retentissement de ce drame au niveau psychophobie, où nous, fous, ne sommes déjà pas bien gâté.e.s (durcissement des mesures de contention en intra hospitalier, étiolement de l'extra hospitalier, psychophobie ordinaire encore et toujours, difficultés d'accès à bien des droits et services, tmtc)

"Ce sont des fous" entend-on souvent, dans bien des drames et des actes affreux perpétrés par des êtres humains. Affreux et spectaculaires, ou spécialement mis en lumière. Stupéfaction. Sidération. Sentiment particulier de ce dégoût, de ce poil qui se hérisse, besoin d'exclure lae fautifve de la société, de la vie, de l'Humanité.

Alors "Iel doit être fou"

Je parle souvent de ce raccourci : fou = non humain. Fou = tellement étrange, tellement inquiétant d'étrangeté qu'iel n'est pas humain.e, certainement "pas comme nous". Parce que je ne lae comprend pas, je ne lae reconnaît pas comme des mien.ne.s.

Je peux ergoter aussi sur le "normal" qui a besoin du "différent" pour se définir et se conforter. Qu'est-ce qui est normal ? Difficile de répondre. Mais si je peux dire : le fou n'est pas normal, le meurtrier n'est pas normal, le punk n'est pas normal, lae jeune est normalement anormal.e, etc... je peux me définir comme bien dans les clous.


Ouf.

Qui est "le" Terroriste alors ? Je n'en sais rien, je ne le connais pas, je regarde et j'entends des tas de spécialistes en parler, des théoriciens, des gens sur le terrain qui "réhabilitent" des jeunes "radicalisé.e.s". Beaucoup d'avis, beaucoup de point de vue, pour une question trop simple pour qu'on puisse y répondre exhaustivement, je crois. Je me pose pour ma part la question "A qui profite le crime ?", la question semble moins faire vendre, de vente pourtant il en est question, qui fournit les armes, qui paye, qui endoctrine, qui envoie mourir et faire mourir et dans quel but. Pour moi les terroristes sont des soldats, je n'ai jamais bien bien compris le principe du truc hein. Des soldats qui utilisent la méthode du terrorisme, dans leur pays (car ils sont chez eux), ils mènent une guerre civile. On pourrait se demander pourquoi de jeunes gen.te.s de tous pays s'engagent à 18 ans pour aller mourir et faire mourir ici et ailleurs (c'est quand même le but) (on est quand même en guerre, en France, depuis 1939, sauf que ce n'est pas souvent sur notre territoire), nous on dit gentiment "pour défendre leur pays" mais au fond... Moi je n'en sais rien, c'est une étrange idée.


Jusqu'à mes 30 ans environ j'étais fascinée par les crimes étranges perpétrés par des serial killers. Je lisais des thrillers, des essais de criminologie... J'essayais de comprendre "cette" folie. Cette folie est exceptionnelle, les méchants, les fous-dangereux-qui-devraient-finir-à-Belle-Reve, sont nous toustes. Fous les hommes qui tuent, à raison d'un meurtre tous les 3 jours, leur compagne ? Fou la personne qui débite son patron en rondelles sur un désaccord enkysté ? Fou lae soldat.e qui sur ordre balance une bombe sur un hôpital MSF ou une école ?

Les êtres humains sont étranges, les comportements pas toujours prévisibles.

Peut-être que de grands mouvements se dessinent, concernant les jeunes embrigadés. Embrigadés par qui et pourquoi ? Pas fous, non, ni elles ni eux. Les fous sont réformés P4




mardi 9 février 2016

Psychiatrisation psychologisation à outrance



Voilà un travers que j'ai longtemps eu, les interprétations sauvages de faits, gestes, mots, comportements de mes proches ou moins proches. Les lapsus, les actes manqués, les "dénis" (quand on commence hors contexte pro à employé le "iel est dans le *" ça part mal), les forclusions, j'en passe (cocher tous les mécanismes de défense répertoriés), sans parler de ce qui est connu comme pathologie psychiatrique, de structure de personnalité, c'est festival.

Je m'en suis plus ou moins dépouillée, cela m'a fait du bien de me peler de ce "bagage" me concernant (s'envisager avec moins de filtre, nuancer, se redécouvrir avec fraîcheur) et je me rends compte, depuis une année, que cela est bénéfique pour moi et autrui d'envisager les autres avec simplicité et ouverture.

Le terme "psychosomatique" m'a décollé la pulpe le premier, voilà longtemps. Que je pense de moi-même, que quelqu'un pense d'iel-même qu'un symptôme organique est une manifestation de problème psychique, très bien. Sinon, on n'a avancé ni dans le psycho ni dans le somatique. Mal de dos plein le dos, cystite "besoin de marquer sa place" (oui, réellement entendu à mon propos), j'en passe...

J'ai tellement envie de dire "foutez la paix à mon inconscient". Si je suis "dans le déni" me le dire ne m'avancera pas, je vous l'assure. Si je suis "dans le déni" il y a une bonne raison à ça. Si je dis "à très bite" en lieu et place de "à très vite", je pensais peut-être à une bite, ma langue a peut-être fourché, ça peut être rigolo, gênant en situation officielle, mais pas plus. Si je casse un verre c'est que je manipule mal et brutalement les objets, je n'ai pas le désir inconscient de briser quoi que ce soit entre nous. ET même si c'était le cas, si ça peut se régler en brisant un simple verre, n'est-ce pas très bien ?

Bien sûr je passe sur tous les diagnostics et refus de mon diagnostic de la part de gens bienveillants. Sérieux, l'enfer est pavé de bonne volonté : tu es parano, tu es perverse, tu es... Tu n'es certainement pas schizophrène, j'en connais ielles sont pas comme toi (scoop, les gen.te.s sont toustes différent.e.s)

Je suis agacée dans l'écrit mais je m'admoneste moi-même de la même façon, psychologiser autrui c'est être, bien souvent, dans une forme de jugement, de jugement pernicieux car c'est un jugement qui porte sur les différences psychiques, neurobio, où la frontière est toujours fine et poreuse entre "tu te fais du mal en étant dans le déni" et "c'est mal d'être dans le déni" avec un fort soupçon de "mais tu vas te rendre compte que tu es en dépression caractérisée nom de dieu ?!".

J'en appelle à moi-même , à rester simple, ouverte, à essayer d'accueillir l'autre (ou pas trop ou moins) sans ces filtres qui sont mes protections à moi contre le malaise lié à l'altérité. Sans fascination pour le "bizarre", le "différent", le "folklorique", mais sans crainte et défense de cet ordre. C'est un travail délicat, pour moi, de me défaire de cette tenue, mais je n'avance pas toute nue. Sans doute, j'évite certaines personnes, par flip. Je n'ai pas vocation à être tendre avec tout le monde, et personne ne me le demande d'ailleurs. Et me défaire de cela me demande de me défaire des transpositions sauvages, raisonnements bancals et comparaisons tout aussi bancales...


mardi 2 février 2016

Soignante soignée 3/3 - Hôpital

Je suis donc également malade, soignée. Ma première hospitalisation à 22 ans a été une catastrophe, j'ai été très durement maltraitée : outre la privation de liberté (chambre fermée où l'on m'avait enlevé jusqu'au matelas et pyjama), j'ai subi (oui, subi) un traitement extrêmement lourd, recousue sans anesthésie très souvent (sans qu'en parallèle rien ne soit mis en place pour sécuriser les poubelles de salle de bain, blindées de lames de rasoir). La violence montait des deux côtés, j'ai fait un déficit de potassium très sévère (qui aurait du me mener en réa m'a dit un ami médecin) qui n'a jamais été corrigé d'aucune façon que ce soit. J'ai été placée en HDT illégale (le tiers était le directeur de l'hôpital qui ne m'avait jamais vue de sa vie, que je n'ai jamais vu), bref, grande violence.
Qu'en pensais-je ? Que j'étais insupportable à me scarifier, qu'iels en venaient à être forcé.e.s de me contenir, que je devais faire des efforts.
Je n'ai jamais été violente envers le personnel ou les autres usager.e.s. C'était ainsi. A mon entretien de sortie, alors que j'étais zombifiée (une telle dose de neuroleptique que même ma peau était sèche, pas seulement la bouche, au point que tenir un stylo m'était impossible, il glissait) la médecin chef de service m'a demandé ce que je pensais de mon séjour en chambre forte
" Ca devait être nécessaire, pour me protéger
- Vous avez surtout constaté que vous pouviez y survivre. Nous, nous n'en étions pas sûr"

OKLM

J'étais suivie par une psychiatre, psychanalyste, qui a drastiquement réduit le traitement à ma sortie.


ET la fois où j'ai à nouveau décompensé, consciente d'avoir besoin de me poser, sécuriser, adapter le traitement, j'ai demandé à y retourner. Ce sont euxlles qui m'ont refusée, car ingérable. Ce terrible crime de se lamer quand on va mal, qui motive un refus de soins. Je reviendrai quand je serai guérie les gars, je vais pas vous déranger au travail.

Cela m'a conduit à un autre HP qui m'a mieux convenu, malgré le vécu carcéral que j'ai le plus souvent eu, pas de sortie du service, fouille en règle (pardon, "inventaire")(qui n'est pas réalisé à la sortie donc à quoi bon) et promiscuité (chambres de trois lits, deux salles de bains communes pour une vingtaine d'usager.e.s). Ce fut la rencontre avec le Dr JMB que j'estime, qui m'a beaucoup aidée, et dont j'estime lui devoir la vie, physique et psychique.


Infirmière, est-ce particulier quand on est "de l'autre côté" (pas de la barrière, de la porte du bureau, tmtc) ? On m'a souvent asséné que je devais comprendre "vous qui êtes infirmière". Que je devais comprendre non seulement le comportement d'autres usager.e.s (vols, harcèlement sexuel, violence verbale) mais aussi me comprendre parfaitement moi-même.

Allô ?

Quand je demandai au Dr JMB pourquoi cette idée étrange de porter un enfant mort me transperçais le cerveau, : "Vous devez savoir vous qui connaissez la psy".

Donc je suis censée, en tant qu'infirmière exerçant en psy, pouvoir m'analyser toute seule. Autant rester chez moi alors non ? Non, car j'ai besoin "d'être contenue, protégée" et que je ne me rends "pas compte de [mon] état". ET puis, on me parle de mes grands paradoxes psychotiques.

Pour la petite story, il m'a tout de même dit que symboliquement cela devait être "un secret".

Il me fallait aussi comprendre le fonctionnement de l'équipe, puisqu'exerçant le même métier qu'elleux. Et je comprenais ! Je ne les dérangeais pas dans le bureau, sauf urgence, je rongeais mon frein sans couiner quand il y avait un retard, je, je...
J'ai surtout compris des trucs sur ma pratique. Avoir "besoin de parler entre infirmier.e.s pour se décharger des angoisses liées à la pratique" (voire "au contact avec les psychotiques") certes. Mais y'a quand même des réunions, dans transmissions, pour cela. Rester beaucoup dans le bureau pour se protéger, ça ne protège pas les usager.e.s. C'est durant ces temps que se produisent les vols, les problèmes interpersonnels... que se produit l'ennui terrible, l'angoisse, de se sentir lancé.e seul.e dans l'univers. J'ai entendu aussi "il faut que les psychotiques se confrontent au vide" ou "c'est bien de se confronter au vide, ça structure". N'empêche que l'ennui, c'est une forme de torture, je pèse mes mots. Trop médiqué.e ou n'ayant pas le goût à lire, ou sans livre, sans activité occupationnelle quand les soignants sont dans le bureau, souvent sans grand monde à qui parler, surtout au début, parfois les chambrezs fermées deux heures le matin et dans l'après midi, et stop romantisation, les gen.te.s y sont malades mais moi aussi je l'étais et être sollicitée vingt fois en une heure par la même personne pour une clope... relou, sans et avec tout cela, que faire ? Réfléchir à soi ? Ca devrait m'être facile car je suis infirmière ? Je reprends un mot dun cadre infirmier qui avait donné cours à l'IFSI, qui nous enjoignait d'aller vers les patients "même s'il est plus facile de parler des fous que de parler aux fous".

Autre truc, "l'oralité des psychotiques". Neuroleptiques + ennui = faim tout le temps, repas seule activité de la journée.

Et dans tout les cas, le contrôle du discours quoi. Pas seulement en entretien. N'engueulez-ons plus les gens à tout propos. Je conçois, je l'ai vécu comme infirmière et encore plus comme patiente (= h24 dans le service, ne l'oubliez pas) ces mêmes personnes qui réclament la clope, demandent des trucs tout le temps "au bureau" ils vous les brisent mais parfois la soufflante tombe sur le suivant qui toque. Ça aussi je l'ai vécu. J'ai évidemment pas de solution "miracle", ni tout court, pour ces gen.te.s qu'on dit "chroniques", qui vivent à l'hôpital, ont des troubles sévères dont des troubles du comportement. Iels sont répétitifs. Iels sont "chiants", si on veut. Au moins contrôlons-ez la mauvaise humeur et l'agacement (en plus ça n'a aucun effet sur ces usager.e.s de parler fort, de râler, etc)(et peut-être aussi qu'iels sont tout le temps vers le bureau car pas assez au contact des soignant.E.s)

Donc j'apprenais pour mon exercice, "on" me renvoyait à ma profession, je ne parle là que ds choses qui m'ont heurtée, et à savoir que cet HP a été reconstruit et que ma dernière hospit était dans des conditions merveilleuses et idéales de liberté de circulation (rappelez vous que tout patient en HL a le droit à la circulation, le "contrat de soin" n'est pas réellement un contrat, dans le sens où c'est "comme ça sinon vtff" et surtout est peu explicité. Moi on m'a toujours dit "c'est toujours comme ça, c'est la période d'observation" pôint final), de soins, et plein de chouettes soignant.E.s avec des tas d'activités et la porte du bureau le plus souvent ouverte (ou les infirmier.e.s et aides-soignant.e.s avec nous).

Parmi mes collègues cela s'est su, j'étais assez transparente là-dessus et puis cela se voyait. Par contre j'ai toujours eu peur, terreur, que les hispitalisé.e.s soient au courant. Je craignais de leur faire du mal. De les confuser. Que la sacro sainte distance thérapeutique se brise>. Magic tip : un.E usager.e qui sait que vous avez vécu des choses similaires aux siennes ne sera pas terrorisé. Ni proche comme un pote. Un gars m'a dit un jour que j’étais parfois comme lui, donc j'étais légitime pour le respect du cadre, ayant vécu cela. C'est être en état de maladie au travail qui ne va pas alors, please, parlons à nos collègues. S'iels sont toxiques aussi. Ca ne va pas cette omerta sur un.e.tel.le qui fait ceci cela on le sait mais on dit rien. J'ai connu en tant qu'usager.e des soignant.e.s dangereux, celle qui m'a dit que si elle pouvait elle me ferait radier de la fonction publique et que j'étais alcoolique et psychotique et finirais ma vie en hôpital. Celui qui prédatait des patien.te.s avec qui il avait des relations à l'exterieur, et l'une revenant le voir déclarait partout d'elle souffrait d'un délire érotomane. J'ai travaillé avec des collègues dangereuxses. Je n'ai rien dit. J'ai été dangereuxse de par ma folie et mes addictions. On ne m'a rien dit. Parlez. J'aurais préféré qu'on m'arrête avant le gros dossier et le craquage, avant d'avoir pu inquiéter les usager.e.s placé.e.s sous ma responsabilité. C'est protéger les personnes malades et souvent fragilisées. C'est être clair et cohérent. Et dans le cas des "collegues fous", c'est aussi leur rendre service, je suis sérieuse.

Pareil, à ma dernière hospit, j'ai trouvé tous les soignants très clairs, pro, bien. Celle d'avant aussi. Les choses se "régulent" c'est une très bonne chose.