mercredi 27 avril 2016

Des mots psychophobes






Les mots forment le langage, et je suis convaincue que le langage forme la pensée, la manière de penser, dans ce qu'elle a de culturel du moins.
Dans sa grammaire, bien sûr, mais aussi dans le choix des mots, les expressions que l'on emploie sans y penser, parce qu'on les entend/utilise depuis toujours ou presque. Sans penser à mal, parce qu'On n'est pas de mauvaises personnes, et qu'ils sont "juste une façon de parler"

Ce sont de drôles de façon, parfois, mais l'on n'y "pense" même pas. On ne le pense pas cependant On le dit, comme On dit "Je ne voulais pas dire ça je ne le pensais pas", et je me questionne réellement : la pensée précède-t-elle toujours les mots, les mots ne formatent-ils pas la pensée, eux aussi ?

Des mots psychophobes (et/ou validistes), on en entend toustes, on a toustes tendance à en dire. Ce sont souvent des insultes : taré-e, gogol-e, déglingué du bulbe, t'as les fils qui se touchent,...
Ce sont souvent des diagnostics assénés comme des insultes et raccourcis : schizo, parano, hystérique, triso, PN...
Ce sont très souvent des diagnostics ne recevant plus de validité scientifique, mais qui ont recouvert des diagnostics actuellement validés, pour désigner les gen-te-s qui sont, pensons nous, sortis de la société des humain-e-s par des actes abominables qu'iels ont commis : psychopathe, sociopathe
Ce sont parfois des termes anglo-saxon adoptés dans le langage courant français : weirdo, psycho,...

Ces mots, qui sont utilisés comme insulte, comme qualificatifs rabaissant, servent à taxer un collègue méfiant, un chef rigide, un-e ami-e jalouxse, un tueur de masse, un violeur en série, surtout d'enfants.

Voyez comme par le choix, ou l'automatisme de leur emploi On ancre dans les idées l'association (ou pensée automatique pour les tenants des thérapies comportementalo-cognitivistes) que les fous sont dangereuxses, répugnant-e-s, à exclure de la société voire de fait hors de l'humanité.

On le fait sans y penser comme on se méfie sans y penser, presque par-devers nous, de la personne sans abri qui parle "toute seule" dans la rue, comme On a davantage peur d'un-e schizophrène pourtant tout à fait paisible lorsqu'on lui connaît ce diagnostic que d'une personne dite "sanguine" mais estampillée NT.

Une amie me disait qu'elle était mal à l'aise près de personnes délirantes dans les transports en commun parce qu'elles sont imprévisibles. S'en est suivie une petite discussion, et je précise que je ne suis pas à l'abri d'éprouver cette appréhension parfois (malgré moi, malgré tout ce que je sais en théorie comme ne vécu). J'ai notamment comparé les gen-te-s visiblement délirant-e-s ou halluviné-e-s avec des hommes qui se collent à nous dans les transports, ou nous abordent de façon crue. "Mais on sait, là". Nous avons donc plus peur d'une personne que l'on sait presqu'avec certitude inoffensive que d'une personne qui nous agresse déjà et risque d'attenter plus avant à notre intégrité physique et psychique.

Les mots fondent cela en partie, j'en suis persuadée.

Je ne dis plus "parano" je dis "méfiant-e"
Je ne dis plus "psychopathe", j'use de termes plus enlevés, et je me force à me dire que je ne comprends pas (parce que si On ne comprend pas les fous, ce que je comprends, cela ne veut pas dire que celleux que nous ne comprenons pas sont fous)
Je dis schizo pour parler de moi
Je ne dis plus "cette situation est borderline" je dis "cette situation est ambiguë" (de la même façon qu'une situation n'est pas schizophrène n'est-ce pas)

Parce qu'il ne s'agit pas seulement de ne pas offenser les personnes concernées, il s'agit pour moi de déconstruire le langage et par là des modes de pensée.

jeudi 21 avril 2016

(Début des) troubles et âgisme






Adolescente j'ai débuté les troubles "explosifs". Entendons-nous bien, avant, mon mal-être se voyait, mes parents l'avaient constaté, certain-e-s professeur-e-s aussi. Mais il s'agissait de dépression, je lisais beaucoup "pour m'évader" et avais de bons résultats scolaires et finalement ça n'avait d'incidence sur la vie de personne, sauf la mienne (si toi aussi t'es depressif-ve et qu'on t'invisibilise tape dans tes mains)

Au décours d'une déception amoureuse j'ai fait une tentative de suicide et à cette occasion vu un généraliste (qui m'a dit en gros que quoi de plus naturel pour une jeune femme de se tuer par amour et t'en verras d'autre allez bon courage) et puis "c'est parti en roue libre". Beaucoup d'alcool, de canabis, des expériences, des partenaires sexuels qui variaient beaucoup (je ne considère pas cela comme un symptôme, mais cela m'a été désigné comme tel), des scarifications, brûlures, maltraitances, des privations de nourriture, eau, sommeil. Des troubles du comportement (engueulades avec ma mère qui avait ma charge, parfois l'on se battait) et puis le début de la jalousie pathologique et son cortège de "scènes", abus de ma part, violences verbales.

Alors on me disait "ado difficile", "ça va passer avec l'âge", "tu es comme tous les ados tu veux être différente" (sauras-tu trouver l'injonction paradoxale qui se cache dans cette phrase ?), "tu fais des expérience" etc
Si bien qu'on est toustes tombé-e-s dans le truc du "c'est l'adolescence". Je me suis dit a posteriori que c'était juste ma famille et moi les déconnant-e-s.
Et puis j'ai discuté avec des gen-te-s, des ados, alors des qui allaient bien, et il n'y avait pas la célèbre "crise d'ado", comme quoi visiblement ce n'est pas obligatoire. Et aussi, des gen-te-s qui allaient mal et aussi visiblement c'était pas lié à l'âge.

Que je sache tous les hommes blancs hetero de 50 ans ne sont pas en situation de souffrance extrême et de détresse, pourtant on parle de "la crise des 50 ans". Une "crise" si crise il doit y avoir, n'a pas forcément à porter atteinte à l'intégrité psychique et physique de cellui qui la vit. C'est une période de bouleversement qui peut être intense et positive débouchant sur un changement. Si ce changement est la mort psychique et/ou physique, il y a un problème, non ?

Le même généraliste vu précédemment avait d'ailleurs refusé de me diriger vers un-e médecin psychiatre alors que je demandais "un travail plus approfondi" sous la raison qu'il n'allait "pas [me] psychiatriser à [mon] âge"
Je sais pas, je ne lui ai pas dit "pitié, envoyez moi 6 mois en Unité pour Malades Difficiles" ni "gavez moi de neuroleptiques", je souhaitais entamer une psychothérapie.
Il y a un âge pour entamer un travail par la parole ? Et jusqu'à cet âge, c'est comme pour le RSA, on peut galérer la gueule ouverte ?

Je ne souhaite pas non plus culpabiliser les parent-e-s plus que ça, parce qu'ok c'est compliqué. Mais les ados ne font pas forcément de "crise", si votre enfant-e se scarifie, cesse de manger, pleure ou est triste sans cesse, se plaint d'angoisse, ce n'est probablement pas une passade, ni pour "se rendre intéressant-e", ni les hormones (pitié, pas les hormones), ni bien naturel quand on a un chagrin d'amour. Ça n'a rien de naturel de tenter de mourir. Là, l'âgisme se couple à la psychophobie pour un cocktail insupportable pour cellui qui débute des troubles, vit des troubles d'ordre psy, invisibilisé plus que jamais, avec un accès difficile aux soins puisque le plus souvent dépendant de ses parent-e-s financièrement et pour les droits Sécu, cela entraine un diagnostic et des soins beaucoup plus longs à venir, et un lot de souffrance.

mardi 12 avril 2016

Rétablissement



J'ai vécu tout d'abord dans l'idée populaire que la folie colle à la peau, fou un jour fou toujours, puis dans l'idée para médicale et médicale que la psychose "se soigne mais ne se guérit pas" et quand même qu'il s'agissait d'une structure de personnalité craignos, que la schizophrénie signifiait de multiples rechutes et que le pronostic à long terme était merdique.

C'est aussi cela qui m'a fait dénier si longtemps mes troubles. Qui m'a fait si peur et refuser la lourde étiquette de schizophrène, de psychotique.

Mais au fond, quoi "ça n'est que ça" me suis-je dit en "réalisant". Les psychiatres, beaucoup d'entre elleux, rechignent à poser, ou du moins à annoncer ce diagnostic "difficile" et "ce qu'il recouvre". Peut-être parce que ces soignant-e-s là n'ont pas l'idée claire de la large possibilité de rétablissement, qu'iels nous refusent.

Et peut-être que si nos voix étaient entendues, si l'auto-support était mieux reconnu, ce poids, qui est en partie un fantasme, serait levé de l'esprit des professionnel-le-s de la psy et le dialogue, l'annonce, les plans de soins seraient bien différents.

Je me rappelle d'un trouble qui était fréquent quand j'ai commencé ma carrière (fin des années 90) : la BDA ou bouffée délirante aigüe. Il s'agit d'un état psychotique soudain, aigu, avec une production délirante et hallucinatoire très riche et foisonnante. La BDA est de bon pronostic, il se disait alors qu'un tiers des usager-e-s ayant vécu cette expérience n'en revivrait plus jamais, un tiers en revivrait ponctuellement sans autre incidence sur la vie, un tiers développerait une schizophrénie.

En France, c'était avant que le DSM et le CIM aient vraiment pignon sur rue, la BDA n'était pas classifiée comme étant une psychose.

Tu vois l'délire ? Donc aux USA, avec le DSM (II à l'époque je crois bien) 35% ou approchant des psychoses étaient guéries, tandis qu'en France, beaucoup moins. Parce que la BDA c'est pas une psychose. Mais là où le serpent se mord la queue, c'est qu'il me semble que le problème pouvait être envisagé comme "nous, on dit que c'est pas une psychose puisque les usager-e-s en guérissent.

J'ai parlé dans un billet précédent de ce nombre considérable de schizophrènes vivant tranquillement chez eux et étant parfaitement insérés. De nous, les "exceptions".

Le droit à ce que notre rétablissement soit reconnu nous est refusé.

Certes, je me considère comme "malade", personnellement. Pour une raison très simple est que je dois prendre un traitement de fond pour éviter une rechute. Rechutes qui ont considérablement changé en durée et en "aspect". Lors qu'avant je mêlais des états mixtes et des états délirants et dissociatifs pendant des mois, je vis maintenant des états brefs, quatre cinq jours, sans production délirante, vivant simplement une souffrance psychique que je ne peux nommer car je ne connais pas de mot (il ne s'agit ni d'angoisse, ni de tristesse, ni de dissociation, une souffrance intense qui m'est inédite)
Si je ne peux plus travailler - pour le moment - et que je suis en retraite anticipée, je peux assumer les tâches ménagères, étudier et surtout vivre une vie de couple en cohabitation, chose qui m'était parfaitement impossible durant de nombreuses années.
Pourtant On ne me trouve que difficilement rétablie.
Ce que m'a dit le psychiatre hospitalier m'avait rendue un peu perplexe. Je lui expliquais que maintenant durant mes décompensations je ne "perdais plus la tête", je me "voyais décompenser de l'intérieur sans pouvoir faire grand chose" et il avait constaté "C'est ça qui ne "fait" pas schizophrène"
La fameuse lucidité et où on la place.
Tout cela pour dire, je prends des médicaments, alors je vis avec une maladie chronique, mais je suis rétablie.

J'ai lu il y a quelques années une interview de Tobie Nathan, ethnopsychiatre, qui expliquait que dans certaines sociétés la folie peut être vue comme une "possession", un envahissement, qu'il existe et sont pratiqués alors des rituels de "purification", d"exorcisme", de soins, sur la place publique, en présence de toustes.
Voilà, la personne est souffrante, ou possédée, soignée en public, rétablie et son rétablissement est acté par toustes.
Tobie Nathan ajoutait que dans une société occidentale, le soin se passe dans le secret du cabinet du-de la psy, dans le secret de la clinique, de l'hôpital, fermés. On ne sait ce qui s'y passe, personne n'y participe, personne n'assiste au recouvrement de la santé mentale, le stigmate reste.
A vie.
Le soupçon du mal encore en l'autre. Comme si le soin, et il est vrai qu'il est compliqué d'expliquer ce qu'il se passe en thérapie, que nous usager-e-s protégeons notre intimité et que ma foi la pratique psychiatrique, psychologique, psychanalytique, cultive ce sceau du secret, comme si le soin lui-même était  tabou. Tout ce qui touche à la folie et au malaise psychique était contaminant.

Cet espace, ces murs placés entre les fous et la société semble parfois infranchissable. La folie est en France si indicible. Si inaudible pour tant de gen-te-s.

Mais nous pouvons guérir. Nous n'avons pas à être exclu-e-s de la société des humain-e-s. Nous avons droit à la cité, de cité. Ma schizophrénie ne devrait pas être une maladie honteuse.

Injonction : "Arrête d'y penser"






Voilà une injonction fréquemment entendue par ceuxlles qui "broient du noir"
Enfant, puis adolescente, j'étais très "préoccupée". Mes études puis ma carrière m'ont fourni des mots pour cela : anticipation anxieuse, rumination anxieuse, rumination morbide. Anxiété, angoisse, dépression, idéations subdélirantes, délire.
Les pensées s'enchaînent, s'emmêlent, amplifient la souffrance ressentie, un gros paquet d'angoisse, et/ou de tristesse.
Et je ne comprenais pas quand on me disait "Arrête d'y penser"
Vraiment, l'impératif concernant le flux et la qualité de mes pensées... Je ne comprenais pas.
Spoiler alerte : maintenant je "comprends" le truc.
Je ne comprends pas comment faire, je ne pouvais pas, maintenant je peux beaucoup plus. Ainsi les pensées et émotions douloureuses ne sont pas contrôlables par certain-e-s, souvent en état de malaise ou de maladie, et beaucoup plus par d'autres qui, hey scoop, vont bien. C'est comme un outil psychique dont je ne disposais pas et que j'ai acquis. Aujourd'hui si je me surprend à "ruminer", je suis capable de me dire, et c'est un gros effort conscient à faire "arrête ça, Ju", et de ralentir les idées noires, prendre un cachet ou faire un truc ou écouter une musique gaie.


Pour ceuxlles qui savent contrôler cela, le plus souvent ceuxlles en état de santé, qui n'ont jamais connu l'envahissement de la pensée et des affects par des choses sombres, inquiétantes, inhabituelles et ne semblant prendre racine en rien de concret : il est inutile de lancer des injonctions à une personne qui vit cela et est donc  incapable de maîtriser cet état.
Vous vous y arrivez, cela vous est aussi naturel que de mouvoir un bras ou de respirer. Nous nous n'y arrivons pas ou peu.
Et l'injonction amplifie le sentiment d'angoisse, de détresse. D'incompréhension. L'injonction silencie.
Dans le florilège, il y a
"Arrête de penser à ça"
"Tu n'as rien à craindre" (qui peut être très bienveillant, et j'admets n'avoir aucun "truc" à fournir pour aider à rassurer, donc pourquoi pas)(mais essayez de ne pas nier le sentiment qui lui est réel)
"Tu as tout pour être heureux-se" (visiblement, non)
"D'autres gen-te-s ont pire" (ce qui est sans doute vrai mais n'a rien de réconfortant)
"Tu te complais dans ton malheur" (la pire... guess why)
"Ça va passer" (c'est même pas sûr, perso ça a mis 20 ans à me passer donc bon...)
"Pense à toustes les gen-te-s qui t'aiment" (c'est sans doute difficile pour elleux, mais en fait ça n'aide pas)


Émettre l'une de ces injonctions, c'est dire à la personne "ton sentiment n'est pas réel, tu le fais exprès, tu nous rend malheureuxses pour rien, ta gueule et souris", c'est nier, silencier, culpabiliser.

Simplement, simplement, garder à l'esprit que l'interlocuteur-trice n'est pas en capacité d'arrêter de penser que sa mère va mourir/est morte, que la ruine lae guette (financière physique et morale), que son amour-e ne l'aime plus, que la vie est vraiment une vallée de larme. On ne dit pas à quelqu'un avec une fracture "allez, marche" ou "ben arrête d'avoir mal tu nous saoules"

Et perso quand ça ne va pas, j'écoute de la musique triste, je lis des ouvrages cruels, ça ne me change pas les idées de lire des trucs rigolos ou d'écouter des trucs rigolos. C'est hors de propos, hors de ma portée, et obscène. Comme un nez de clown à un enterrement.

mercredi 30 mars 2016

Déficits






Donc je suis allée voir ma psychiatre, avec les résultats de mon IRM cérébrale.

Elle me l'avait prescrit à cause de troubles de l'orientation dans l'espace, de maladresse.

J'avais presqu'espéré qu'il y ai Quelque Chose, un Truc qui prouve à ma famille que je ne casse pas, je ne me perds pas parce que "je m'en fous"

Parce que je me perds depuis l'enfance et que ça empire.

J'avais violemment espéré qu'il y ai Quelque Chose et que le radiologue me dise "Voilà Mm G. il y a cette tache sur l'image dans telle zone précise, c'est cela qui cause tous vos troubles depuis toujours, ça s'opère et le neurochirurgien vous guérira"

J'avais craint qu'il n'y ai Quelque Chose, une chose genre crabe et que l'on m'annonce que la vie allait déjà m'enlever à mon très bel amour; ou que l'on m'annonce que bientôt je ne reconnaitrais plus les gens.

Tant de scenar, et il n'y avait "rien", il y avait un beau cerveau, même pas abîmé par des années d'alcoolisme.

Donc la docteure m'a dit "C'est rassurant, enfin, pas vraiment, enfin si c'est rassurant que votre cerveau aille bien"

Il me semblait voir ce qu'elle voulait dire qui devait être "ça nous avance pas des masses mais au moins y'a pas de pèt' ", c'est ce que j'ai compris et je l'ai remerciée par devers moi d'être prudente et de ne pas me violenter, de contrôler son discours.

Elle m'a parlé de psychomotricien-ne pour une tentative de rééducation de ces "troubles" "petits problèmes" "ennuis", que ça allait avec ma pathologie, et que ça empire avec l'âge. Elle a dit sans trop le vouloir le terme exact "déficit cognitif"

Wow

Je me suis dit "J'ai des déficits cognitifs et ils vont empirer avec le temps - et alors on parle de psychose déficitaire ?"

Évidemment ça m'a amené, en quelques microsecondes, une foule d'image, d'ancien-ne-s usager-e-s très déficitaires qui bénéficiaient d'une faible autonomie, de gen-te-s semblant vides et une peur profonde a surgi, celle de perdre l'efficacité de mon très beau cerveau.


Je lis avec moins d'aisance. J'apprends avec moins d'aisance. Je me repère avec encore moins d'aisance.


J'ai ruminé cela plusieurs jours qui n'ont pas été gais.

Enfin, j'ai pu me dire : "Bien sûr, voir certaines capacités diminuer n'est pas super fun. Ça a même une vocation fun assez discrète. Mais la docteure a dit que ça se rééduquait, ou bien qu'on apprenait des stratégies pour pallier les déificits"

Déjà hein.

Et surtout je me suis rendue compte que mes émotions étaient validistes, psychophobes. Car, pour être honnête, ce n'est pas tellement les conséquences des déficits qui me travaillaient, après tout j'y fait face depuis l'enfance et y'en a pas deux comme moi pour retrouver son chemin dans une grande ville en suivant des rails de tramway jusqu'à un arrêt.


Simplement le concept même effraie et rebute. Il existe tout un tas de qualificatifs, tous insultants ou l'étant devenu, pour qualifier les personnes "déficitaires cognitivement". Con, bête, stupide, débile, neuneu, couillon,...
De ce que je peux voir, même dans le milieu NA le BQI reste tabou. En règle général si On pense à un problème lié à l'intelligence On se pense HQI. On ne se pense pas BQI. Parce que... Parce que quoi ?

Les BQI auraient-ils moins de valeur ? Serait-ce si grave ? Plus grave que d'être HQI et la cohorte de problèmes liés ?

Avoir peur de ce mot, le déficit, bas QI, retard intellectuel, m'amène à me remettre en question. C'est bien ce qui me pousse à rédiger ce billet aujourd'hui, pour écorcher le tabou.

mardi 15 mars 2016

"Tu ne te respectes pas"

"Tu ne te respectes pas" ai-je souvent entendu.
Je respectais mes convictions.
Je respectais mes soins.
Je ne respectais pas mon corps, parait-il. Au hasard, ensemble, ou séparement, troubles addictifs, auto scarifications, déficits en auto soin.
Je ne me respectais pas je me sentais comme une merde.
Je ne méritais pas l'effort de me laver parfois.
Mes auto scarifications étaient punitives, je me "dressais", je me violentais. Je me privais.
Je buvais à m'endormir, je prenais des toxiques à m'brutir.
Supporter la culpabilité.
Supporter l'horreur que je pensais être.

"Tu ne te respectes pas" peut être un constat, bienveillant. Tu as du mal à t'apprécier, à te supporter toi-même, tu es malheureuse, tu souffres. Et pourquoi pas pour les proches les plus courageux "je vais t'aimer pour deux jusqu'à ce que ça te revienne" Je n'ai jamais exigé ça de personne. Des aimé-e-s aimant-e-s me l'ont accordé.
Pourquoi pas "tu ne te respectes pas, je ne peux le supporter alors je m'éloigne". Je l'ai toujours compris. Même si dans ma tête une lumière clignote "j'accuse" quand on abandonne, sens propre, on laisse tomber des ami-e-s, on abandonne, sens propre, sens fort, celleux qui sont trop âgé-e-s, blessé-e-s, trop petit-e-s trop jeunes, malades. C'est de l'abandon que de laisser cellui qui n'y arrive pas et qui se meurt. On ne peut tous supporter, mais pour qui ne supporte pas cellui qui ne respecte pas son corps, un petit auto check #tesprivilèges et check #tesconvictions semble intéressant.


Mais merde, oui, merde, j'en deviens violente, pas d'utilisation agressive de "tu ne te respectes pas". Pas cette phrase comme une accusation. Profondément psychophobe, inhumaine. J'ai entendu "ça m'agresse". Parce que moi c'est une partie de plaisir ? Et surtout, pas de "donc je vois pas pourquoi je te respecterais". Ca n'a aucun rapport. Ou alors on doit tous avoir beaucoup d'estime pour Donald Trump qui s'adore. Si le respect qu'on porte aux gen-te-s dépend directement du respect qu'iels s'accordent à iels-mêmes.

Et les soignant-e-s... Aux divers urgentistes qui m'ont engueulée parce que je m'étais coupée - au point que beaucoup de personnes souffrant de ce symptômes ne soignent pas leurs plaies. Aux internes en psy qui m'ont recousue sans anesthésie parce qu'à quoi bon puisque je ne respectais pas mon corps. A la psy qui m'a dit que mon père m'insulatis (me disait qu'il avait eu tort d'appeler les secours, qu'on vivrait mieux si j'étais morte) "tu lui montres l'horreur alors il te dit des horreurs"
Allô.
Non, définitivement.

Je remarque que ce sont toujours les dominé-e-s, les victimes, les "faibles" socialement qui reçoivent l'injonction de se respecter. Les femmes, les fous, les malades, les pauvres, les racisé-e-s. Toustes, même face à l'adversité la plus dégueulasse nous devrions faire montre de respect impeccable de nous-même, respect dicté par les dominant-e-s, les privilégié-e-s. Les gentils fous bien propres sur eux et qui devraient être de touchants poètes. Les femmes habillées pas trop court, avec une sexualité monogame bien rangée pas trop visible. Les pauvres "qui n'ont rien mais sont si souriant-e-s" Et propres.
Quelqu'un-e que j'aime, que je vois "ne pas se respecter". Qui se respecte sans doute, qui essaye de survivre, de surnager, qui simplement à certains moment ne peut pas, ne peut plus, s'en fout, se détruit (et boire et se droguer est une tentative de survivre, de supporter, aussi) J'espère savoir toujours être là, et même si ma présence ne semble servivr à rien, si je lea voit glisser dans les tréfonds de l'interzone, être là encore. Ma tristesse osef. La personne qui boîte est celle qui importe

lundi 14 mars 2016

La volonté






La volonté.
Un mot me chatouille quand jentends ce terme.
Ce mot est : LOL.

Penchons nous sur le terme de "volonté". Il en existe de nombreuses définitions, philosophique notamment, mais je garderais ici, pour ce qui nous concerne, une partie des définition du wiki

"

  1. Ardeur pour les choses qu’on entreprend ; fermeté du caractère ; capacité à se faire obéir.
    • Si un vol facile, même de longue durée, peut enchanter, donner au pilote l’impression qu’il est un être supraterrestre, la difficulté aiguise l’énergie, accroît la volonté et accorde dans la lutte des satisfactions innombrables et dans la victoire un enivrement qui pousse à croire que l’homme est tout-puissant devant les éléments déchaînés. (Dieudonné Costes & Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930)
    • Se souvenant de la fatigue qui l'avait assommée, pour ne point y succomber, elle s’injectait de la volonté. Toutefois, pour s’économiser, elle ralentit l'allure. (Christian Paviot, Les fugitifs, 2006)
    • Ma myopie renforçait encore l’impression d’irréel, de cauchemar que je ressentais et contre laquelle je m’efforçais de lutter, dans la crainte de voir se briser ma volonté. (Henri Alleg, La Question, 1957)
    • Cet homme n’a pas de volonté, il ne peut agir par soi-même, il est incapable de résistance, il cède toujours à autrui.
    • Celui-là est défendu contre les quémandeurs trop opiniâtres par une sorte de femelle revêche, bourrue, grimaçante, qui s’entend à merveille à décourager les volontés les plus obstinées.  (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930)
    "

Quand on vit avec certains symptômes (cf difficultés ménagères)(cf dépression)(cf angoisse)(cf addiction) on entend beaucoup "ce qu'il faut c'est la volonté" "avec de la volonté tu t'en sortiras" "rien n'est impossible"


Allons bon, cette sacro sainte "évolonté". D'abord la dépression, notamment, sape les bases même de la volonté, c'est une maladie s'attaquant à cela (qui entraine souvent une aboulie) Je ne sais pas, pou celleux qui conseillent à des proches en état de maladie de faire preuve de volonté, vous pensez que le dialogue peut se dérouler ainsi :
*
" - Je me sens terriblement mal
- La vie a plein de bon côté, c'est une question de volonté
- Ah oui, tu as raison. Oh, je suis guéri-e ! Merci !"

Parce que la volonté de toute personne est d'aller bien, pas de se "complaire dans les problèmes", de "ruminer de façon malsaine", choses qu'on entend souvent aussi.

Je sais pas, vous allez dire à une personne qui s'est cassé la jambe "Fais un effort, marche, c'est facile regarde comme je le fais juste en le voulant"
Pis, on nous fait honte en nous taxant de "sans volonté". La maladie serait alors un vice façon XVIIIème siècle, un penchant honteux, qu'il nous plait de cultiver, que nous jouissons de mariner dans notre souffrance (cf romatiques et gothiques dans la littérature)
Ben non, on a envie d'aller bien. Souvent on fait tout pour, médications, soins autres, efforts incommensurables pour sortir du lit. Simplement sur cette période, on ne peut pas.

Et par pitié, surtout ne pas ajouter "je dis ça pour toi" car non, tu le dis pas pour moi, tu le dis par manque de sens commun semblant élémentaire.


Trop d'abandon parce que "iel ne voulait pas s'en sortir" "iel se détruisait exprès". Si tu m'abandonnes parce que "je me sens impuissant-e à l'aider et je ne peux supporter ce spectacle de souffrance et de destruction" pour moi c'est complètement ok. Si tu m'abandonnes parce que "je manque de volonté" alors, je sais pas, va mourir.