mercredi 18 novembre 2015
Altérité, le risque de la psychophobie
J'écris ce jour, 18 Novembre à une très courte distances des tueries de Paris.
J'ai partagé sur la page Facebook l'intervention du 10 Janvier 2015 de Cyrulnik.
Il m'est important de dépsychiatriser, dépsychologiser les auteurs des attaques meurtrières, abominables. Ils ne sont pas "fous". Quand l'horreur surgit nous avons tous besoin de rejeter les coupables dans l'altérité tant nous avons du mal à comprendre pourquoi nous avons si cruellement été atteints, si aveuglément.
Nous ne sommes pas l'Autre, nous ne sommes pas l'inquiétant étranger, nous sommes humains. Nous ne sommes pas hors de l'humanité - je ne comprends pas le crime, je ne cherche plus à le comprendre. Il y a sans doute des modes de pensée qui nous échappent complètement, des référentiels moraux antagonistes aux nôtres (croyons nous, sans doute, je suis en pleine lecture des Identités Meurtrières d'Amin Maalouf)
Je suis bien incapable de faire une quelconque "analyse" des événements venant de se produire, je trouverais d'ailleurs cela indécent, mais beaucoup de "retours" me pèsent. Me mettent mal à l'aise, en tant que malade psy.
Les injonctions à boire de l'alcool, les injonctions à être heureuse - pour résister. La résistance à la douleur morale est une partie de l'histoire de ma vie. La résistance à l'alcool aussi. La configuration change, des drames ont eu lieu, d'autres surviendront j'en ai la conviction. Oui, je suis préoccupée, oui, je lutte pour le bonheur comme j'ai toujours lutté.
Je vous demande, ami.e.s, de ne pas englober les terroristes dans les"fous", je vous demande de ne pas adhérer à ce que j'ai pu lire sur les "délires mystiques". Que va-t-il arriver, sinon, aux usager.e.s réellement aux prises avec un délire mystique, ceulles qui se vivent Jesus, Mahomet, Dieu lui-même ? Je garde confiance envers les soignant.e.s pour garder juste mesure et ne pas dénoncer des états de souffrance ou d’exaltation, transitoires, aux forces de l'ordre. L'hôpital (hospitalis domus, maison où l'on reçoit les hôtes) est un lieu de soins, de refuge, un abri. Je garde la confiance qu'il le restera.
Mon intentio n'est pas moraliste, mon billet est ma pierre vers la construction permanente d'un certain vivre-ensemble.
mardi 17 novembre 2015
Super-pouvoirs et lointains bugs - où je vais quand je m'absente
J'ai appris dernièrement en lisant un article que 80% d'entre nous, schizophrènes, avons des "troubles cognitifs", ce qui était spécifié par troubles de la mémoire immédiate, de l'attention et difficultés à se repérer dans l'espace.
Lisant cela je me suis dit "Hhhhhhhha" et me suis trouvée vachement soulagée. Car je souffre de tous ces troubles, en plus d'une "maladresse" légendaire depuis mon enfance (une pseudo dyspraxie) et ce que l'on me renvoie est que je suis une je-m'en-foutiste qui ne fait attention à rien.
J'y pense depuis quelques temps, déjà, depuis le moment où je suis "tombée du déni" et, me rendant pleinement compte que je suis schizophrène, me suis mieux penchée sur les causes neurologiques.
Mon psychiatre m'a expliqué plusieurs choses "cerveau reptilien et cerveau "raisonnable" mal équilibré, me forçant à penser consciemment à mes émotions sans cesse pour rester "équilibrée". Cela cause une fatigue physique du cerveau, terme que ce psychiatre m'a proposé et qui me plait beaucoup.
Donc je suis maladroite, tête en l'air... Je me perds partout, je casse des objets, je ne me rappelle de rien...C'est pénible pour tou.te.s mais au final surtout pour moi.
Imaginez-vous dans un magasin de porcelaine, vêtu.e de trois pulls, d'une doudoune et de moufle, devant manipuler des objets fragiles tandis que d'autres sont en précaire équilibre partout, tandis que, sous l'emprise de calmant ou d'un peu trop d'alcool, vous recevez des consignes.
Pas facile. C'est un peu ma vie quotidienne.
Alors, o sont mes super pouvoirs ? Une chose dont je ris, c'est ma capacité étonnante à savoir ouvrir tous les emballages "ouverture facile" que mes connaissances NT ne peuvent ouvrir qu'à la tronçonneuse. J'ai élbaoré une théorie comme quoi ils étaient conçus par des gens "maladroits" ou dyspraxiques, et que seuls les "maladroite et dyspraxiques" comme moi sont en mesure de les faire opérer.
Pour mes troubles de l'attention, je vis de longues absences. Je les appelle les absences.
Pendant toute la première partie de ma vie disons jusqu'à mes 38 ans, j'avais la capacité de "m'absenter", quand je m'ennuyais ou sous le coup du stress (auto-hypnose spontanée) et en même temps d'enregistrer ce qu'il se passait sans chercher à le comprendre.
Mon exemple est la réunion qui s'éternise, surtout pour une secrétaire. Je pouvais parfaitement prendre des notes exhaustives (qui parle, que dit-iel ?) tout en pensant à complètement autre chose, ou en dormant. Si on me demandait mon avis, j'étais capable de repasser la bande sonore des 30 secondes qui avaient précédé, l'écouter et la comprendre, et répondre. Je présente mes excuses à mes supéreiurs pour ces siestes éveillée, néanmoins je faisais mon travail correctement.
Maintenant, évolution de la maladie, forte charge en benzo et baclo, je ne le peux plus, quand je m'absente, je ne suis plus du tout là.
Pour ce qui est de dormir éveillée, là encore je pense qu'il s'agit d'un état de transe auto-hypnotique. Je dispose d'une espèce d'interrupteur mental, que je peux actionner et, par exemple, tous les matins je fais ma gym en dormant. Un seul de mes neurones est vigilant pour capter les consignes du DVD et les éxecuter, pour le reste, je finis ma nuit.
Où vais-je quand je m'absente ? Souvent, comme c'est involontaire, je "prends" inconsciemment un bout du film, de la conversation, d'un livre (oui, je m'absente en lisant, et pas que des ouvrages que je trouve ennuyeux). Je pense à des moments, à des conversations, à des trucs et des machins, bref, je somnole, je rêvasse.
Quand le déclic est volontaire je pense à des chats, un jardin japonais en fleurs sous la neige, au Lac Léman.
Désormais, benzo, âge, alcool consommé par le passé, mon pauvre encéphale part en brioche. Comme tout le monde j'ai été très choquée par les tueries du vendredi 13. Je me réveille à peine péniblement. Mon très bel amour a compris, toujours bienveillant, sans doute inquiet. Mes bugs étaient longs et fréquents. e me remets, comme nombre d'entre nous, et la façon dont ces attentats m'ai "impactée" ne présente pas grand intérêt.
J'ai tout de même entendu parler de "psychose collective", de "délire mystique" et de "fous" et "d'idiots". Je laisse pisser pour le moment, à tort ou à raison. Je ne risque pas, comme les personnes racisé.e et/ou musulman.e.s d'humiliation, d'oppression pire encore... Dois-je attendre que dans les HP des arrêtés obligent les soignant.e.s à dénoncer les propos problématiques des usager.e.S ? Comme on nous avait demandé (circulaire) de balancer aux flics des étrangers en situation irrégulière ?
Je me réveille dans le chagrin, et la lassitude, déjà.
vendredi 13 novembre 2015
De quoi PN est-il le nom ?"
(ceci est une boite, mets ton ex dedans)
Je lis encore de trop nombreux articles pseudo scientifiques sur ce diable moderne que serait "lae pervers.e narcissique".
Il s'agit d'un concept bidon, ne désignant rien ni personne au niveau psychopathologique, et servant volontiers de fourre-tout pour ranger bien "proprement" un.e ancien.ne amour.e ou un patron vindicatif.
De quoi pervers.e narcissique est-il le nom ? De la psychophobie, de la peur presqu'universelle des relations affectives, de ce qui nous arrive à quasi tou.te.s (sauf quelques personnes qui me rendent admiratives) au décours d'une relation amoureuse qui devient difficile, moche
... ou se termine.
Bien évidemment la maltraitance psychologique existe et c'est vivre une horreur que de la vivre. Bien sûr il existe des gens cruels au foyer et adorables en société... Je ne renie pas pour ma part la notion de "pervers" (perversité = jouissance à infliger le mal, différent de "perversion" qui désignerait une "déviance" sexuelle) mais stop.
Plusieurs choses sont à l'oeuvre qui se voient chez des personnes dites perverses, mais qui dans les nombreux articles sont délayées et rendues vagues et peuvent correspondre à grand nombre d'hommes et de femmes, sont diluées et élargies.
Mon gros problème face au terme et son usage généralisé est la psychophobie qu'il véhicule. "Iel me fait du mal, c'est qu'iel est fou.folle"
De cette façon là et aussi de manière cruelle pour les personnes, porteuses de troubles psy surtout, qui éprouvent des difficultés dans leurs relations amoureuses. Je pense aux notions de "chantage" (j'ai évoqué dans mon billet sur la mort le "chantage au suicide", la dépendance affective soulignée ("iel ne vous quittera pas"), d'être différent.e dans la sphère privée et sociale (ici aussi sans précision, après je pense que tout le monde se présente de manière policée à l'exterieur et "plus nature" chez soi, à tort ou à raison)
Ouane again, les mots sont importants, les concepts sont importants. Ne psychiatrisons pas les gens, n'utilisons pas des "diagnostics" comme des insultes ou des cases à ranger les malfaisants (idem pour le tueur psychopathe, le terroriste fou, le serial iller schizophrene), apprenons à vivre ensemble, ne diluons pas les souffrances des victimes en amollissant les concepts et les diluant.
jeudi 12 novembre 2015
Harcèlement à l'HP
A l'hôpital comme partout les femmes peuvent être victimes de harcèlement. Cela va de la proposition sexuelle plus ou moins crue aux gestes déplacés...
Il est complexe pour les soignant.e.s de "réguler" ce "problème", je l'entends bien (j'y ai été également confrontée en tant qu'infirmière) il n'en est pas moins que lorsque l'on va très mal (au point d'être hospitalisé.e), se faire demander en boucle une fellation à 6h du matin est dur et cru, insupportable.
Longtemps je n'en ai rien dit. Cela est triste mais le harcèlement est partout et je me demandais ce que les infirmier.e.s pouvaient faire.
Iels ne font rien - ou pas grand chose.
Je fus victime du "mais vous c'est pas pareil", entendre "Vous vous êtes raisonnable, vous êtes d'un "niveau supérieur", lui il ne peut se maîtriser, il n'est pas méchant il ne va pas vous violer, vous êtes en mesure de comprendre"
Ce qui est en fait la réponse très souvent apportée aux femmes se faisant agresser dans l'espace public. "Au fond ce n'est pas bien grave, inutile d'avoir peur"
Reste que le harceleur n'est pas "repris" le plus souvent. Son comportement problématique envers toutes les femmes est connu et ça embête bien les équipes mais que faire ? A iels de trouver les réponses. Je note cependant qu'insulter un.e infirmier.e.s ou un.E médecin est recadré, les mots crus envers une patiente, beaucoup moins.
Ma dernière hospit' fut super, vraiment et m'a beaucoup aidée, en service ouvert, super équipe. Il m'est arrivé un pépin cependant. C'était ma première matinée dans le service, j'étais en cours de rémission d'une décompensation quasi catatonique et encore incapable par exemple, de réaliser une déco de noel proprement.
A 5h du matin je me suis réveillée, comme tous les matins, et j'ai voulu aller fumer sur la terrasse. Les feux étaient encore éteints et je cherchais mon chemin dans le noir quand un homme, que je ne voyais pas dans l'obscurité, m'a hélée en chuchotant pour me dire bonjour.
Cela n'a rien d'exceptionnel et j'apprécie toujours lier des connaissances, à l'hôpital ou ailleurs Il a tenté de me faire la bise en me passant un bras autours de la taille, j'ai pu reculer et imposer une poignée de main. Je n'avais alors pas peur. Il m'a signifié que la terrasse était encore fermée "ma pauvre" et a ajouté "tu me suces en attendant ?" j'ai refusé vivement et ai filé dans ma chambre loquet fermé.
Mal à l'aise je n'ai rien signalé à l'équipe à ce moment là. Un ou deux jours plus tard, au cours d'un atelier esthétique, je m'en suis oiverte à l'infirmière, un peu sur le ton de la plaisanterie. "Il m'a fait des propositions indécentes" Elle s'est montrée surprise, choquée serait un terme trop fort, et m'a vivement conseillé de le signaler au psychiatre chef de service. Je lui ai dit que je le ferai. J'étais rassurée que l'incident soit pris au sérieux.
Plus tard dans la journée un infirmier m'a reparlé de cet épisode de harcèlement, me redisant d'en parler au psychiatre et, si j'en ressentais le besoin, de déposer une main courante au commissariat.
C'est là que j'ai commencé à flipper. Je ne saurai jamais si l'homme qui m'a proposé de le sucer de bon matin avait des antécédant de crime ou délit sexuel, mais c'est vraiment ce que je me suis dit.
Et puis ce type m'a couvé d'un regard noir, m'a fait des remarques "par ta faute je vais devoir voir [nom du psy]"
J'avais peur. Je me rendais compte du problème : l'agresseur est repris, mais il reste dans le même service o les équipes ne peuvent être présentes sans cesse. En quasi huis clos.
J'ai été reçue par le Dr S. J'ai du redire le déroulement des événements tandis qu'il pianotait sur son ordinateur. Il m'a demandé les termes exacts (toujours vaguement soupçonnée de "fantasmer" voire "délirer") J'ai répété les termes exacts, il a sursauté.
Et rien.
L'homme en cause ne venait que le we et je ne suis pas restée hospitalisée longtemps, mais le malaise était là tous les vendredis soir.
L'hôpital est le lieu o, usagere schizophrène, femme à la libido galopante, je suis censée être protégée de mes "pulsions". Je le suis moins des "pulsions" des hommes harceleurs. Ici l'affaire a été prise en grand sérieux. Honnêtement je ne sais pas ce que l'équipe aurait pu faire de plus et je les remercie chaudement d'avoir écouté mon récit et acté une réaction collégiale. Cela doit à mon sens être réfléchi et je comprends bien les complications. Les femmes vivant avec des troubles psy sont plus souvent abusées que les femmes n'ayant aucun trouble psy (qui en subissent déjà énormément)
Je termine en disant que ce ne fut pas le plus "pénible" pour moi, le plus insupportable est l'usager dit déficitaire qui répètes en boucle "tu me suces tu me croques ?" pendant 20 minutes le matin et dont le comportement agace les équipes sans qu'il semble "possible" d'y remédier. Mais au moins qu'on ne sous entende pas que c'est bien naturel, que je peux "comprendre" et que je suis en sécurité. Il ne me violera pas, mon intégrité n'est pas en danger, je peux comprendre que cet homme n'ai pas les capacités de restreindre tout ceci, mais qu'on le lui restreigne, nom de bleu, ce n'est pas anodin, ça ne me fait pas rien, on ne peut décemment pas passer ces mots sous le "de toute façon il est comme ça". Le dit-il à une infirmière ? Jamais. Donc il sait se restreindre.
mercredi 11 novembre 2015
Sexualité, oppressions croisées
Ma propre sexualité est évidemment anecdotique mais je vais exposer
les grands traits pour expliciter mon propos. J'ai une libido souvent
foisonnante, elle a été aussi totalement en sommeil sur de très longues
périodes, j'ai connu des relations fixes, exclusives, et des périodes où
je rencontrais de multiples partenaires.
Je n'apprendrai rien à mes soeurs-femmes sur ce qu'il nous est dit de notre sexualité et à quel point elle est niée, bafouée, psychiatrisée, depuis les hystériques de Charcot, les nymphomanes. Combien l'on nous stigmatise : salope, coincée, toujours infantilisées et irresponsabilisées, quand y'en a beaucoup c'est de la nymphomanie ou un problème hormonal, quand y'en a pas c'est une névrose ou un problème hormonal. Heureusement que les hommes de + de 20 ans n'ont pas d'hormones, on n'aurait pas le cul sorti des ronces. Nous sommes censées ne pas savoir, que nos non veulent dire oui, que nos oui sont slut shamisés, etc etc etc etc
Quand on est folle, quand on est psychiatrisée, le fardeau est pire encore. Après le "tu aimes baiser avec plein de gens, tu dois être folle" est venu le "si tu as envie de baiser avec plein de gens, c'est parce que tu es folle"
J'en ai entendu, du grand classique du music hall "tu ne te respectes pas" au "tu dois être protégée de toi-même" "tu es dans une période où tu te roules dans le caniveau, il te faut te médiquer sérieusement, te protéger à l'hôpital" Je serais une adulte non responsable, traitée comme une mineure de moins de 15 ans, là o les non sont censés vouloir dire oui, mes oui signaient un état aigu de folie.
Alors bon, j'ai eu de multiples partenaires, j'ai souvent pris du plaisir, souvent pas trop aussi, ce sont les aléas des rencontres nombreuses, tous les gens ne s'imbriquent pas toujours de manière satisfaisante pour soi dans une osmose magique qui serait générée par le peau à peau (et les hormones), respect de soi ou pas au final c'est mon histoire (mon mépris de moi sous d'autres formes était très bien toléré par contre), respect des autres, oui, toujours (on ne demande jamais aux hommes s'ils se respectent quand ils fuckent avec des inconnues) et c'est ennuyant d'en parler parce que voilà, c'est anecdotique, je vis une sexualité parmi d'autres.
Dans mes moments sans libido, mes proches étaient très rassurés. J'étais calme, je me respectais, je n'étais pas malade, ou moins, ou selon un mode très acceptable : je ne leur semblais pas en danger. Peu importe que la flamboyance de ma libido soit liée à mon humeur, aille avec ma vitalité. J'étais semi morte, abominablement triste ou vide et abrasée, je souffrais de ne pas ressentir de désir sexuel (que je peux asouvir seule, parle à ma main) mais bon, j'étais bien rangée chez moi à me morfondre avec mes 72 chats.
J'en suis venue à culpabiliser, à me dégoûter (et la faille narcissique était déjà bien présente) à me qualifier de nombreuses perversions et paraphilies. Jusqu'aux jours o mapsychologue à qui j'en parlais en séance, de manière alambiquée mais en gros pour battre la coulpe, me dise calmement que la sexualité infantile c'est très bien, c'est riche, foisonnant, gai, ça va un peu dans tous les sens et c'est bien plaisant.
Joie. Libération. Empowerment. Je fus apaisée avec un sourire tout ravi de chat comblé.
La sexualité des schizophrènes est taboue. Comme nous sommes déresponsabilisées, infantilisée, bien des soignant.e.s admettent comme axiome que nous sommes incapable de donner ou refuser notre consentement. Tout homme, femme, autre genre est soupçonné.e de prédation en couchant avec nous. Voire ça dégoute un peu (vrai, de ce que j'ai entendu comme soignante) Les fantasmes vont bon train. Toute pratique sortant un peu des sentiers battus est marquée du sceau du symptôme, de la déviance, de la pathologie lourde, de la vulnérabilité face à un.e partenaire qui serait pervers.e et abuserait de nous.
Les troubles sexuels liés aux troubles (pour moi, la dépression) psy et/ou aux traitements sont très mal pris en charge. Les psychiatres s'affolent plus rapidement d'un trouble de l'érection chez un homme ("vite changeons de molécule sinon on risque la rupture de traitement") qu'un trouble du désir ou du plaisir chez une femme ("Il faut le supporter madame ça serait encore plus pire que pire si vous arrêtiez le traitement")
Je pense revenir dans une autre note, plus spécifiquement sur le harcèlement sexuel à l'HP.
Je n'apprendrai rien à mes soeurs-femmes sur ce qu'il nous est dit de notre sexualité et à quel point elle est niée, bafouée, psychiatrisée, depuis les hystériques de Charcot, les nymphomanes. Combien l'on nous stigmatise : salope, coincée, toujours infantilisées et irresponsabilisées, quand y'en a beaucoup c'est de la nymphomanie ou un problème hormonal, quand y'en a pas c'est une névrose ou un problème hormonal. Heureusement que les hommes de + de 20 ans n'ont pas d'hormones, on n'aurait pas le cul sorti des ronces. Nous sommes censées ne pas savoir, que nos non veulent dire oui, que nos oui sont slut shamisés, etc etc etc etc
Quand on est folle, quand on est psychiatrisée, le fardeau est pire encore. Après le "tu aimes baiser avec plein de gens, tu dois être folle" est venu le "si tu as envie de baiser avec plein de gens, c'est parce que tu es folle"
J'en ai entendu, du grand classique du music hall "tu ne te respectes pas" au "tu dois être protégée de toi-même" "tu es dans une période où tu te roules dans le caniveau, il te faut te médiquer sérieusement, te protéger à l'hôpital" Je serais une adulte non responsable, traitée comme une mineure de moins de 15 ans, là o les non sont censés vouloir dire oui, mes oui signaient un état aigu de folie.
Alors bon, j'ai eu de multiples partenaires, j'ai souvent pris du plaisir, souvent pas trop aussi, ce sont les aléas des rencontres nombreuses, tous les gens ne s'imbriquent pas toujours de manière satisfaisante pour soi dans une osmose magique qui serait générée par le peau à peau (et les hormones), respect de soi ou pas au final c'est mon histoire (mon mépris de moi sous d'autres formes était très bien toléré par contre), respect des autres, oui, toujours (on ne demande jamais aux hommes s'ils se respectent quand ils fuckent avec des inconnues) et c'est ennuyant d'en parler parce que voilà, c'est anecdotique, je vis une sexualité parmi d'autres.
Dans mes moments sans libido, mes proches étaient très rassurés. J'étais calme, je me respectais, je n'étais pas malade, ou moins, ou selon un mode très acceptable : je ne leur semblais pas en danger. Peu importe que la flamboyance de ma libido soit liée à mon humeur, aille avec ma vitalité. J'étais semi morte, abominablement triste ou vide et abrasée, je souffrais de ne pas ressentir de désir sexuel (que je peux asouvir seule, parle à ma main) mais bon, j'étais bien rangée chez moi à me morfondre avec mes 72 chats.
J'en suis venue à culpabiliser, à me dégoûter (et la faille narcissique était déjà bien présente) à me qualifier de nombreuses perversions et paraphilies. Jusqu'aux jours o mapsychologue à qui j'en parlais en séance, de manière alambiquée mais en gros pour battre la coulpe, me dise calmement que la sexualité infantile c'est très bien, c'est riche, foisonnant, gai, ça va un peu dans tous les sens et c'est bien plaisant.
Joie. Libération. Empowerment. Je fus apaisée avec un sourire tout ravi de chat comblé.
La sexualité des schizophrènes est taboue. Comme nous sommes déresponsabilisées, infantilisée, bien des soignant.e.s admettent comme axiome que nous sommes incapable de donner ou refuser notre consentement. Tout homme, femme, autre genre est soupçonné.e de prédation en couchant avec nous. Voire ça dégoute un peu (vrai, de ce que j'ai entendu comme soignante) Les fantasmes vont bon train. Toute pratique sortant un peu des sentiers battus est marquée du sceau du symptôme, de la déviance, de la pathologie lourde, de la vulnérabilité face à un.e partenaire qui serait pervers.e et abuserait de nous.
Les troubles sexuels liés aux troubles (pour moi, la dépression) psy et/ou aux traitements sont très mal pris en charge. Les psychiatres s'affolent plus rapidement d'un trouble de l'érection chez un homme ("vite changeons de molécule sinon on risque la rupture de traitement") qu'un trouble du désir ou du plaisir chez une femme ("Il faut le supporter madame ça serait encore plus pire que pire si vous arrêtiez le traitement")
Je pense revenir dans une autre note, plus spécifiquement sur le harcèlement sexuel à l'HP.
mardi 10 novembre 2015
Précieuxses allié.e.s
Cher.e.s vous, que j'aime, apprécie, estime, ma famille, mes ami.e.s, mon très bel amour, les inconnu.e.s ou connaissances des réseaux sociaux
Je vous parle de psychophobie, je vous parle parfois de mon militantisme, je m'exprime comme je le peux, ici et ailleurs.
Je clame le mot psychophobie, que je définirais par la discrimination, l'oppression du groupe dominant envers les personnes vivant avec des troubles psychiatriques, et/ou que certain.e.s nomment neuroatypies (ces personnes ne se vivent pas malades, mais "différentes" du plus grand nombre de par leur fonctionnement neuropsychique). Cette définition zst criticable et je suis ouverte à correction.
La psychophobie en pratique, qu'est-ce ?
C'est la partie émergée de l'iceberg : la discrimination à l'embauche, aux études, les difficultés sociales, les rejets "criants" par partie de la population autoproclamée normale. Les difficultés à obtenir un prêt (risque suicidaire), à entretenir un dialogue serein envers les autorités bancaires en général.
La psychophobie c'est le rejet, la peur inspirée par la "différence", la stigmatisation, c'est l'image hollywoodienne du serial killer "schizophrène", c'est le fou sans abri et sans soin aux comportements récrié par "les braves gens"
La psychophobie c'est les violences medicales qui perdurent encore dans certaines institutions, les hospitalisations sous contraintes, contentions physiques, médications forcées abusives (en mon sens toutes ne le sont pas même si elles pourraient être évitables)
La psychophobie c'est la santé mentale cinquième roue du carrosse avec une carence de soins et de bien traitance liée au manque de personnels soignant.e.s, de lieux de soins, d'hôpitaux et cliniques, les proches et les usager.e.s qui ne trouvent pas, ou très difficilement, de lieux de soins, de lieux d'écoute, de lieux de soutien et cela lors même de situations d'extrême urgence, des soignant.e.s, professionnel.les débordé.e.s par le manque de moyens.
La psychophobie c'est le traitement de la folie par les médias, les émissions scandales sur les Unités pour Malades Difficiles présentant des usager.e.s ayant commis des crimes, ayant donc un passif medico legal, et tendant à stigmatiser l'ensemble des psychotiques (nous sommes 600 000 schizophrènes à vivre en France tout à fait paisiblement dans une grande majorité.), ce sont les reportages sur les fous criminels, dont les passages à l'acte sont montés en épingle (beaucoup plus que les ô combien nombreux feminocides perpétrés par des hommes tout à fait neurotypiques, par exemple et qui sont qualifiés de "drame familial") et qui entretiennent la peur envers les usager.e.s.
La psychophobie ce sont les "fantasmes" autours des troubles, fantasmes de violence, mais aussi romantisation, de type belle jeune femme pâle et alanguie pour illustrer la dépression ou artiste maudit pour illustrer la schizophrenie, ou encore personne poétiquement marginale avec un entonnoir pailleté sur la tête.
La psychophobie c'est le paternalisme médical, le discours "iels ne savent pas ce qu'iels disent, font, il faut les proteger d'euxlles mêmes, pour leur propre bien, sans leur demander leur avis qui est faussé.
La psychophobie c'est une longue Histoire de la maltraitance des fous (conseil de lecture : Un monde de fous de Patrick Coupechoux)
La psychophobie c'est aussi moi, vous, nous tous, comme pour toute oppression systémique nous ne pouvons pas brandir l’étendard "hashtag les gens".
Voilà mes ami.e.s, mes proches, mon très bel amour, ce que nous pouvons faire pour lutter contre la psychophobie quotidienne, celle qui sape dès la base, insidieusement, celle qui s'infiltre, celle à laquelle nous ne faisons pas attention parce que c'est pas grave au fond et que les vrais problèmes ne sont pas là.
Les termes : arrêtons d'user de termes psychiatriques pour qualifier des personnes dont le comportement nous indispose, nous choque, nous semble étrange. Iel n'est pas "fou.folle" "hystérique" "parano" "schizo". Le terroriste kamikaze et le criminel non plus, l'homme politique au discours insoutenable non plus.
Pour reprendre une connaissance : "borderline" n'est pas un adjectif, c'est un trouble grave et très douloureux à vivre. Une situation est "limite", "ambiguë", pas borderline.
"La psychose de la vache folle" n'est pas une psychose, c'est une peur collective.
Un discours n'est pas "schizophrene" il est contradictoire.
J'insiste : les termes sont importants, associant maille après maille l'idée des troubles psy et ceux qui vivent avec comme mauvais, dangereux, incohérents. Ils créent un climat particulier, psychophobe.
Les diagnostics : n'ayons plus peur des diagnostics, ils sont des mots qui désignent une pathologie, des symptômes. Resneignez vous, sur internet, auprès de vos soignants, auprès de proches ou de connaissances versés en psychiatrie/psychologie. Evitez les forums "médicaux" qui vous effrayeront, vous donnerons des idées biaisées ou pas très saines sur les diagnostics et les concerné.e.s Je vous invite à libérer votre parole envers moi pour me demander, même si je ne sais pas tout, évidemment. Je ne vous donne pas une injonction à ne pas vous inquiéter, mais peut-être à envisager ce diagnostic comme celui d'une maladie physique, en essayant de minimiser toute la charge vue ci-dessus.
La honte : la psychophobie et l'opprobre étant réels et avérés, nombreux.ses sommes nous à avoir honte de ces troubles, chez soi-même ou chez un.e proche. Pas facile de dire "en effet mon fils/ma fille ne va pas bien, iel est schizophrène et traverse un état aigu" ou "ma compagne ne peut pas travailler car sa schizophrénie l'en empêche" Ilm'est difficile de le dire. Je l'évite parfois. Il reste que déclarer avoir un trouble psy engage à des risques réels de jugements, de crainte voire de rejet. Ainsi, pour ma part, j'aime à m'outer moi-même. J'apprécie d'en discuter avec mes proches et mes connaissances afin de "controler" l'information circulant à mon propos car j'estime avoir une assez claire idée des "risques". Essayons, ce n'est pas facile, de ne pas avoir honte. Tant de choses nous poussent à baisser la tête et à éluder, mais restons fier.e.s quand nous le pouvons. C'est en parlant librement et calmement, en annonçant les troubles, que nous pourrons faire apparaitre que nous, NA, sommes des personnes sensées, avec des vies "normales" (pas en camisole en train de baver...), une vie sociale, professionnelle, amoureuse, autonome. C'est en parlant de nous que nous existerons autrement que dans Psychose
Le soutien : m'a toujours été précieux. Ne silenciez pas les troubles, ne les minimisez pas. Je vais parler brièvement de ce qui me concerne : les troubles schizophréniques, les troubles de l'humeur notamment la dépression, les troubles addictifs et compulsifs, les troubles anxieux, les troubles du comportement. Je veux bien entendre être paresseuse, mais lorsque je suis en phase dépressive, *je ne peux pas*. Dire "Il faut te motiver, te stimuler" c'est dire à une personne aux eux jambes dans le plâtre "marche, ça te fera du bien, moins tu marches moins tu sauras marcher"
Quand je suis angoissée, je suis angoissée "pour rien". J'admets apprécier être rassurée et que l'on me repose les choses, très personnellement j'apprécie beaucoup les câlins et embrassades qui m'apaisent, mais je sais que je me "fais du souci pour rien". Le savoir ne diminue pas le vécu d'angoisse. Si l'angoisse est paroxystique, je peux avoir l'impression que je suis en train de mourir. Il ne sert à rien alors de me dire "calme toi", si je le pouvais, je n'aurais jamais de crise d'angoisse. J'apprécie cependant la présence à mes côtes.
Pour tous les troubles addictifs et compulsifs, je dirais, très personnellement encore, deux angles qui peuvent sembler contradictoire. Je sais qu'ils sont dommageable à ma sant, mais je suis demandeuse dans le même temps de limites, que l'on me signale que je déconne.
Pour les troubles du comportement, même si sur le moment je suis en furie, je crois qu'il est juste et bien de me dire que ça ne va pas, que je fais n'importe quoi. J'estime toujours très personnellement, que mes proches n'ont pas à tout accepter de ma part, dans aucun cas.
En ce qui concerne les troubles schizophreniques, je sais qu'ils peuvent mettre mal à l'aise et dérouter.
En résumer, parler, parler, parler la parole aide et sauve, clarté, non-jugement, bienveillance. Et je m'inclus dans le lot, car je ne suis bien évidemment pas à l'abri de juger autrui et de me montrer dure.
Ne pas taire : puisque nous y venons. Tenter de ne pas s'enferrer dans le "je ne veux pas parler de cette période, c'était trop trite/glauque/inquietant/c'est du passé" Je ne préconise pas de parler sans cesse de tout tout le temps, mais de ne rien recouvrir d'une chape de plomb. Le dialogue peut faire du bien, vous pouvez découvrir une souffrance que j'ai vécue, je peux découvrir les vôtres, nous pouvons ensemble découvrir à nouveau tout l'amour que nous nous portons, et comment faire pour éviter de se blesser à nouveau.
Les avis et conseils : me sont toujours bienvenus. Et, sérieusement, je suis ouverte à pratiquement tout conseil, chimie, thérapies par la parole, techniques type méditation, outils TCC, phytothérapie... Conseiller c'est über chouette. Mais devrait rester au stade "conseil". Si je dis que ça ne me convient pas, fin du conseil. Me dire que les antipsychotiques détruisent mes neurones, c'est non. Dire à une personne que seuls les antipsychotiques qu'iel a décidé d'éviter sont sont seul recours, c'est non. Les conerné.e.s savent. Nous sommes principaux.ales acteurs.trices de notre santé. Le forcing n'est pas une option. Nous souffrons de la situation et il s'agit de notre corps, notre psychisme, même si vous souffrez de nous voir souffrir il ne s'agit pas de votre décision. Un pronostic vital engagé peut à mon sens (et à mon sens seulement) justifier une hospitalisation sous contrainte, mais je vous en prie, respectez les avis de ceuxlles qui vivent avec les troubles.
Rire : j'apprécie beaucoup le second degré de la part de proche déconstruits. Et nous apprécions tous de rire ensemble de tout et de rien, ne perdons pas le sens de l'humour.
Voilà mon topo mes précieux.ses allié.e.s, mes ami.e.s, mon amour. Cher.e.s connaissances et inconnu.e.s du net. On peut faire du mal sans le vouloir, j'en fais aussi (qui peut se dire déconstruit.e ? Pas moi) je nous invite tou.te.s à amener notre pierre à l'édifice vers plus d'ouverture, la société, c'est bel et bien nous. Luv you all.
"Errance médicale"
Enfant j'étais souffrante, au sens strict. Ma mère l'avait proposé plusieurs fois de rencontrer une psychologue mais j'avais refusé et elle ne m'a pas forcée. J'avais très peur, j'imaginais une femme âgée et très austère, jugeante, qui verrait en moi ou justement ne verrait rien et, en résumé, m'engueulerait. Je me sentais coupable de me montrer inquiétante pour ma maman, je souffrais de tristesse, certes, mais j'avais l'intime et diffuse conviction qu'il s'agissait d'un état normal et habituel.
Quand j'ai eu 17 j'ai tenté de mettre fin à mes jours et j'ai consulté, toujours sur avis de ma mère, un médecin généraliste, le Dr B., très à l'écoute et très bienveillant. Je l'ai vu plusieurs fois et j'ai constaté que cela m'apaisait de parler. Il a refusé, quand je le lui ai demandé, de m'adresser à un spécialiste, ne voulant pas me "psychiatriser" si jeune. Je souhaitais faire un travail plus en profondeur. Il m'a cependant, constatant que ma tristesse ne cédait pas avec le temps, médiqué quelque peu avec du Stablon et du Lysanxia à petites doses.
Je suis entrée la même année à l'Institut de Formation en Soins Infirmiers où mes troubles sont devenus plus flamboyants et insupportables, modifiant mon comportement et mettant en péril ma vie sociale, familiale, pas encore mes étude et de mon propre chef j'ai consulté une psychiatre psychanalyste, le Dr T.
J'avais la conscience, ou la croyance ancrée que le nomadisme, l'errance médicale, c'était mal, et qu'il fallait rester avec le même thérapeute pour ne pas s'éparpiller et ne pas être soupçonnée de manipuler les professionnels.
Je voulais vraiment être une bonne patiente. J'envisageais le corpsmédical comme d'une essence supérieure qui saurait me soigner, me rééduquer même, là où moi, je ne comprenais rien.
Il s'est joué un truc entre ma conscience précaire d'exister et ma mesestime de moi-même et de mon jugement. Mon désir, mon besoin d'être prise en charge, d'être portée, parce que je constatais que je ne pouvais plus. Un truc flou, le médecin sait moi je ne sais pas, une confiance aveugle, absolue, inconditionnelle, motivée par ce que je viens de citer et par un besoin vital d'être soulagée de mes peines.
Le médecin sait. Je dois écouter le médecin, prendre le traitement qu'il me prescrit, répondre à ses questions.
Le Dr T. ne me convenait pas, elle me demandait énormément de comprendre mes parents si démunis face à "ma maladie", à "l'horreur" que je leur montrais qui expliquait logiquement les horreurs qu'ils pouvaient me dire. Souvent je ne disais rien, elle ne disait rien, je passais des dizaines de minutes dans le silence jusqu'à la délivrance de la fin de la séance. J'étais médiquée, quand j'ai été diplomée elle me demandait quels médicaments se faisaient alors qui soient antipsychotiques et ne fassent pas grossir. Elle ne m'annonçait pas de dagnostc ni ne les expliquait de façon ormelle mais à ma question sur la durée de la thérapie elle me disait qu'elle serait à vie pour trianguler ma relation avec ma mère "à cause de [ma] psychose"
J'allais mal, je me scarifiais durement, je consommais des toxiques, je subissais une lourde charge anxieuse, je subdélirais, et pourtant je m'accorchais à elle.
Parce que j'étais convaincue que sans elle ça irait encore plus mal. Parce que l'errance médicale c'est mal. Parce que je pensais être une mauvaise patiente qui n'arrivait pas à guérir.
J'ai été hospitalisée, à ma demande seule. J'ai été durement maltraitée, "chambre forte" traitement en grammes, légumisée, je me lamais, recousue sans xylocaïne, et autres.
Mais je pensais que c'était pour mon bien, même si je suis sortie plus mal que je suis entrée, plus mal mais tassée par les traitements.
Et quand c'est allé mal à nouveau, j'ai demandé ce même hôpital. Qui m'a refusée. Parce que je pensais, malgré mon travail d'infirmière en psy qui me montrait autre chose en matière de soins, que ce serait partout pareil. Qu'il était capital de ne pas s'éparpiller dans les soins.
Je veux en venir au terme d'errance médicale, en psy (chiatrie chologie, chanalyse)
Il est immensément compliqué de trouver un thérapeute qui convienne. Quand on en sent le besoin, quand on a cette volonté de travailler sur soi, on est lâché dans un magma de noms, de professions, de personnes.
Tous les thérapeutes, toutes les approches ne conviennent pas. Qui va aller vers la parole, qui vers la médication, qui vers les TCC etc. Brisons un tabou et signalons qu'il existe des professionnels violents psychologiquement (telle la psychiatre que je consultais pour mes problemes addictifs et qui ne m'a parlé que de mon poids et de mes méthodes de paiement) Il est reproché aux usager.e.s de changer de thérapeutes, d'user d'errance méedicale, de mésuser des soins, de manipuler, de n'en faire qu'à notre tête.
Quand on nous demande d'être responsable de notre traitement.
Trop souvent on nous demande de prendre cette "responsabilité" d'avoir une parfaite observance sur un traitement sur lequel nous n'avons pas voix au chapitre.
Alors oui dans cette jongle des professionnels de la santé mentale, il nous arrive de changer de thérapeute. J'ai recontré de superbes personnes qui m'ont aidée immensément, et la plupart de mes soignants furent de "bons" soignants, qui m'ont apporté beaucoup, qui m'ont écoutée et prise comme partenaire à part égale des soins. Mais changer trois ou quatre fois de "psy" durant une année n'est pas du nomadisme médicale, n'est pas faire comme bon nous semble en s'en tapant de ce qu'on nous dit, c'est une recherche d'un.E soignant.e qui nous convienne, qui soit neutre et bienveillant.e, avec qui l'on se sente en confiance et à l'aise, parce que frak, on va être amené.e à parle des choses les plus intimes que même nos très proches ne soupçonnent pas.
Ce que je demande à un.e psychologue, un.e psychiatre, c'est l'ouverture du dialogue. Beaucoup fonctionnent ainsi. Pour les autres, que personne ne nous reproche de les laisser.
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