jeudi 13 septembre 2018

Schizo lucide






Aussi appelé "Vous êtes une exception" ou encore "C'est ça qui fait pas schizo" (citations originales de mon psychiatre hospitalier)

Alors oui par périodes aiguës (surtout accès maniaque, décompensations schizophréniques) je peux délirer à fond les ballons et être hallucinée, et je peux encore entendre et sentir des "trucs" dans ma tête en période disons stable.

Cependant je les critique toujours, en live. Je sais que le "déni" et la non conscience des troubles semblent fondatrices du diag de schizo. Mais, alors que je me croyais seule dans ce cas et encore plus bizarre que les autres bizarres, je suis loin d'être un cas isolé.

J'en ai pris conscience en fréquentant les groupes et autres NAPA.

C'est simple, l'idée délirante est une conviction erronée. Mais ce n'est pas parce que je critique cette idée en même temps qu'elle se produit qu'elle n'est pas une conviction. Je suis convaincue de parler à Freyja/avoir des énergies particulières/être capable d'écrire de la littérature psy qui révolutionnera le monde et en même temps je sais que c'est infondé. Alors souvent je me laisse vivre mon délire (qui pour le coup est agréable) sans essayer d'évangeliser les foules avec mon truc.
C'est comme les hallus : j'entends la tourterelle, mon cerveau et mes aponévroses vibrent, je ressens des vertiges, j'entends mon père chuchoter à mon oreille ou mon amoureux rentrer. Je les entends et ressens réellement mais je sais que ce n'est pas réel. Et contrazirement à l'idée assez ancrée que le savoir les fait disparaitre, ça ne les fait pas disparaitre.

Par moments je peux dérailler hein, bien sûr, parce que ça engendre une tonne d'émotions, de sensations, de ressentis. Et ça peut être genre allô, je ne peux plus refouler mes trucs tout arrive en chantant.


Mais je suis complètement capable de dire plus ou moins calmement au psychiatre "J'ai des idées bizarres en ce moment".

Ca ne veut pas dire que je suis "moins malade". Ca ne veut pas dire que je suis guérie. Ca ne veut pas dire que j'invente des trucs et qu'en fait c'est pas délirant. Ca veut juste dire que je suis à peu près lucide sur ce qu'il se passe dans ma tête.


Le Dr B (que je chéris, le psychiatre hospitalier qui m'a suivie pendant 15 ans) m'a ainsi dit, alors que je lui expliquais que lors de ma dernière crise je m'étais vue décompenser sans rien pouvoir faire "ça fait pas schizo". Il était bien embêté. Ca remettait en question son diag.


Je pense que les psychiatres hospitaliers ont un biais : ils connaissent surtout des personnes hospitalisées, donc dans un état de maladie relevant de l'urgence. Iels voient pas ou peu les psychotiques qui se gèrent à la maison, et qui sont on va dire comme moi. Parce qu'on est nombreuxses. Et qu'on est légitimes. Peut-être bien que les symptômes positifs sont juste l'expression d'un excès de sérotonine ou autre neuro transmetteur, et qu'on n'a pas toustes des problemes psychiques sérieux (mais que du coup ces dits symptômes en crée, ainsi que la discrimination psychophobe)

Mais non, je ne suis pas une exception, et big up à toustes celleux qui parlent à leurs hallus en sachant qu'elles sont un pur produit de leur esprit.

"Tu fais rien" apragmatisme et sidération




Voilà le grand reproche couplée de la grande inquiétude des proches "Tu ne fais rien"

Je reviens rapidement sur le travail rémunéré (que je distingue d'un autre travail tout aussi important, celui intra foyer, qui lui ne l'est pas, rémunéré) La culture du travail est au XXIeme siecle profondément ancrée en nous (et ce n'est pas une nouveauté). Il nous faut participer à la vie de la communauté, de la société, produire des biens, des services, de la culture. On m'a toujours inculqué cela, la valeur du travail (tandis que la gestion du foyer traditionnellement réservé aux femmes est sous évaluée, bénévole - sauf dans le cas de personnels exterieur, mal payés- et trivialisée comme du domaine de la base "c'est de toute façon à faire")
Donc voilà, après avoir été quinze ans infirmière, puis secrétaire puis assistante archiviste, j'ai décidé pour sauver ma peau de ne plus taffer.
Le reproche court souvent sous jacent et je crois que le jugement de valeur "Tu ne travailles pas = Tu ne sers à rien" est apposé à bien des personnes en situation de handicap. Il faut être un-e bonne invalide, rendre tout ce qu'on nous octroie (pensions, maigres assistances) être courageuxse, "se bouger" pour "s'en sortir".
Je ne peux simplement pas, plus. Je ne le souhaite plus. Bref, "je ne fais rien".


Mais ce qui peut inquiéter mes proches davantage est que je ne fasse rien à la maison. Comprendre pas de hobby, pas de sport, peu de vie sociale, peu de tâches ménagères (par période)
Bon, déjà je ne fais pas "rien" : je scrolle sur FaceBook, je lis, je câline les chats, je prépare les repas et fais la vaisselle. Pas très productif hein? Et pourtant ce sont des choses que je fais (et big up à toustes les vieilleux comme moi qui ont connu l'oisiveté pré internet, la mort par ennui)


Rien faire ça peut être lié aux mouvements thymiques. Habituellementn j'ai des "phases" de quinze jours à peu près dynamiques, quinze jours apathiques. Je peux me forcer à faire des choses, comme la vaisselle, la bouffe. Nettoyer les sols. Lire dix pages d'un bouquin. Mais ça m'est extrêmement pénible - et je tiens à dire que ce n'est pas lié à de la paresse ou à la célèbre procrastination. En vrai je n'ai pas de deadline. Je n'execute pas les tâches elles ne sont pas faites, voilà tout. Il s'agit et ne s'agit pas de cette texture particulièreb de flemme. L'apathie monte. L'aboulie m'envahit : je n'ai envie de rien, je m'ennuie, je ne prends plaisir à rien.


Je dois ajouter que le ménage est un truc que j'apprécie assez. A exécuter, pour ne profiter après. J'aime l'effort. J'aime accomplir des choses, les petites aussi. Il y a juste des moments où c'est bien trop lourd et pesant.


Également , la sidération, le truc bien psychotique et mélancolique. Rien n'a de sens. Rien que se doucher le matin devient complètement problématique : "je suis dans l'eau et je me touche le corps, pourquoi ?" Impression de profond ridicule, perte de sens. Ne pas savoir quoi faire après s'être mise debout le matin et enfilé sa culotte. Sidérée. Pourquoi pas hallucinée et en proie à des bails super existentiels pour rien.

Et enfin l’apragmatisme : ne pas être raccord avec la ralité materielle, ne pas "voir" ce qu'il y a à faire, ne pas comprendre comment pourquoi avec quoi. Sans parler de ma maladresse (un petit côt dyspraxique qui parait-il va de pair avec les schizophrénies) qui fait que je suis beaucoup plus lente et beaucoup moins efficace qu'une personne lambda.

dimanche 9 septembre 2018

Le rétablissement, comment ?






Je tiens à préciser que je parle d'un rétablissement, le mien, avec les méthodes de soins, care et auto care qui me conviennent à moi : cela ne conviendra pas à toutes les réalités, toutes les personnes, toutees les façons de vivre son trouble schizo affectif.


Ce que le rétablissement ne m'est pas (ou pas seulement) : la volontay, le courage, la gnaque "toucher le fond pour donner un coup de pied pour remonter" (comme disait Mano Solo "y'a toujours plus profond que le fond").
En vrai du courage et de la volonté on en a toustes, ça s'appelle "struggle for life" ou "moteur de survie".


Je me dis désormais rétablie. Il ne s’agit pas d'une santé psychique "parfaite", encore moins d'une vie "normale", habituelle ou d'un confort permanent : je connais des cycles de variations thymiques, je reste très sensible à certaines situations, j'ai parfois quelques hallu... Je continue de vivre avec les troubles schizo-affectifs, mais tellement "lissés" et minorés qu'ils en deviennent largement vivable.
Je me suis pacsée dernièrement avec mon conjoint depuis 4 ans (ma relation romantique la plus longue de toute ma vie, ma première cohabitation avec un autre humain, sans jalousie morbide, sans grands éclats, sans trop de douleur), j'ai pu surmonter la mort de mon daddy sans nécessité d'hiospitalisation, je vis ma vie quoi, sans être trop parasitée par ma pathologie. Je "gère".


Mon rétablissement est fondé sur plusieurs axes


-"La chance", quelques privilèges, les bonnes rencontres : que ce soit mon compagnon qui est complètement décent et soutenant (et pare excitation et cadrant), des rencontres avec des thérapeutes très aidant-e-s (oui je le mets sous le signe de la chance, tmtc camarade en errance diagnostique et thérapeutique), des moyens de vie qui me permettent de vivre et non seulement survivre (une pension de retraite de 1000€/mois, un logis bientôt mien, un coussinet de thune rapport à la succession) Tout cela me permet de débrayer du mode "comment finir la moitié du mois", "comment faire réparer la voiture/le scooter", "comment payer mon loyer ce mois et celui d'après". C'est capital pour obtenir un chill psychique.

- Les médicaments : la chimie m'a quasiment toujours bien réussi. Le Risperdal en injection tous les 14 jours (et c'est mon choix que ce soit sous cette forme) tempère quelques peu les mouvements thymiques et régule beaucoup les idées délirantes et les hallus (mon fameux cerveau qui vibre pendant deux heures le matin, genre chuis un diesel tavu), le Tercian me ralentit, est mon frein aux episodes d'hypomanie dangereux, apaise mon angoisse quasi constitutionnelle, le Seresta arrondit les angles et me permet de moins picoler, la Paroxetine me permet de ne pas être en dépression toute l'année. Je les chéris. Cependant c'est une contrainte, du travail, et des effets secondaires (bouche seche, dents fragiles, prise de poids, une certaine raideur musculaire)

- Les autres soins, nombreux et variés. J'ai plusieurs rdv soignants par semaine. Un entretien infirmier au CMP tous les 14 jours (avec la piqûre de Risperdal), un entretien medico psy tous les trois quatre mois, un entretien psychologue toutes les deux ou trois semaines, un entretien addicto par quinzaine (une fois l'infirmière une fois la médecienne), plus la dieteticienne, le médecin généraliste,la gyneco etc, ceux là pas en lien direct avec les troubles schizo affectifs.

- Le mini réseau social, surtout par le GEM de ma commune, qui me permet de rencontrer et fréquenter d'autres personnes PA et de faire quelques activités

-La lecture et l'auto education, capitales pour moi

-Les réseaux sociaux et le militantisme, même si je fatigue vite et que je suis très duispersée, m'immerger dans les communautés NAPA, aider, être aidée quasi en direct est infiniment précieux.

-Les chats : nous en avons quatre, parmi eux San est la grande impératrice sage infirmière qui m'apaise toujours, son amourr est inconditionnel et à l'épreuve de TOUT (17 ans que nous vivons ensemble), Clo est mon symbiote, notre relation est celle de la fusion totale et de l'amour pur, avec masse de câlins. Avec Grisou et Lubs la relation est très forte mais plus secondaire dirais je. Les chats ont toujours été et sont indispensables à mon équilibre psychique

-La jonglerie avec mon équilibre neurochimique : outre les medicaments, il me faut veiller chaque jour à ma jauge de caféine et de nicotine, sinon ça péclote.


-Pas de travail à l’extérieur : c'est simple, su les dix quinze dernières années de ma vie, travail rémunéré avec obligation de compétence (ce que j'entends tout à fait) = un burn out tous les six mois avec décompensation alcoolique et psychotique, trois ans d'arrêt maladie, des hospit et des soins à gogo.

-Beaucoup de routines et de ce que mon psychiatre hospitalier appelait les rituels : j'aime les changements et les surprises, mais il me faut un fond qui ronronne sinon je suis trop déstabilisée


Voilà donc ce qui m'est nécessaire pour être fonctionnel, à peu près serein et même, parfois heureuse :)


Bonne chance (oui) et courage (enfin, d'aide) à toustes pour le chemin de l'auto soin.

vendredi 24 août 2018

Relations romantiques et amicales







Je crois que la majorité des dukaneries entendues dans ma longue carrière d'usagère de la psychiatrie sont dues au thème "relations sociales et romantiques"
Reprenons.
Je suis psychotique bipolaire.
Je suis dépendante affective.
Je suis bie.
Et toute ma vie on ma dit que je ne savais pas aimer, que j'étais cheloue, que mes relations n'étaient pas saines.
D'abord cette aversion de la psychanalyse pour les relations fusionnelles. On ma seriné que ce n'était pas sain. Morbide et mortifère. [insérer andouilleries sur les relations à la Mère avant 9 mois et la crise de la peur de l'Etranger]
C'est en rencontrant mon amour et compagnon actuel que je me suis lâché la grappe à ce sujet. Je ne vois plus le mal à aimer de façon effrénée, à perdre le souffle, ça n impacte pas ma vie quotidienne, c'est ce dont MOI j’ai besoin (et lui aussi), j'y trouve mon équilibre et suis suffisamment rassurée. Je ne me sens pas aliénée, infériorisée, diluée. Bien au contraire. Mais pour la plupart des psy* c'est mauvais, caca, iels en font un vrai tabou : la relation fusionnelle c'est ta maman et toi dans les premiers mois de vie, sinon en gros c'est de l'inceste.
Allez vous faire cuire vos culs.
Ah, et ce serait révélateur de mon avidité orale hors norme de schizophrène. Et même si, j'ai envie de dire ?

Ma bisexualité, je ne lai que très très prudemment et du coup très peu abordée. Les tenant-e-s de la psychanalyse bien que s'auto bombardant parangons de l'ouverture d'esprit sont hyper chelou-e pour pas dire homophobes et biphobes. Chaque allusion de ma part à des désirs et/ou sentiments envers une femme se voyaient opposer un "c'est de l'ordre du fantasme" "si vous "passez à lacte" cela risque de vous faire décompenser" "vous voulez verifier que vous avez un phallus : ce n'est pas l cas". Donc d'une part pourquoi vouloir subir une telle violence et continuer à sen ouvrir ? Je me suis tue. D'autre part je me suis auto censurée pendant dix ans. Dans ma propre tête je me taisais mes fantasmes au sujet de femmes, mes désirs, ma véritable orientation sexuelle. Et comme on peut pas dire qu'il y ai foule de représentations de femmes lesbiennes sur les écrans, ça a fini à me garder dans mon joli placard bien fermé.

Les relations amicales : donc je suis pas championne en ça. Je suis bizarre de contact et assez inhibée, sauf quand j'ai bu (ceci explique mon alcoolo dependance en partie) Les interactions sociales me fatiguent beaucoup. Les grands groupes mépuisent, je suis plus à l'aise dans une discussion à deux trois qu'à une tabléee de six par exemple. J'ai jamais eu foulitude de copains copines et du mal à men faire de nouveaux. Et je vis bien comme ça. Cessez de vouloir me normaliser. Pourquoi vouloir me faire adopter des types de relations amicales et sociales qui me blessent et me coûtent, rien que parce que ma façon de les vivre serait "pathologique et schizophrène" ? Je suis pathologique et schizophrene, alors pourquoi jairais contre ça ? Pour quoi ? Un "masking" parfait ? Pour pas vous gêner dans vos reprsentations normatives?

Allez manger vos morts, live and let love.

mercredi 15 août 2018

Observation et matériel




Faire des observations et recueillir du "matériel" (des informations, une anamnèse - histoire de l'usager-e) est une chose qu'on m'a appris à l'IFSI : le recueil de données.
Donc comme jeune infirmière j'ai été beaucoup là dedans en psy : recueillir des infos sur les usager-e-s que j'avais en charge, afin de pouvoir mieux comprendre donc aider. D'autant que même durant mes études se sont mes compétences d'observatrices qui ont été appréciées et valorisées. On va dire que d'un-e étudiant-e en stage psy à l'époque en tout cas, on attendait surtout du retrait et de ne pas faire/dire de bullshit.
Bon mais dans la pratique j'ai vite vu que ça posait un problème d'abord pratique : que faire de ces données si ce n'est écrire dans le dossier de soins infirmier et en parler avec les collègues, les médecin-e-s ?


Or, cher-e-s ami-e-s, nous voilà devant un problème éthique et surtout de sémiotique des soins en psy : je vais au contact des usager-e-s au départ pour leur proposer un mieux être, je l'espère, palier une urgence, soulager la douleur, être un relai avec les psychiatres etc. Je ne travaillais pas en psy pour parler avec mes collègues en fait.

Il est facile et dangereux de tomber dans une certaine fascination. Pas forcément de la curiosité malsaine, une certaine fascination, même intellectuelle et clinique. C'est affreux à dire comme ça et c'est affreux quand on est de l'autre côté du soin, et ça je l'ai appris très vite, en tant moi-même hospitalisée.

Les soignant-e-s ont à même de nous amener à parler. Parler de notre vécu, de nos sentiments, de nos émotions, de surtout bien parler, exposer, détailler délires et symptômes positifs. Comme ça iels (nous) savent. Et c'est super chouette de savoir. On peut en discuter en se trouvant trop cool de raccorder ça aux théories de [insérer un psychanalyste] et d'avoir tout compris. Le psychiatre peut affiner le traitement. Et pendant ce temps, l'usager-e, ben iel a tout déballé et iel en est au même point.


"Il faut savoir ouvrir, mais il faut aussi savoir refermer" me confiait un jour mon psychiatre chef de service au décours de l'année 1997. C'est indispensable de faire quelque chose de ce que dit l'uisager-e parce qu'ellui c'est sa vie.
Parce que nous c'est nos vies.
Alors oui vous avez découvert l'eau tidèe quand on vous a dit avoir été violé-e. Mais c'est indispensable de faire quelque chose de cet effort douloureux souvent que de l'exposer, de s'exposer. C'est pas tout de se dire "ah, iel le dit enfin, je vais vite en parler au psychiatre" Et j'ai aussi eu l'expérience de partager un vécu difficile sinon traumatisant et d'entendre "Il faut en parler au PSYCHIATRE". Ok, cool, il va me dévioler ?

Les traumas et les paroles c'est pas du pus (ou pas que) il ne suffit pas de "percer l'abcès" pour que les difficultés s'écoulent magiquement dehors et que du coup il n'y ai plus de problème. Ça peut faire du bien. Notamment si on est reconnu-e, soutenu-e, paulé-e. Si le seul retour est "ok et j'en réfère à qui de droit" qui de toute n'y pourra mais, c'est inutile voir blessant.

Faire quelque chose de nos paroles. Ne pas nous enjoindre de trop à parler. Accepter des entretiens impromptues à des heures pas dans le cadre aussi, parfois (la nuit, très tôt le matin, à l'heure d'un repas, pendant un soin somatique). La parole vient souvent avec des émotions, elle ne se libère pas forcément à un moment M, pratique ou qui semble convenable. La souffrance n'est pas convenable elle vient n'importe quand.

Ne laissez pas seul-e un-e usager-e qui s'est beaucoup livré-e, avec beaucoup d'intensité.

Lisez les dossiers et écrivez, parlez avec vos collègues. On en peut plus de répéter mille fois à mille monde les mêmes choses de notre histoire (c'est toujours les mêmes choses qui vous intéresseront, papa maman, les décès, les maladies, les viols et abus) sortez des sentiers battus, n'ayez pas peur de parler de tout et de rien, du qotidien, ça peut amener à plein de choses (jamais un-e seul-e soignant-e m'a questionnée sur mes chats, un des socles de ma vie ! Et un-e usager-e hopsitalisé- en urgence se fera du souci pour son animal, qui est peut-être seul chez ellui ! C'est primordial !), une bonne question (je l'ai appris en formation systemique) c'est "c'est depuis quand ? / ça dure depuis quand ?" ça libere une fluidit de parole inouie.


Arrêtez de parler des fous, parlez AUX fous.

Merci :)

mardi 14 août 2018

"Tu ne veux pas t'aider"

Michel Foucault se demandant ce qu'il fait sur ce blog... "Ah mais oui, on parle du contrôle des corps et des psychismes, ah oui"


J'ai souvent entendu, et ma foi des bouches les plus cruelles "Tu ne veux pas t'aider/ tu refuses mon aide/ Je ne peux rien faire pour toi" comprendre : tu ne mérites pas que je t'aide.


Sérieux les gen-te-s, j'ai jamais vu, rencontré, lu, une personne qui veuille pas aller mieux, aller bien, ou au moins prendre des plaisirs dans un mode yolo, si vraiment cette personne se crâme le foie etc.
Donc cher-e-s non-ami-e-s neurotypiques, reprenons le fil des NAPA (NeuroAtypiques, PsychoAtypiques) "qui refusent d'aller bien" "qui refusent l'aide" avec la version bonus combo encore plus jugeante "qui ne se respectent pas"

  • "Refuser d'aller bien" plus globalement c'est ne pas pouvoir. Pour vous qui êtes généralement confort sinon heureux (bien que stressé-e-s par "cette vie de fol que je mène") il suffit d'attendre que le coup de blues passe, que vous ayez surmonté une épreuve (je suis bien d'accord un deuil ou une séparation, une perte d'emploi etc ça arrive à toustes), que vous ayez "rebondi". Dans le cas d'une psychose décompensée, d'une dépression, de troubles anxieux, d'un syndrome de stress post traumatique : SCOOP, CA DURE. Longtemps, parfois. On aimerait désespérément aller bien, aller mieux, souvent juste souffrir un chouïa moins pour que le lendemain soit un peu moins déchirant. Mais ça n'arrive pas. Ça continue. Encore. Et encore. Et encore. Ça dure des semaines, des mois, des années. 15 ans ici. Et ma foi ce n'est pas une gymnastique psychique ou thymique que tout le monde peut faire, de "penser à autre chose". "Voir la vie du bon côté" (beaucoup de troubles psychiques impactent l'humeur, la volonté, la façon de se considérer et de considérer le monde et la vie) sortir s'aérer etc.
  • "Refuser d'aller bien bis" : certaines personnes NAPA ne supportent pas bien le fait d'aller bien, ou en fait, plus pertinemment, de prendre du plaisir. Le sentiment de culpabilité indu. La solidarité ou loyauté envers un-e proche que l'on sait ou pense souffrant-e ou décédé-e. Et cela ne signifie pas forcément que ces personnes "se mettront en échec". Simplement que l'accès à la sérénité sera plus long et complexe. 
  • "Refuser de l'aide" : ça sera le plus souvent "Tu refuses d'aller "te faire soigner"". Avec une méconnaissance étonnante de la maltraitance et de l'incompétence pouvant exister dans le milieu psychiatrique. D'ailleurs, le "tu refuses de l'aide" sera souvent le "tu refuses de te faire aider". Posez vous deux ou vingt minutes. Oui, vous, non ami-e-s NT qui m'avez abandonnée parce que je refusais d'aller bien et que j'allais crever. Vous pensez d'abord à vous en disant cela. "Tu m'embarrasses j'aimerais que tu règles ça ailleurs merci" Mes discours et comportements quand je suis souffrante vous effrayent, vous mettent mal à l'aise, vous mettent en colère. Je vous laisse vous briefer tout-e-s seul-e-s ou entre vous pour en connaitre les causes. Je pleure je crie, j'appelle la nuit, je me bourre la gueule. Je me lame, je me fais du mal. Visiblement vous vous sentez dépassés mais surtout vous ressentez le besoin urgent de me remettre d'aplomb dans la norme. Les personnes "comme moi", souvent schizophrènes, borderline, peut-être histrioniques n'ont pas la souffrance normée, pas dans son expression. Surtout les femmes et identifié-e-s comme femmes. Une meuf, ça pleure gentiment et pas trop longtemps et ça mange des Hagen Daazs au chocolat en regardant Coup de foudre à Notting Hill, avec une boite de mouchoirs, en pyjama en pilou (propre et rose) pour être confort. Une meuf appelle ses copines ou sa maman mais juste une heure, et juste entre le retour du bureau et le repas du soir. Une meuf doit pas vous perturber dans vos horaires. Une meuf peut être pompette mais pas ronde comme une queue de pelle. Une meuf doit être triste CHEZ ELLE et pas aller rechercher de la compagnie dans un bar où elle se fera violer, ce qui signifie bien qu'elle a BESOIN D'AIDE mais veut pas. La mise en danger tu vois. Bref, comme Virginie Despentes s'est retrouvée un peu sidérée dans King Kong Théorie qu'on parle de ses "vagissements" vs les femmes "très dignes" après un viol je me retrouve un peu sidérée devant l'injonction "éventuellement tu peux aller mal, mais vite fait et discret hein" Je reprends : tu refuses d'être aidé-e c'est "tu refuses d'aller chez lae psy" (lequel, quand, comment, avec quel argent, quel type de psy, quelle orientation de soins ? OSEF, le tout est que ça se passe discret planqué dans un cabinet ou un hosto qui te répare bien et tu ressors normal-e, fonctionnel-le, pas chiant-e et avec la possibilité de rendre aux autres tout ce qu'iels t'ont donné en te supportant deux heures quand tu étais très malade et en t'enjoignant "d'aller voir quelqu'un-e) Et puis, prendre des médicaments.
  • "Refuser de l'aide" ça veut souvent dire refuser le parcours normativant psychiatrique. Je précise que je suis toujours allée aux soins, depuis mes 17 ans. De ma poche
  • "Tu te respectes pas" est hyper chaud, blessant, offensant. Pas se respecter c'est se dénigrer parfois, pas se laver, grossir (maigrir je sais pas), s'habiller "comme un sac" et globalement quand on est ralenti-e on a le retour "tu te respectes pas" (jamais compris)
  • "Tu te respectes pas" c'est aussi : tu es une femme et tu as des comportements d'homme (multiples partenaires, alcools, toxiques) Souvent quand "on se respecte pas" des gen-te-s pensent qu'iels peuvent ne pas nous respecter. Scoop : c'est pas l'auto respect la jauge de "respect mérité". Si mes ami-e-s ont un manque de "dignité" (wtf ça puisse vouloir dire) abh je les respecterai pour deux. Puis je reverrai mes critères de jugement. Je dis "mes ami-e-s". Je leur trouve des qualités.
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  • BREF vos présence compte, ami-e-s. J'ai été vachement seule au fond du gouffre, souvent. Je sais bien que ma foi, c'est souvent que la lâcheté ordinaire "je voulais pas te voir mourir". Il parlait d'autree chose Sartre quand il parlait des lâches ordinaires, mais pour lui iels restaient  des salauds.

samedi 11 août 2018

"Fais attention"






Bon, je suis maladroite, distractible et souvent inattentive. Donc mes proches (et parfois des inconnu-e-s, par exemple si j'oublie non la CB mais carrément le billet dans le DAB) m'enjoignent souvent de "faire attention"

Cette injonction n'est pas forcément agressive. Mais elle signe une mécompréhension de mes troubles.

Je ne suis pas dys* a priori, je n'ai pas de Trouble Déficit de l'Attention  non plus. J'ai des troubles schizo-affectifs (je suis psychotique, schizo bipolaire)

Mon psychiatre de Haute-Savoie m'avait informée que dans mon type de trouble (et ça se retrouve probablement dans d'autres formes de psychose/schizophrénie/bipolarité) au niveau purement somatique, neurologique, mes aires cérébrales ne sont pas équilibrées comme celles d'une personne neurotypique. C'est à dire que le "cerveau reptilien" (le cervelet, maybe, il ne m'avait pas précisé, le cerveau des émotions), ne se gère pas automatiquement avec le "cerveau rationnel" (le lobe frontal je pense)

Ce qui implique que constamment, consciemment (mais bon ça tourne en tâche de fond) je dois équilibrer mes émotions et mes pensées rationnelles pour fonctionner OKLM dans la société et ne pas trop être débordée, ni par les affects, ni par les pensées.

Ça occasionne je cite "une fatigue physique du cerveau"


Pour les personne NT qui me liraient, c'est la fatigue ressentie après un examen ou une réunion intense de 4h. Sauf que c'est couramment dans ma journée.

Si je peux préciser et personnaliser : sans cesse (coucou les personnes avec anxiété, vous vous reconnaitrez) je pense au pire. L'imagination est fertile dans ces cas là. Se forment des scenario très élaborés de maladie et décès pouvant survenir à mes proches ou à moi-même, la façon dont le drame se déroulera, ce qui se passera après.

Je dois réguler ces pensées.

Je ressens une intensité de sentiments débordante aussi. Ça fait partie de ce que j'appelais ans un autre billet "mon côté chou" : je suis gavée de love jusque dans les vibrisses, et je vais vers les gen-te-s un peu comme un chiot pataud mais débordant d'affection. Vous me direz : c'est plutôt positif. Pas forcément, car je me dois de respecter les distances envers les autres personnes. Je ne souhaite pas restée collée à l'être aimé H24 et le submerger de câlins étouffatoires ni sollicités ni désirés : je limite ces démonstrations, parce qu'il a le besoin de respirer de temps en temps.

Comme je l'aime à la folie (huhu), je gère cela constamment en sa présence.

Je suis dépressive de base (mon trouble est schizo-affectif forme dépressive), donc je dois gérer ma tristesse. Constamment. Me rassurer, me consoler, être ma "bonne mère en moi" comme disent les psy, m'occuper de moi, pour mon propre confort moral. Je le fais H24, 7/7.

Je suis souvent en colère (hétéro-patriarcat tu m'auras pas). Je tempère selon les moments.

Mais je souhaite bien préciser que si je ne fais pas cet effort, sans cesse, consciemment, mes émotions me débordent complètement, sont douloureuses et aboutissent à de grandes crises clastiques/scènes avec les proches, larmes, auto-mutilations, ivresses pathologiques, etc. entrainant une auto destruction et une destruction des liens avec : mes proches en particulier, toute la société plus globalement.

Alors voilà, tempérer les pensées rampantes, l'amour, la colère, la tristesse, pour juste fonctionner et ne pas être trop "bizarre" ou toxique pour autrui me demande une énergie considérable. Souvent je ressens un phénomène, peut-être en partie neurologique, et en partie hallucinatoire, de "cerveau qui vibre" et d'aponévrose qui vibre dans tout le corps. Si je dois faire un effort particulièrement intense (sociabiliser a minima durant une soirée, ou avoir un RDV d'une heure avec mon banquier, etc.) je sens mon sang battre violemment dans mes tempes et au cœur de mon cerveau.


Mon cerveau et moi-même nous défendons : je dis que "je m'absente" très régulièrement. En fait je me mets sur le mode "veille" et j’écoute plus rien, je repose ma caboche. Je fais attention à rien. Souvent je scrolle sur fb en regardant des mèmes et des GIF de chats. Je suis pas là. Restauration en cours. Je refais mes accus.

Ça peut même arriver au cours d'une conversation. Mon compagnon se plaint que je décroche. Je comprends que ça doit être agaçant, peut-être blessant. Dans l'absolu tout ce qu'il dit m'intéresse, je n'ai juste pas la possibilité physique d’être attentive tout le temps.

J'ai du mal à me concentrer du coup, parce que je suis hyper fatigable à ce niveau là, donc je pioche des activités (comme la lecture, une passion) par de nombreuses sessions de 5-10mn et énormément de pauses.

Quand il y a plus de deux personnes je n'arrive plus à gérer et le brouhaha ambiant (effet cocktail) me perturbe énormément.


Je suis "empotée" je casse plein d'objet. Je suis taxée de bourrine, mais en fait c'est compliqué au niveau neuro de gérer les pensées, les émotions, la motricité et éventuellement une personne qui me parle en plus.

En plus j'ai le sentiment de stocker une quasi infinité d'infos triviales, qui me reviennent avec précision. La teneur d'une conversation sur le prix du litre d'essence en 1996. Le souvenir d'un ourlet de jean aperçu dans la rue en 2002. Je mets à part les souvenirs douloureux, qui comme chez beaucoup de gen-te-s reviennent dans ma gueule avec out autant d'émotion que quand la scène s'est produite, il y a parfois 35 ans de cela.



Donc si, je fais attention, mais je ne peux pas, neurologiquement, faire attention à tout, et tant pis pour les verres et les mugs.







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